L’ONU, on le sait, s’en prend souvent à la politique israélienne. Mais pas seulement : elle vient de condamner les « violations graves des droits de l’homme » commises par l’Iran. Comme chaque année depuis 1992.
La dictature au pouvoir en Iran vient d’en prendre pour son grade : « violations graves et récurrentes des droits de l’homme », « application de la peine de mort en l’absence de garanties internationalement reconnues »…
Sans oublier une augmentation du nombre des exécutions en 2011 (670, soit le plus haut taux du monde par rapport à la population). Tels sont quelques-uns des points d’une résolution de la 3eCommission de l’Assemblée générale de l’ONU pour les droits de l’homme.
Le texte déplore aussi l’exécution de mineurs et l’usage répété de la torture. Il condamne les discriminations envers les femmes et les membres de minorités ethniques ou religieuses. Il dénonce le fait que les défenseurs des droits de l’homme soient « pris pour cibles de manière croissante et systématique ».
Il conclut en regrettant que les suggestions de son « rapporteur spécial » n’aient pas été prises en compte. (Celui-ci demandait que la peine capitale ne soit pas appliquée pour les délits liés à la drogue, à l’adultère ou au blasphème).
Cette résolution a été approuvée par 83 voix contre 31 et 68 abstentions. Les observateurs notent que le nombre de votes favorables s’est accru depuis l’an dernier. C’est la 19econdamnation de ce genre que subit Téhéran depuis 1992.
Comme à chaque fois, l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU a dénoncé « l’exploitation sélective et à des fins politiques » de cette sanction.
Un exemple, un seul
L’avocate Nasrin Sotoudeh, 47 ans, a longtemps été le bras droit de Shirin Ebadi (Prix Nobel de la paix 2003). Lorsque cette dernière a été forcée à l’exil par le régime, Sotoudeh, qui se spécialisait dans la défense des mineurs condamnés à mort, a repris le flambeau.
Elle a donc assuré la défense de tous ceux qui « portent atteinte à la sécurité nationale ». Entendez : qui ont manifesté contre la réélection trafiquée de Mahmoud Ahmadinedjad à la présidence du pays en 2009.
Excédés, les mollahs l’ont arrêtée et condamnée en janvier 2011 à onze ans de prison et vingt ans d’interdiction d’exercer son métier. (La peine sera réduite en appel à six et dix ans). Alors qu’elle est maltraitée en prison, son mari et ses deux enfants de 3 et 11 ans subissent aussi les foudres du régime.
Privation de soins médicaux, interdiction de recevoir la famille ou de lui rendre visite en prison. Son aînée est même déchue de ses droits civiques. Excédée, Nasrin Sotoudeh entame ce 17 octobre une grève de la faim. Et se retrouve à l’isolement.
« Dans des conditions comparables à une tombe », explique son mari. Jusqu’à ce qu’à la fin du mois, le Parlement européen lui décerne son prix Sakharov « pour la liberté de l’esprit »*. Petite victoire : elle peut regagner une cellule « normale ».
Mais Nasrin Sotoudeh ne renonce pas pour autant à sa grève de la faim. Bien qu’elle pèse moins de 45 kg après 40 jours sans alimentation, elle a résolu de la poursuivre jusqu’à ce que sa fille retrouve l’ensemble de ses droits.
Au moins est-elle « visible » aux yeux du monde. Les dizaines, les centaines de milliers d’Iraniens qui se font arrêter, violer, torturer ou tuer par la sanglante dictature religieuse qui fait la loi chez eux n’ont pas tous cette chance.
* Le prix a aussi été décerné au grand cinéaste Jafar Panahi, condamné à six ans de prison pour avoir exercé sa liberté de filmer
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