J.-F. Copé est-il « un Français comme les autres » ?

Avec J.-F. Copé à la tête de la droite française se pose à nouveau la question : les Français sont-ils prêts à élire un Juif comme Président de la République ?

C’est donc Jean-François Copé qui est devenu, non sans mal, président de l’UMP. Et nul n’ignore qu’à ses yeux, « son boulot dans cinq ans », comme disaient les Guignols, devrait être Président de la République.

Ce qui ramène à l’éternelle interrogation : la France est-elle prête à élire un Juif à sa tête ? Car Copé, s’il ne s’en vante pas, ne cache pas non plus son judaïsme. Il raconte volontiers comment son grand-père a fui la Roumanie antisémite des années 1920.

Et que c’est lui qui a changé son nom de Copelovici en un Copé nettement plus français. De son côté, son petit-fils se déclare Juif laïque et précise que « ma communauté, c’est la communauté nationale ».

Sera-ce suffisant pour atteindre la magistrature suprême ? On dira : Léon Blum ou Pierre Mendès-France. Sauf que, même s’ils détenaient l’essentiel du pouvoir, ils ne furent « que » Présidents du Conseil, soit les 2e personnages de l’Etat.

Et Nicolas Sarkozy ? Celui-ci n’a qu’un grand père juif et il se déclare catholique non pratiquant. Ce qui n’empêcha pas le très centriste François Bayrou d’analyser le « papisme ostentatoire » de Sarkozy, comme « le signe d’un complexe lié au judaïsme familial ».

Alors, un Juif, « un vrai » peut-il… Du temps où il avait un avenir politique, Dominique Strauss-Kahn craignit longtemps que ce ne soit un frein à ses ambitions. Avant de changer d’avis en 2010 : « Je crois que si être juif est un handicap, cela ne l’est qu’auprès de la frange très marginale des électeurs de gauche antisémites ». N’empêche qu’il a eu à subir aussi des insinuations pour le moins peu plaisantes, de la droite.

Ainsi, en 2011, l’UMP Christian Jacob (qui, malgré son nom, n’a rien de juif, comme le montre son prénom) déclara-t-il que DSK n’était pas à « l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires ».

A gauche, on se souvient peut-être du « grand baron » (et grande gueule) du PS, Georges Frèche critiquant la «tronche pas catholique » de Laurent Fabius en 2010. Lequel, s’il a bien un père juif, a pourtant été baptisé dans la foi catholique et se déclare athée…

Et J.-F. Copé ? Le journaliste Claude Askolovitch s’irritait voici peu* d’une remarque de François Fillon parlant des dangers d’une alliance entre son rival et le Front National. L’ex-Premier Ministre déclarait : « Je ne le crois pas, parce que je pense que tout dans ses origines, dans son engagement politique le conduit… ». Une phrase tronquée qui pour Cl. Askolovitch « en dit déjà trop », parce qu’elle montre que « François Fillon voit Copé en juif. (… ) et en juif dont le judaïsme expliquerait une position politique, au demeurant honorable ».

Avant de conclure : « Peut-être ses origines, effectivement, séparent encore Copé de Marine Le Pen. Si c’est le cas, c’est énorme, mais c’est terriblement insuffisant ».  

90% de la population considère que les Juifs sont des Français comme les autres

Mais et Fillon et le journaliste ne commettent-ils pas la même erreur ? A savoir que le judaïsme serait incompatible avec l’extrême droite. L’idée est belle, on a longtemps pu y croire, mais elle n’est hélas plus exacte.

Il y a des Juifs au Front National, d’autres dans son équivalent britannique, l’« English Defence League » comme dans la plupart des partis de ce type en Europe. Ou, chez nous, les Juifs qui votent Vlaams Belang. Sans parler des extrémistes israéliens.

D’autre part, malgré ces déclarations pour le moins maladroites, qui peut sérieusement croire que Fillon, Bayrou, Jacob ou Frèche sont antisémites ? Les considérer comme tels, c’est banaliser le terme. C’est aussi insulter des représentants de cette République française qui, depuis 1789, a toujours lutté pour l’émancipation des Juifs.

Les antisémites, les vrais, on les trouve  à l’extrême droite, dans une certaine extrême gauche, et chez les intégristes musulmans ou chrétiens. Voilà pour la classe politique. Mais le bon peuple, qu’en  pense-t-il ?

Durant la décennie 1970, ce qui n’est pas si loin, Simone Veil, alors ministre de la Justice, eut à subir nombre d’attaques liées à son judaïsme. Et 50% des Français se déclaraient alors « choqués par l’idée » qu’un président de la République soit juif.

Et aujourd’hui ? C’est selon. En 2009, dans une étude commandée par les Etudiants Juifs de France, 42% des sondés n’estimaient « pas grave » ou « pas du tout grave », de déclarer que « les Juifs ont plus d’influence que les autres dans la finance et les médias ».

Par contre, selon le rapport 2011 de la « Commission nationale consultative des droits de l’homme », si les actes antisémites ont augmenté en nombre et en violence, il y a un recul régulier des opinions antisémites : « 90% de la population considère que les Français juifs sont des Français « comme les autres » ».

Toujours selon ce rapport, les victimes principales du racisme, ce sont les musulmans : 69% des menaces et 68% des actes violents sont dirigés contre eux. Et pour 51% des sondés, ils forment « un groupe à part ». Seuls les Roms sont encore plus mal vus (77%).

En fait, selon certains sondeurs, loin d’être un handicap, la judéité pourrait même être un atout : l’électeur augmenterait son estime de soi en votant pour un candidat issu d’une minorité, un Noir, une femme… ou un Juif. 

On ignore si J.F. Copé sera jamais Président de la République. Mais s’il n’est pas élu, ce ne sera pas à cause de son judaïsme.

*http://www.marianne.net/Fillon-Cope-et-le-mot-juif_a224307.html

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