A l’inverse de ce qu’affirmait Blaise Pascal, la raison aussi a ses raisons que le cœur ignore. Comme tous les Juifs sionistes, notre cœur va vers Israël en ce moment. Mais la raison nous dit que la politique de force du gouvernement actuel ne mène nulle part.
Rappel des faits : l’actuel affrontement entre Israël et la bande de Gaza a commencé le 9 novembre dernier lorsqu’un missile antichar a été lancé contre une jeep de Tsahal. Celle-ci a riposté par des tirs d’artillerie qui ont déclenché des tirs de roquettes contre le sud de l’Etat juif.
Bilan : d’un côté, 7 Palestiniens tués (dont trois combattants) et 35 blessés. De l’autre, 8 Israéliens (4 soldats) blessés. Après quoi, cela a été l’escalade : hier, le 14, Israël a lancé une vingtaine de frappes aériennes tuant six Palestiniens.
Parmi eux, Ahmad Jabari, chef des « Brigades Ezzedine al-Qassam », la branche armée du Hamas. Les Israéliens auraient aussi détruit la plupart de leurs missiles à longue portée « Fajr » qui pouvaient atteindre Tel-Aviv.
Le Hamas a alors lancé une centaine de roquettes vers le sud d’Israël, obligeant environ un million d’Israéliens à se tenir prêt à se rendre dans leurs abris anti-aériens et faisant 4 blessés légers à Sderot.
Ce matin, 15 novembre, une frappe aérienne a tué trois nouveaux membres du Hamas tandis qu’une roquette a touché un immeuble résidentiel de la ville de Kiriat Malachi, tuant trois civils israéliens et en blessant deux autres.
La première réaction vient des tripes : indignation devant les insupportables conditions de vie des Israéliens ayant moins de 15 secondes après le déclenchement de la sirène d’alarme pour gagner un abri. Et aussi, chagrin, colère, solidarité avec les victimes civiles.
Et encore, satisfaction de l’élimination d’Ahmed Jabari. Outre la détention de Gilad Schalit, l’homme était responsable de la plupart des attentats anti-israéliens commis par son mouvement depuis une dizaine d’années.
Bon nombre de Juifs, droite en tête s’en tiendront là : on nous cherche, on nous trouve; œil pour œil, dent pour dent. Et quoi que décide le Premier ministre Netanyahou, on est derrière lui.
C’est un réflexe humain. Mais les émotions ne font pas une politique, pas plus que les simplifications à outrance. Ainsi de ce Jabari : selon Aluf Benn, rédacteur en chef de Haaretz*, c’était certes un criminel, mais il était aussi devenu, ces cinq dernières années, le « sous-traitant chargé de la sécurité d’Israël à Gaza »,
Car, poursuit-il, Israël avait exigé du Hamas qu’il fasse respecter les trêves conclues avec régularité entre les deux camps en mettant au pas les autres organisations terroristes de la bande de Gaza. Et il aurait surtout été tué parce qu’il n’y était pas parvenu…
D’autre part, il est absurde de faire mine de croire que les problèmes liés à la bande de Gaza ont commencé la semaine passée. Ou d’imaginer qu’une action militaire les résoudra la semaine prochaine.
De l’aspirine contre le cancer
Les tirs de roquettes en provenance de Gaza n’ont jamais cessé depuis plus d’une décennie. La plupart sont artisanales, faciles à produire, faciles à tirer. Elles créent une atmosphère de terreur, mais, sauf par malheur, comme ce matin, elles ne causent que des dégâts mineurs.
Et rien n’a jamais pu les arrêter. Pourquoi serait-ce le cas à présent ? Que peut entreprendre Israël qu’il n’ait déjà tenté ? Une offensive comme l’opération « Plomb durci** ? Outre qu’elle est délicate à lancer en période électorale, celle-ci n’a eu qu’un effet momentané contre le terrorisme.
Une attaque plus limitée ? Pour un gain de temps plus limité ? L’armée peut aussi réoccuper l’entièreté de la bande de Gaza. Et se retrouver à gérer deux millions et demi de Palestiniens hostiles.
Tsahal peut aussi entreprendre de tuer systématiquement les dirigeants du Hamas. Et après ? D’autres apparaîtront. Et même si le Hamas disparaissait, d’autres organisations prendraient sa place. Sans parler des représailles sanglantes contre la population israélienne.
Le problème de Gaza est global et il ne peut se résoudre que de façon politique, dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens. Sauf que la seule politique que connaisse l’actuel gouvernement, c’est la force. De l’aspirine contre le cancer.
Au-delà de leur émotion, les amis d’Israël devraient prendre tout cela en compte et ne pas se contenter de hurler avec les loups.
** Du 27 décembre 2008 au 22 janvier 2009, l’opération « Plomb durci » a coûté la vie à 1.440 Palestiniens (dont une moitié de civils) et 13 Israéliens. Elle a aussi détruit une bonne partie de la ville de Gaza.
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