La trêve et après

Voilà, c’est fini, plus de morts, plus de blessés, plus de courses aux abris. Jusqu’à la prochaine fois.

Ouf : après 8 jours de combats, l’opération « Pilier de défense » a pris fin ce 21 novembre 2012. Dieu, que la trêve est belle ! Et six jours après, elle dure encore ! Pourtant, juste après son entrée en vigueur, une douzaine de roquettes s’étaient encore abattues sur le sud d’Israël.

En face, un Palestinien avait été tué et 18 autres blessés pour avoir pénétré dans la zone-tampon de 300 m de large imposée par Israël tout au long de sa frontière avec la bande de Gaza.

Mais, d’évidence, personne ne désirait relancer le conflit puisque chacun proclamait qu’il avait gagné : « Du fond de la fosse aux lions, nous crions victoire ! » a ainsi déclaré ainsi un porte-parole du Hamas. Les raisons de sa satisfaction ?

Les islamistes ont confirmé leur pouvoir de nuisance : ils ont terrorisé près d’un million d’Israéliens et démontré leur capacité à atteindre Tel-Aviv et Jérusalem.  Côté israélien, on n’est pas en reste : les bombardements ont atteint « tous leurs objectifs ».

Des chefs palestiniens ont été tués et des dépôts de missiles détruits. Bonus non négligeable : l’efficacité du système «  Dôme de fer » qui aurait intercepté 80% des roquettes tirées depuis la bande de Gaza. Plus un succès commun aux deux camps : le bruit des armes a rendu quasi inaudible le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (et le camp de la paix israélien). Positif pour le Hamas, qui n’est que peu intéressé par la création d’un Etat sur une partie réduite de la Palestine.

Excellent pour la droite israélienne qui préfère de loin la poursuite de la colonisation et le retour à un statu-quo qu’elle estime lui être favorable. Tout le monde est donc content. Excepté, sans doute, les familles des 166 morts palestiniens (dont 34 enfants) et des  six morts israéliens, dont quatre civils).

Excepté aussi les centaines de blessés. Et ceux dont les habitations ont été touchées. Et ceux qui ont vécu dans la terreur durant 8 jours et 7 nuits. Sans oublier, ces 49% d’Israéliens, en majorité de droite qui, selon un sondage, étaient partisans d’une intervention terrestre bien plus sanglante.

Car, selon leur très particulière logique, plus le sang coule, plus la trêve qui suit est longue. Voyez la guerre du Liban (juil.-août 2006) : 1.100 morts et 4.000 blessés libanais, 120 morts et 1.600 blessés israéliens. Résultat : six années de relative tranquillité.

Ou l’opération « Plomb durci » (déc. 2008- jan. 2009) : 1.400 Palestiniens et 13 Israéliens tués. Trois ans de calme entrecoupés d’incidents plus ou moins mineurs. A cette aune, si la trêve actuelle tient six mois, ce sera le bout du monde.

On ne change pas une politique qui perd

Et ils ne sont pas les seuls : au Likoud, lors des élections internes pour choisir les candidats à la Knesset, les durs ont balayé les modérés, affaiblissant du même coup la politique de balance que tente de mener le Premier ministre Netanyahou.

Tel est le seul avenir que la droite israélienne propose au peuple d’Israël : une bataille, une pause afin d’enterrer les morts et nettoyer les armes et puis on recommence. En existe-t-il un autre ?

Peut-être, mais il est difficile de le savoir : pendant le combat, personne n’a la tête à réfléchir. Et quand le calme revient, il y a toujours plus urgent à penser. Là, par exemple, il va y avoir les élections.

Après, peut-être. Ou quand la crise économique sera finie. Ou lorsque la Cisjordanie tout à fait colonisée. D’ailleurs, à  quoi bon ces parlotes ? Pour la droite, Israël aura toujours cet argument ultime : sa supériorité militaire.

N’en a-t-il pas toujours été ainsi ? Et donc, n’en ira-t-il pas toujours de la sorte ? La droite gaspillera donc le temps de cette trêve-ci comme elle a laisser filer celui des périodes de calme précédentes.

Les ultras, les mêmes qui s’inquiètent aujourd’hui de la présence d’islamistes à la tête de l’Egypte ont-ils tenté de négocier lorsque Moubarak était au pouvoir. Ou quand le Fatah dominait encore le Hamas ?

Envisagent-ils à présent d’ouvrir un canal de négociation avec le Roi Abdallah II de Jordanie. Pourquoi faire puisque la tranquillité règne aux frontières ? Et si demain les Frères musulmans prennent le pouvoir là-bas aussi, ce sera trop tard : on ne négocie pas avec des terroristes.

Cette droite là semble pourtant bien partie pour gagner les prochaines législatives. Ces derniers temps, pour les Israéliens, on ne change pas une politique qui perd. Mais après la prochaine guerre, qui sait ? Surtout si elle est sanglante.

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