Livres jeunesse ‘spécial Hanoucca’

Plus de soixante ans après les faits, la Seconde Guerre mondiale reste un sujet récurrent dans la littérature jeunesse francophone ayant trait aux Juifs. Regardsa sélectionné deux livres liés à cette période sombre, en lice pour le prix Versele. Pourtant, il serait dommage de réduire l’histoire juive à la Shoah, aux persécutions et à la tristesse. Hanoucca, la fête des Lumières approche. L’occasion d’éclairer différemment notre lanterne.

Le journal de Blumka, Ywona Chmielewska, éd. Rue du Monde

La Pologne célèbre cette année le 100e anniversaire de l’orphelinat juif de Varsovie et met à l’honneur le grand pédagogue juif Janusz Korszak. Henrik Golszmit de son vrai nom est né à Varsovie en 1878 (ou 1879). Confronté, enfant, aux colères violentes de son père, Janusz Korszak s’intéresse très jeune à la psychologie de l’enfant. En 1905, il termine ses études de médecine et en 1906, il est embauché à l’hôpital pour enfants juifs, prodiguant des soins gratuits aux plus nécessiteux. En 1908, il rencontre sa collaboratrice qui le suivra jusqu’au bout, Stefania Wylzinska. Ensemble, ils prennent la direction d’un orphelinat pour enfants juifs. Janusz Korszak crée au sein de l’orphelinat un règlement d’ordre intérieur qui régit les relations entre adultes et enfants et entre les enfants, basées sur le respect et l’écoute active. L’orphelinat devient une école expérimentale*. On y  instaure aussi un tribunal présidé par les enfants

Le 6 août 1942, les 192 enfants et les 10 adultes de l’orphelinat sont arrêtés par les nazis et envoyés au camp de concentration de Treblinka dont ils ne reviendront malheureusement pas.

Le Journal de Blumka d’Ywona Chmielewska est remarquable, tant par son écriture que par ses illustrations. Blumka, une jeune pensionnaire, choisit de raconter dans son journal l’histoire extraordinaire de plusieurs enfants de l’orphelinat, celle de Pola qui fait pousser un pois dans son oreille, ou celle de Chaïmek, jugé puis pardonné par le Tribunal des enfants pour avoir détruit une fourmilière, et encore celle de Caillou qui transporte du charbon dans un pot de chambre.

Le livre se referme sur le journal inachevé de Blumka.

Les illustrations qui accompagnent le récit ressemblent à des photos du passé (qui ne passe pas) en noir, gris et blanc, réhaussées par quelques passages en couleurs qui rendent Korszak et les enfants plus vivants et présents que jamais.

Le soulier noir, Françoise Legendre, illustrations de Jean-François Martin, éd. Seuil jeunesse

« Knabèlè » signifie en yiddish « petit garçon ». L’écrivain Françoise Legendre dédie d’ailleurs son livre à tous les knabèlè du monde. C’est ainsi que la maman de Simon appelle aussi son fils.

Simon aime aller chez Jakob, le cordonnier, voir s’aligner les belles chaussures, et surtout, une jolie paire de souliers noirs. Ce sera le cadeau d’anniversaire de ses 6 ans.

Mais un jour, une rafle est organisée et l’on vient chercher la famille de Simon. Dans la hâte, Simon abandonne un de ses précieux souliers. Simon retrouvera bien des années plus tard, à l’autre bout du monde,  par un étrange détour, son soulier noir abandonné 60 années auparavant. Les illustrations sont de Jean-François Martin dont on connaît le travail de graphisme, avec cette recherche constante de la ligne juste qui lui est propre pour arriver à l’essentiel, dans le dessin et dans les couleurs qui se limitent au rouge, au beige, au noir et au gris. Un vrai bonheur.

Hanouka. Fête des Lumières, Aliya et Suzie Morgenstren, d’après un poème de Michael J. Rosen. Illustrations animées de Robert Sabuda. éd. Seuil jeunesse.

La fête de Hanoucca s’appelle aussi la fête des Lumières. Durant huit jours, les Juifs allument chaque soir une bougie, en y ajoutant à chaque fois une bougie supplémentaire pour se remémorer le « miracle » de la fiole d’huile et de la victoire des Maccabées sur leurs oppresseurs grecs il y a 2.000 ans.

Robert Sabuda s’est illustré dans la création de livres animés (pop-up), ces dessins découpés qui se déplient et apparaissent en trois dimensions lorsqu’on tourne la page. En général, les enfants adorent ce genre de livre et s’amusent à ouvrir, fermer, ouvrir et fermer, à chaque fois émerveillés par ce dispositif d’apparition/disparition. Robert Sabuda signe ici avec une des auteurs fétiche de l’Ecole des Loisirs, Suzie Morgenstern, et la complicité d’Aliya Morgenstern, un livre original, ludique et fragile comme la liberté, comme la flamme d’une bougie.

* La charte fondatrice de l’école Beth Aviv, à Bruxelles s’est inspirée de la pédagogie de Janusz Korszak. 

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