L’Iran, l’Argentine… et Israël

 

Décidément, il est temps qu’ils s’en aillent. Les « diplomates » d’Israël Beteinou qui dirigent les Affaires Etrangères (AE) israéliennes depuis 4 ans viennent à nouveau de transformer un problème en crise. Une telle constance dans la maladresse finit par forcer l’admiration.

 

 « Qu’ils dégagent » ! Cette interpellation, très en vogue dans le monde arabe ces derniers temps, s’applique tout à fait à Avigdor Lieberman et son équipe. C’est qu’en 4 ans, ils ont trouvé les moyens de se brouiller avec un nombre étonnant de chancelleries de par le monde.

Et, qu’histoire sans doute de finir en beauté, ils viennent d’ajouter l’Argentine à leur tableau de chasse. Nous avions évoqué, voici peu * l’étrange accord entre l’Argentine et l’Iran à propos du sanglant attentat antisémite de Buenos Aires en juillet 1994.

Israël avait, selon le porte parole des AE, accueilli  la nouvelle « avec stupéfaction et une profonde déception »  ajoutant : « l’ambassadeur d’Argentine en Israël va être convoqué au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem pour fournir des explications »

Le ton rappelait furieusement la manière dont ces mêmes AE avaient traité la Turquie en janvier 2010. Son ambassadeur  aussi avait été « convoqué » pour « fournir des explications » sur une série télévisée antisémite diffusée dans son pays.

Danny Ayalon, alors vice-ministre des Affaires étrangères (et membre d’Israël Beteinou), lui avait sorti le grand jeu : il l’avait fait attendre, ne lui avait pas serré la main et l’avait installé sur un siège plus bas que le sien.

Il lui avait ensuite infligé ce que la presse israélienne avait qualifié de  « réprimande humiliante ». Après quoi, Israël avait dû présenter des excuses et même Lieberman n’avait plus voulu qu’Ayalon soit candidat sur sa liste aux récentes élections législatives.

Certes, ce n’est pas pour cette histoire que la Turquie a rompu ses relations diplomatiques avec Israël fin 2011, mais cela n’a pas dû aider.  Rebelote donc cette fois-ci,  si on en juge par ce peu amène communiqué des Affaires Etrangères d’Argentine (29/1) :

« L’Argentine a refusé de présenter des explications à Israël (…) car  l’attaque n’a pas fait de victimes de nationalité israélienne » ajoutant que  « jamais l’Argentine n’a convoqué un ambassadeur israélien pour lui demander des explications sur des actions de son gouvernement ».
 

Buenos Aires « rejette donc énergiquement cette démarche du gouvernement israélien », qualifiée « d’acte impropre » et « qui va à l’encontre des relations traditionnelles d’amitié entre les deux nations ».  De l’art de transformer un problème en crise…

On ne juge pas ici du fond. On est même tenté de croire qu’Israël avait raison de protester tant vis-à-vis de la Turquie que de l’Argentine. Mais bien sûr, tout est dans la manière : si l’on veut utiliser la force, on fait la guerre.

 N’importe qui pourvu qu’il ait un cerveau

Ou alors, on emploie la diplomatie qui sert, entre autres, à délivrer avec politesse des messages désagréables. Car si, comme l’expliquait l’un d’eux, « un diplomate tourne sept fois sans langue dans sa bouche avant de ne rien dire », ce n’est pas par hasard.

On peut trouver ridicules ou hypocrites ces gens dont les propos codés suivent une rigoureuse hiérarchie pour manifester mécontentement, réprobation, colère…  Sauf que cela fonctionne. Parfois. Mais éviter ne fut ce qu’une crise ne vaut-il pas tous ces ronds de jambe verbaux?

Cela n’empêche pas au demeurant un diplomate de taper du poing sur la table voire de claquer la porte. Si cela correspond à la politique de son pays. Mais quelqu’un croit-il qu’Israël voulait se brouiller l’Argentine ou, pire encore, avec la Turquie ? 

Même chez Israël Beteinou, on n’est pas à ce point stupide. Non, il s’agit simplement d’incompétence : ces gens pensent que le respect s’obtient par la force et l’amitié par la peur. Quitte à brailler à l’antisémitisme quand cela ne fonctionne pas.

Encore une fois, on ne discute pas la stratégie: même si on la juge détestable, les gouvernements israéliens sont fondés à mener la politique pour laquelle les électeurs les ont élus. Mais pourquoi avec d’aussi désastreux  tacticiens ?  

Faut-il vraiment qu’Israël soit représenté par des lourdauds qui aggravent les crises plutôt que de les désamorcer ? Heureusement, tout cela devrait prendre fin avec le prochain gouvernement.

Y compris s’il est dirigé par B. Netanyahou qui a déjà, selon la rumeur, proposé le poste à Yaïr Lapid.  Lui ou un autre, peu importe au demeurant, pourvu qu’il ait un cerveau et sache s’en servir…

 * « Argentine : l’Iran sur le banc des accusés » (http://www.cclj.be/article/3/4037)

 

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