Un conte de Hanoucca et Christmas

Théo et Masha fréquentaient la même école. Ils habitaient dans un immeuble, tous les deux au cinquième étage, en vis-à-vis, la fenêtre de Théo donnant sur celle de Masha. Théo pouvait donc la voir dans sa chambre.

Il pouvait, par exemple, le matin, la voir tresser ses nattes et le soir, la voir jouer du violon. Quand sa fenêtre restait ouverte, il l’écoutait jouer des heures durant. Théo était, vous l’aurez compris, amoureux de Masha.

Une semaine sur deux, il lui arrivait de ne voir aucune lumière dans sa chambre. Où était-elle ?

Un jour, il la vit au bas de l’immeuble. Elle embrassa sa mère et monta dans une voiture. Une autre fois, il la vit sortir de la même voiture, courir dans les bras de sa mère, un cartable sur le dos et tirant une valise.

Un soir, en décembre, il s’était mis à neiger. Les flocons dansaient dans la lumière des lampadaires. Théo était en train d’étudier quand tout à coup, il vit de la lumière dans la chambre de Masha. Elle avait déposé un chandelier avec deux bougies allumées, à sa fenêtre. La lumière des bougies illuminait son visage.

Théo était ébloui. Et intrigué. Pourquoi deux bougies ? Etait-ce un signal codé ? Envoyé à des extra-terrestres ? A des espions ? A cette époque-là, Théo lisait beaucoup de romans d’aventure et de science-fiction et cela lui était monté à la tête.

Le deuxième soir, Masha déposa le chandelier avec trois bougies. Le dimanche, huit bougies brûlaient de tout leur éclat. Le lundi matin, Théo ne vit pas Masha ni les autres jours.

Un dimanche, fin décembre, en bas de l’immeuble d’en face, des déménageurs faisaient monter et descendre un monte-charge rempli de caisses et de meubles. Le soir même, il n’y avait plus de rideaux à la fenêtre de Masha.

Elle avait déménagé dans un autre pays. Théo en fut d’abord très surpris et ensuite peiné. Puis, il grandit, étudia, voyagea, continua à lire beaucoup de livres. Il en écrivit un aussi, l’envoya à un éditeur. On le publia. Il en publia un deuxième, puis un troisième et connut un tel succès qu’il fut consacré meilleur auteur de roman noir de l’année, lui qui était aussi gai qu’un pinson. On l’invita à New York, présenter son dernier roman.

En se promenant dans la 4e Avenue, il s’arrêta pour lire une affiche. On y voyait une femme jouant du violon, au-dessus,
« Masha Pomeranc » et tout en dessous, « concert de Hanoucca Christmas ». Théo sursauta. Il acheta un billet pour le concert. Quand la violoniste monta sur scène, il la reconnut tout de suite, même si elle n’avait plus de tresses. C’était Masha, sa voisine ! Son amour d’enfance ! Elle était tout simplement merveilleuse.

A la fin du concert, on alluma deux bougies sur un chandelieret les gens se mirent à chanter en hébreu, une chanson accompagnée par Masha, au violon. Théo regarda tout cela avec émerveillement, comme un enfant. Masha !

C’est ici que prend fin ce conte de Hanoucca avec, comme il se doit, un « miracle » à la clé. C’est aussi un beau conte de Noël. En effet, aujourd’hui, dans le salon de Théo et de Masha, se dresse un magnifique sapin de Noël à côté d’une Hanouccia. Et si je vous raconte tout cela, c’est que cela s’est vraiment passé comme ça. Parce que je suis Théo et c’est moi qui ai écrit cette histoire.

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