Si cela était possible, pour quel parti voterait-on aux prochaines élections législatives israéliennes ? Réflexion faite, on suivrait l’écrivain Amos Oz* qui n’en voit qu’un* : le Meretz.
Début janvier, Amos Oz discutait avec une trentaine d’universitaires israéliens de leur choix pour la prochaine Knesset. Voici l’essentiel de ses propos. On notera qu’il n’a même pas pris en considération l’idée d’un vote pour l’extrême droite.
Même si, comme en Occident, celle-ci a le vent en poupe en Israël. Et que, là bas aussi, une partie de l’électorat de droite se laisse gangrener par cette idéologie raciste, haineuse et brutale. Triste conséquence de la perte de valeurs causée par 40 ans d’occupation…
Le Likoud ? Pour Amos Oz, « Le gouvernement Netanyahou est le plus antisioniste depuis la création de l’Etat d’Israël. Il fait tout pour qu’il n’y ait jamais ici deux Etats, mais un seul. Il ne cesse de porter des coups à Mahmoud Abbas et de renforcer le Hamas.
Peut-être est-ce vraiment son intention d’étouffer toute chance de parvenir à une solution à deux Etats. Peut-être croit-il que les Juifs pourront régner indéfiniment sur une majorité arabe. Mais, si longtemps qu’il puisse tenir, tout régime d’apartheid finit par s’effondrer ».
Quant au Parti travailliste, « cela fait quinze ans qu’il rampe pour participer aux gouvernements du Likoud. Qu’ont-ils fait pour ralentir le rythme de la colonisation et pour conjurer le spectre de la dissolution de l’Etat du peuple juif ? »
L’écrivain estime même que son actuelle dirigeante Shelly Yachimovich est pire que son prédécesseur, Ehoud Barak. « (Face à la question palestinienne,) lui, il disait : « Il n’y a pas de solution » tandis qu’elle affirme : « Il n’y a pas de problème »
Les nouveaux partis centristes n’entraînent pas davantage son adhésion : « Yaïr Lapid (Yesh Atid) se focalise sur la conscription des étudiants talmudiques. Mais, franchement, à quoi cela pourra-t-il bien servir de les enrôler lorsqu’il y aura ici un Etat arabe ? »
Quant à l’ancienne présidente de Kadima qui a créé sa propre formation, Hatnua : « Je n’ai aucune garantie que Tzipi Livni ne sera pas ministre des Affaires sociales dans le prochain gouvernement Netanyahou.
Tout comme je n’ai aucune garantie que Yaïr Lapid ne sera pas ministre de l’Education dans ce prochain gouvernement. Et une fois dedans, que pourront-ils bien y faire ? » Pour Oz, aucun de ces partis ne lutte pour l’essentiel : la solution « à deux Etats ».
Or, si celle-ci n’est pas n’est pas mise en œuvre, « ce n’est pas un Etat binational que nous aurons ici, mais un Etat arabe ». Un seul parti, estime Oz, comprend et tente de répondre à la seule question qui vaille :« nihyeh o-lo nihyeh ? » (« être ou ne pas être ») : le Meretz.
Comment ne pas l’approuver ? Meretz (« Energie ») est un parti démocratique. Il est sioniste et partisan de la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Il est de gauche et combat l’ultra-libéralisme du gouvernement actuel qui a réduit ¼ de la population à la pauvreté.
Il est aussi laïque, moderne et ouvert aux évolutions de la société (égalité homme-femme, respect des minorités sexuelles, etc.) Et, selon les sondages, il devrait doubler le nombre de ses sièges, de 3 à 6.
Selon les mêmes sondages, ce sera bien entendu trop peu. Mais quoi, le sionisme lui-même a longtemps été minoritaire au sein du peuple juif et cela ne l’a pas empêché de pas mal réussir par la suite. Avant que les extrémistes actuels ne s’acharnent à le détruire.
Un sourire pour conclure : les mêmes, qui en ratent rarement une, croient être désagréables en traitant Oz et ceux qui pensent comme lui, de « Cassandre ». Ils se trompent. C’est plutôt un compliment :
Cassandre avait certes ce malheur de ne jamais être entendue. Mais elle disait toujours la vérité. Les vraies victimes de la malédiction des dieux maudits dans cette histoire, ce sont les malheureux qui faute de l’avoir écoutée, ont connu un destin funeste…
*Amos Oz est un des plus grands écrivains israéliens. Ses livres sont traduits dans une quarantaine de langues et il a obtenu plusieurs récompenses prestigieuses : le Prix Israël, le Prix Prince des Asturies, le prix Goethe, le prix Ulysse, etc.
**http://www.courrierinternational.com/article/2013/01/18/elections-les-sombres-propheties-d-amos-oz
]]>