Argentine : l’Iran sur le banc des accusés

Les Iraniens sont-ils disposés à reconnaitre leur culpabilité dans les sanglants attentats anti-Juifs commis en Argentine dans les années 1990 ? Malgré leur récent accord avec ce pays, on peut en douter.

85 morts et 300 blessés. L’attentat contre « l’Association mutuelle israélite argentine » (AMIA) à Buenos-Aires* en juillet 1994 avait été un des plus sanglants commis contre des Juifs depuis 1945.

D’autant qu’il en suivait un autre, presque aussi terrible (29 morts, 200 blessés), perpétré deux ans auparavant contre l’ambassade d’Israël, toujours dans la capitale argentine. Emotion, colère et condamnations avaient alors parcouru la planète.

Puis, avec le temps et l’éloignement, l’oubli était tombé. D’autant que les coupables semblaient venir  de la République islamique d’Iran et qu’il était donc évident qu’ils resteraient impunis, au moins jusqu’à la chute du régime des mollahs.

Et voici que, ce 27 janvier, 19 ans après les faits, la présidente du pays, Cristina Kirchner, annonce la signature d’un accord « historique » avec Téhéran sur la création d’une « Commission chargée d’établir la vérité » concernant l’attentat de l’AMIA.

Si l’Iran a, quoi qu’il en ait, admis qu’il était  au minimum, « concerné » par ce crime (ce qu’il avait toujours nié jusqu’alors), ce n’est pas sans raison : depuis sa venue au pouvoir en 2005, le président Ahmadinedjad tente d’accroître l’influence de son pays en Amérique latine.

Une « grande stratégie » à visées économiques, bien entendu, mais aussi géopolitiques : montrer aux Etats-Unis que s’ils peuvent interférer dans la sphère d’influence iranienne, Téhéran  a la capacité d’en faire autant dans l’arrière-cour de Washington

Premiers concernés, les pays les plus anti-Yankees du continent. Des puissances moyennes comme le Venezuela, la Bolivie ou l’Equateur. Mais aussi, dans une moindre mesure, de grandes nations comme le Brésil… et l’Argentine.

De fait, depuis 2010, les échanges économiques entre Buenos Aires et Téhéran ont crû de façon exponentielle -en partant, il est vrai de quasi rien- L’Argentine fournit de plus en plus de denrées  alimentaires comme du blé, du maïs ou de l’huile de soja.

En échange, l’Iran lui vend le pétrole que l’Europe ne lui achète plus, sanctions économiques contre son programme nucléaire, oblige. Un deal gagnant-gagnant… n’était l’attentat  contre l’AMI.

Israël : « l’Iran vous tend un piège »

Un problème qui est tout sauf négligeable : depuis 7 ans, la justice argentine accuse officiellement l’Iran d’avoir téléguidé l’attentat et le Hezbollah libanais d’avoir exécuté le crime.

L’Argentine  a d’ailleurs lancé un mandat d’arrêt international contre huit personnalités iraniennes et non des moindres : deux anciens ministres, Ali Falahian (Information et Sécurité) et  Ali Akbar Velayati (Affaires Etrangères)

Plus Mohsen Rezai, ex-commandant en chef des puissants « Gardiens de la Révolution » et même un ex-Président de la République islamique : Al Akbar Rafsandjani ! Les actuels dirigeants sont-ils prêts à sacrifier de tels hommes  sur l’autel des relations bilatérales entre les deux pays ?

Ce serait pour le moins surprenant : tous ces gens font partie de la même caste qui truste le pouvoir à Téhéran depuis 1979. Et cela donnerait une image encore plus désastreuse de la théocratie des mollahs. Une manœuvre, alors ?

C’est ce que pense le ministère des Affaires étrangères israélien dont le porte-parole a déclaré : «Nous avons dès le début averti l’Argentine que l’Iran tenterait de lui tendre un piège et qu’elle devrait faire attention », sans donner davantage de détails

Peut être s’agit-il simplement pour les Iraniens de mimer la bonne volonté afin de gagner du temps ? C’est un procédé où, comme on l’a vu avec les interminables discussions sur le nucléaire, ils sont passés maîtres.

Quoi qu’il en soit, sauf surprise, ce n’est pas demain que les familles des victimes de l’attentat verront ces suspects iraniens devant un tribunal argentin, même si la Président Kirchner leur a garanti qu’ils auraient droit à un procès légal,  « principe fondamental du droit pénal »…

*Après avoir compté jusqu’à 500.000 personnes dans les années 1950, la communauté juive d’Argentine est tombée à environ 250.000 membres dont 165.000 dans la capitale. C’est la plus grande communauté du continent sud américain et la 6èmedu monde.

 

 

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