Où l’on constate que Roger Hanin n’est pas le seul à ne pas pardonner pour Kippour. Et, comme toujours, la version audio se trouve en haut à droite du texte.
-Reb Moïshe, Reb Moïshe, où courrez-vous comme ça, attendez un instant.
-Qu’est-ce qu’il y a, pourquoi criez-vous?
-Attendez, vous avez une minute ?
-Que me voulez-vous?
-J’ai à vous parler une demi-heure.
-Mais, moi, je ne veux pas vous parler!
-Alors, est-ce que je peux vous demander quelque chose ?
-Demander, c’est autre chose, allez-y, demandez !
-Vous êtes mon voisin, non ?
-Oui.
-Aujourd’hui nous sommes à la veille de Yom Kippour, non ?
-Oui.
-Ce n’est pas convenable pour les gens !
-Ah, bon !
-Deux voisins qui vivent sous un même toit, doivent se réconcilier et se pardonner l’un l’autre.
-Que voulez-vous, que je vous embrasse sur les deux joues parce que vous colportez des ragots sur mon compte, dans toute la ville?
-Ah bon, c’est moi le coupable maintenant? Alors que vous allez dire à tout le monde que je suis le plus grand escroc que vous ayez jamais rencontré ? Si vous avez encore vos dents en bouche, c’est que je suis un saint homme! Mais bon, aujourd’hui, à la veille de Yom Kippour, il est de notre devoir de nous réconcilier.
-Ce qui est vrai est vrai, Yom Kippour est un jour saint, les anges tremblent, mais vous tremblez aussi, hein, et vous avez bien raison de trembler !
-Pourquoi ?
-Pourquoi ! Mais pour vos péchés de toute l’année ! Vous savez que vous méritez qu’on vous botte les fesses jusqu’à ce que vous ne puissiez plus vous asseoir dessus ! C’est moi que vous avez pris comme cible, vous allez dire partout que je colporte des ragots. Quand est-ce que j’ai dit que vous étiez un escroc ? La seule chose que j’ai dite c’est qu’il y a six mois, je vous ai prêté un imperméable et que jusqu’aujourd’hui, vous ne me l’avez pas encore rendu !
-Et qu’avez-vous encore raconté ?
-Rien, j’ai seulement rajouté un mot.
-Lequel?
-Que si jamais vous veniez encore chez moi pour emprunter quelque chose, je vous jetterai en bas des escaliers. Mais à qui ai-je dit que vous étiez un escroc ? Est-ce que j’ai besoin de le dire, tout le monde est au courant !! Dommage, que nous soyons à la veille de Yom Kippour et que nous devons nous réconcilier, que ce n’est pas convenable pour les gens, pour tous nos voisins.
-Sinon?
-Sinon je vous cracherai au visage.
-Vous devriez avoir honte ! Qu’un Juif crache à la veille de Yom Kippour ! Je vous souhaite de cracher vos dents, et pas seulement à la veille de Yom Kippour, mais pendant toute l’année !
-Eh !
-Je lui ai emprunté un imperméable et je ne le lui ai pas rendu ! Et pourquoi ne dites-vous pas pour quelle raison je ne vous l’ai pas rendu ?
-Dites, je ne m’en souviens pas.
-Il ne s’en souvient pas ! Et que vous m’avez emprunté une valise, ça, vous vous souvenez bien ?
-Cette vieille valise ?
-Bien sûr, maintenant, elle est devenue vieille ! Mais quand je vous l’ai prêtée il y a trois ans, elle était encore neuve.
-Quoi, c’était une nouvelle valise ?
-Evidemment!
-Vous m’auriez prêté une nouvelle valise ?
-Pourquoi pas ?
-Vous êtes tellement généreux, peut-être ? Toute la ville sait à quel point vous êtes rat! C’était une vieille valise toute usée et fripée. Lorsque vous me l’avez apportée, je ne savais pas si c’était une valise ou si c’était votre femme.
-Oy, mon Dieu, non seulement vous me traitez de menteur, mais vous osez encore me dire en face que ma beauté de femme ressemble à une vieille valise toute fripée! Elle est ma femme et à moi, elle me plait !
-Et à moi pas.
-Non ?
-Non !
-Ah, non ? Et pourquoi alors regardez-vous chaque soir ?
-Qui, moi ?
-Oui, vous, par la fenêtre de ma chambre à coucher.
-Moi ?
-Vous voulez voir comme ma femme se déshabille.
-Moi je regarde par votre fenêtre ?
-Oui !
-Mais, qu’est-ce qu’il y a à voir là ? Qu’une femme se rase les pieds ?
-Mais, mon Dieu, elle n’en a pas le droit ? Ce sont ses pieds tout de même !
-Oui, mais c’est ma machine ! Quel toupet ont les gens ! On emprunte un rasoir et on ne le rend pas!
-Comment, j’aurais dû vous rendre le rasoir ? Vous me l’avez offert en cadeau parce que je vous avais réparé la radio !
-Mais, ce n’est pas possible, vous allez me faire exploser! Qu’un Juif puisse tellement mentir ! Comment aurais-je pu vous offrir le rasoir, s’il n’était pas à moi ! Je l’avais emprunté à mon gendre, qui n’arrête pas de me le redemander car il l’a aussi emprunté ! Dans un magasin, et cela pour un jour, uniquement pour l’essayer. Et il ose encore me dire que je lui ai offert mon rasoir en cadeau !
-Mon cher voisin, écoutez ce que je vous dis et tous ceux qui me connaissent vous diront la même chose.
-Que ?
-Qu’il est difficile de vous croire.
-Que ?
-Que vous n’avez jamais donné un cadeau de votre vie ! Et si vous me demander de jurer la veille de Yom Kippour, je vais vous jurer !
-Que ?
-Que votre tête puisse tourner, comme tourne votre langue ! Pas un mot de vrai.
-Dites, dites, jurez sur votre tête, jurez sur votre santé et pas sur la mienne!
-Bien, alors je vais jurer sur ma santé. Vous m’avez donné le rasoir en cadeau et je vais vous expliquer pourquoi.
-Oui, expliquez, que j’entende.
-Vous vous souvenez que votre radio s’est cassée ?
-Disons.
-Vous vous souvenez que je vous ai dit qu’il fallait acheter deux nouvelles lampes ?
-Disons !
-Vous vous souvenez que j’ai avancé l’argent pour les lampes ? …Disons !
-Non, non, c’est vous qui dites « disons », moi, je ne m’en souviens pas.
-Vous voyez, quand il est question d’argent, vous ne vous souvenez jamais de rien ! Et de quoi vous souvenez-vous ?
-Moi, je me souviens que j’ai voulu vous donner de l’argent pour les lampes et vous m’avez répondu : « Attendez, je vais vous l’avancer ».
-Vous voyez ! Je vous ai attrapé !
-Qu’est-ce que vous avez attrapé?
-Je vous ai attrapé, qui est le menteur ici?
-Attendez, pas si vite, laissez-moi parler. Pour ce que vous vouliez avancer pour les lampes, vous m’avez demandé de vous faire un plaisir et de vous prêter le rasoir et je vous l’ai prêté.
-Oui, mais c’est moi qui ai payé pour les lampes.
-Quoi, vous osez dire que vous m’avez acheté des nouvelles lampes ? Non, vous m’avez seulement fourgué deux vieilles lampes qui n’étaient même pas pour une radio, vous les avez prises dans la chambre de vos enfants. Espèce d’escroc que vous êtes.
-Mais je vais vous…
-Lâchez !
-Je vais vous….
-Lâchez ma barbe !! Espèce d’escroc !
-Comment, retirez immédiatement le mot escroc !
-Même si vous mourrez devant moi, je ne retirerai pas le mot escroc. Je ne peux que l’échanger contre arnaqueur. Mes pieds ne passeront plus jamais le pas de votre porte !
-Je vous découperai de mes mains si vous ne me rendez pas ma valise !
-Si vous ne me rendez pas mon imperméable, vous ne verrez plus jamais votre valise.
-Vous aurez votre imperméable que lorsque vous m’aurez remboursé pour les lampes.
-Moi je vais vous donner de l’argent pour des lampes ? Plutôt des coups.
-Et moi je vous les rendrai au double!
-Ah, pour donner des coups, vous êtes très généreux, hein?
-Allez, bon, est-ce que vous n’en avez pas assez ?
-Assez de quoi ?
-Des coups, qu’on a distribués ?
-Bon.
-Alors, on peut se réconcilier, maintenant ? Allez, soyez un homme, au moins une fois par année, la veille de Yom Kippour. Tenez, prenez ma main et je vous pardonne.
-Bon, je vous pardonne aussi.
-Oui
-Et tout ce que j’ai dit sur vous, je ne le pensais pas, mais je l’ai dit pour un chien fou.
-Que ce chien soit le sacrifice pour nous deux.
-Amen. Je vous souhaite une bonne quittance. Et si vous le voulez, je vais me rendre chez votre femme et aussi lui présenter mes souhaits. Une voisine si précieuse.
-C’est à moi que vous le dites ? Elle est tellement gentille. Quand elle a le temps, elle m’aide à cuisiner, à laver, à ranger…
-C’est bien, allons-y je vais lui présenter mes souhaits.
-Oy, quel dommage, mais ma femme n’est pas à la maison.
-Qu’est-ce qu’il y a ?
-Elle est à l’hôpital, elle a été opérée des reins.
-Quelle chance elle a, votre femme, avant même que je lui souhaite, mes vœux sont exaucés.
-Ne me retardez pas, Reb Moïshe, je ne voudrais pas être en retard à la prière. Je vous souhaite une bonne année, cher voisin.
-Et un bon gagne-pain, cher voisin.
-Et une bonne santé, cher voisin.
-(Ensemble) Amen, que ces mots aillent de notre bouche jusque dans l’oreille de Dieu.
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