Ce 3 décembre se sont déroulées à Jérusalem et Tel-Aviv des manifestations qui devraient tout simplement être inconcevables en Israël : des survivants de la Shoah réclamant de quoi s’acheter des lunettes, un sonotone ou des médicaments.
Imagine-t-on cela ? Dans l’Etat du peuple juif, le gouvernement fait des économies sur le dos de gens du dernier âge : les 200.000 Juifs qui ont connu les persécutions, les camps, l’assassinat de leurs proches… Et qui, à 90%, ont plus de 75 ans.
Certes, on n’attend pas de ce gouvernement ultra-libéral qu’il pratique les valeurs de fraternité ou de solidarité envers les plus faibles qui ont fondé la société israélienne. Ses priorités vont ailleurs, on le sait.
Vers l’individualisme, la loi de la jungle et l’enrichissement des riches. Soit. C’est son choix et il dispose d’une majorité à la Knesset pour le mettre en application. Mais tout de même… Les survivants de la Shoah !
Pourtant, ces ministres participent avec une émotion de bon aloi aux cérémonies du «Yom Hashoah » (Jour de la Shoah) chaque 19 avril. Ils évoquent à tout bout de champ le génocide subi par les Juifs pour justifier tout et n’importe quoi.
Les mêmes qui affirment que l’économie est en crise, mais dépensent des milliards d’euros pour les colonies de Cisjordanie*, eh bien, ceux-là ont eu ce triste courage de réduire le budget des remboursements médicaux destinés à ces malades-là.
Tout cela pour économiser 25 millions de shekels (5 millions €), de la menue monnaie pour le Trésor, alors qu’il s’agit souvent d’une question de survie pour les victimes. Bien sûr, le ministère des Finances se défend en invoquant le budget qu’il consacre à ces survivants.
Même que le gouvernement l’a augmenté cette année de 13% par rapport à 2011 pour atteindre 593 millions € en pensions et allocations diverses. Ce n’est pas rien, mais c’est clairement insuffisant. Pire, il atteint moins de la moitié des survivants : 89.000 personnes à peine.
Les autres ? Ils se sont découragés ou n’essaient même pas : la course d’obstacles que dresse la bureaucratie pour obtenir une aide leur semble bien trop haute et trop longue. Critères abscons, documents innombrables, vérifications interminables…
Conséquences : 35% des rescapés n’arrivent pas à couvrir leurs dépenses alimentaires. 25% vivent sous le seuil de pauvreté. Faute de chauffage, 20% ont froid en hiver. 14% sont en situation d’insécurité alimentaire et 4 % souffrent même de malnutrition.
Et, pendant que les Finances ergotent ou cherchent le bon tampon, le temps court, lui. Statistiquement, près d’un tiers d’entre eux seront morts d’ici 2015. Et en 2025, ils seront moins de 50.000.
Qui a vécu le Yom HaShoah en Israël ne peut oublier ce moment bouleversant où tout un pays s’immobilise durant deux longues minutes pour rendre hommage aux morts victimes du génocide.
Ceux qui ont survécu doivent-ils attendre d’être un souvenir pour que ce gouvernement s’intéresse à eux ?
* « Mais si, Benjamin Netanyahou veut la paix ! » (http://www.cclj.be/article/2/3874)
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