Un message du monde à Israël

L’Assemblée générale de l’ONU vient d’envoyer à Israël le même avertissement que Talleyrand* à Napoléon : « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus ».

Sur 193 pays membres de l’ONU, 138 ont voté ce 29 novembre pour l’admission de la Palestine comme « Etat observateur ».  9 ont voté contre et 41 se sont abstenus. On peut certes se consoler -ou se rassurer- en affirmant que cela ne change rien sur le terrain.

Telle est au demeurant la position de l’actuel gouvernement israélien. Mais, si exact que ce soit, il n’empêche qu’une écrasante majorité d’Etats viennent de répéter ce message à l’Etat juif : ils ne reconnaissent pas les conquêtes effectuées par la force.

Il en va ainsi, pour le Tibet annexé par la Chine, le Haut Karabakh conquis par l’Arménie ou les « Républiques » d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie arrachées à la Géorgie par la Russie. Et, bien sûr, pour la Cisjordanie occupée par Israël.  

Car, depuis plusieurs décennies, les frontières de la planète se sont peu à peu figées. Pourquoi ? Parce que les peuples devenus sujets de leur Histoire. Ces millénaires qui les a vu accepter que villes, régions, pays changer de main au gré des victoires militaires sont achevés.

Mais ce qui était encore possible lors de, par exemple, la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947 ou les agrandissements d’Israël et de la Transjordanie en 1948-49 ne l’est plus aujourd’hui. Les frontières du Cachemire partagé entre ces deux pays ne bougeront plus.

Et Israël ne conservera pas plus la Cisjordanie que la Jordanie n’a pu la garder. Pour le dire prosaïquement : on a pu l’avaler, on ne peut pas la digérer. Car le peuple palestinien s’y refuse.

On peut bien ergoter sur l’existence de ce peuple et affirmer, par exemple, qu’il ne s’agit que de Bédouins arrivés dans les années 1930. Serait-ce même vrai -ce qui n’est pas le cas- que cela ne changerait rien.

Le mouvement se prouve en marchant et cela fait au moins quatre générations que les Palestiniens se sont forgé une identité en souffrant, en se battant et en mourant pour leur cause. Qui plus est, les Israéliens ont fait la même démonstration en sens inverse.

Car nombre d’adversaires ont aussi théorisé sur l’idée que les Juifs n’auraient aucun lien avec les Hébreux dont ils revendiquent l’héritage et que, de toute façon, ils ne constitueraient pas un peuple, mais une religion qui, du coup, n’aurait droit à aucun territoire.

Cela est fort intéressant, à cela près que les Israéliens n’ont cessé de démontrer le contraire en souffrant, en se battant et en mourant pour leur pays. C’est cela aussi que vient de signifier l’ONU à Israël : nous avons reconnu le droit de votre peuple à un pays.

Nous agissons à présent de même avec les Palestiniens. Par contre, nous n’acceptons pas que vous revendiquiez un supplément de territoires sans l’accord du peuple qui y vit. Tout comme nous nous opposons à ce que les Palestiniens ambitionnent d’augmenter leur Etat à vos dépens.

C’est cette similitude que réclame la planète : si les uns ont droit à un Etat, les autres aussi. Et personne n’a de droit sur le territoire d’en face. Celui que l’Histoire a figé par les lignes d’armistice de 1949.

Les ambitions nationales et/ou religieuses des minorités des deux bords sont hors de saison. Dépassées. Tout simplement anachroniques. Ce qui nous ramène au rapport de force actuel, celui  qui donne pour l’heure l’avantage à l’Etat juif.

C’est lui qui permet à la droite israélienne de multiplier les colonies sans (vouloir) voir que ces « faits accomplis » sont un pur gaspillage. Perte de sang, de temps, d’énergie, car leur existence ne repose que sur la puissance de Tsahal.

C’est cela aussi que dit l’ONU : à rêver que cette supériorité sera éternelle et qu’Israël aura toujours la capacité de résister non seulement à ses ennemis, mais au reste de la planète, vous menez le seul Etat du peuple juif vers des épreuves, voire un destin, terrifiants.

* Ministre des Affaires étrangères de l’Empereur

]]>