Une seule calotte vous manque et le cours est dépeuplé. C’est ce qui vient de se produire à l’Université israélienne de Bar-Ilan. Non-événement ? Peut-être. Mais un bien beau sujet de controverse tout de même.
Nous sommes loin d’être les seuls à le pratiquer mais, dans l’art de l’ergotage, nous, les Juifs, comptons tout de même parmi les meilleurs. Après tout, c’est nous qui, il y a cinq siècles, avons inventé le concept même du « raisonnement poivré » (« pilpoul »), non ?
Si vous aimez ça -et qui ne l’aime pas ?- voici un sujet idéal pour vous : au début de ce mois à l’Université de Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, un professeur a expulsé un étudiant qui refusait de porter une kippa durant son cours de Talmud*.
Indignation de nombreux étudiants: halte à la coercition religieuse ! Riposte courroucée des collègues du professeur : On met une calotte quand on étudie les textes sacrés. Simple question respect.
A suivi une intervention du rectorat de l’établissement rappelant que… Stop. Pause. Temps mort, remettons l’incident (le drame… le scandale…) dans son contexte. Bar-Ilan est le plus grand établissement universitaire d’Israël après l’Université hébraïque de Jérusalem.
Il compte huit facultés, 1.400 enseignants et 27.000 étudiants. C’est aussi l’un des plus prestigieux. Bar-Ilan est lauréat du « Prix Israël » 2007 et est bien placé dans les classements mondiaux des universités (son école de commerce est particulièrement renommée).
L’Université a aussi cette spécificité d’avoir été fondée en 1955 par le mouvement Mizrahi, l’une des branches du sionisme religieux. Au-delà de ses dérives ultra-nationalistes actuelles, ce mouvement a toujours revendiqué une certaine ouverture au monde.
A l’inverse des organisations ultra-orthodoxes, repliées sur l’étude littérale des textes, Bar-Ilan, par exemple, s’est donnée comme mission, outre l’étude de l’éthique juive, de créer des ponts entre les études de la torah et celles de la modernité.
De nos jours, même si les religieux y sont encore majoritaires, on trouve tant chez les enseignants que les étudiants nombre de Juifs laïques que de non-Juifs, y compris des Arabes, musulmans ou chrétiens.
Au fil du temps, l’obligation faite aux étudiants juifs d’avoir la tête couverte a aussi disparu. A l’exception des cours portant sur le judaïsme. Là, les élèves s’engagent lors de l’inscription à porter un couvre-chef.
Dans son communiqué, le rectorat explique que cette obligation a pour but « d’honorer la tradition juive et les valeurs de l’institution ». Il précise que cette question s’est déjà posée et que l’Université a cherché un cursus dans lequel les élèves concernés ne suivent que des cours où la calotte n’est pas obligatoire.
A ce niveau, l’argument des dirigeants de Bar-Ilan a un côté jésuite, si l’on ose écrire : pour obtenir son diplôme, un étudiant doit obligatoirement suivre au moins sept cours portant sur le judaïsme…
Tout ceci étant précisé, pilpoulons un peu : d’une part, en tant que laïque, on n’apprécie pas trop d’être obligé de suivre des règles vestimentaires imposées par une religion à laquelle on ne croit pas.
D’autre part, le respect n’est pas un défaut non plus. Chaque mythologie à ses particularismes auxquels les pratiquants sont fort attachés et c’est bien leur droit. Qu’ils veuillent les imposer aux autres ou dans le domaine public est bien évidemment inadmissible.
Par contre, en privé, c’est leur liberté de vivre à leur guise. Personne n’est contraint d’étudier à Bar Ilan. Si on le fait, c’est avec l’obligation d’obéir au règlement de l’établissement. Avant de s’inscrire, l’étudiant sait qu’il devra porter une kippa à tel cours ou tel cours.
On n’est donc pas dans la coercition religieuse mais dans le choix librement assumé. On se couvre la tête dans une synagogue, on la découvre dans une église, on ôte ses chaussures dans une mosquée. Ou on n’en franchit pas la porte.
Et on attend le même respect du croyant pour les valeurs qui ne sont pas les siennes, mais qui les valent bien. Si vous en avez le temps et l’envie, on serait intéressé à connaître votre opinion là-dessus.
Si possible en se souvenant que la Talmud affirme : « Paroles des uns et paroles des autres sont toutes paroles du Dieu vivant ».
*http://www.jpost.com/JewishWorld/JewishNews/Article.aspx?id=295848
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