La Justice allemande a rouvert un devoir d’enquête concernant le massacre perpétré en juin 44 à Oradour-sur-Glane, faisant 642 victimes, dont 247 enfants. Six anciens SS impliqués dans cette tuerie seraient en effet toujours en vie.
Ce 29 janvier 2013, ce sont des visiteurs d’un genre un peu particulier que les habitants d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ont vu débarquer dans les ruelles du village martyr.
Soixante-huit ans après le massacre de 642 civils par des SS, soit la plus importante tuerie perpétrée en France par les armées hitlériennes au détriment de populations civiles, des représentants de la Justice allemande se sont en effet rendus sur les lieux dans le cadre d’une enquête pour « crime de guerre ».
Le procureur et le commissaire allemands veulent « trouver des éléments de preuves supplémentaires, faire des constatations sur place, voir à Oradour où étaient déployées les différentes unités et écouter de nouveaux témoins », a déclaré en Allemagne le procureur de Dortmund, Andreas Brendel. Six suspects, âgés de 85 et 86 ans, appartenant à l’époque au détachement de 200 hommes qui a massacré la population, seraient toujours en vie.
Le 10 juin 1944, la division blindée SS Das Reich avait enfermé la population dans l’église d’Oradour-sur-Glane avant de l’incendier, faisant 642 victimes, dont 247 enfants. Seules six personnes avaient survécu. Depuis 1999, l’ancien village, conservé à l’état de ruine, témoin des souffrances infligées, est relié au nouveau village, reconstruit quelques centaines de mètres plus loin, par le Centre de la mémoire, sorte de musée-mémorial destiné aux nouvelles générations.
« Aujourd’hui, le sang doit couler »
Après plusieurs affaires classées faute de preuves, l’enquête aurait été relancée en 2010 par la découverte par un historien d’un document de la Stasi, dans lequel un soldat allemand présent à Oradour révèle la déclaration d’un de ses chefs à ses troupes : « Aujourd’hui, le sang doit couler ».
En 1953, en France, 21 soldats (dont 14 Français d’Alsace enrôlés de force dans l’armée allemande) avaient été jugés par le tribunal militaire de Bordeaux pour leur participation présumée au massacre, mais les condamnations à mort avaient été commuées et les Français amnistiés, au nom de la réconciliation nationale.
Survivante du massacre, ayant elle-même perdu oncles, tantes et cousins, Camille Senon, la vice-présidente de la Fédération nationale française des déportés, internés, résistants et patriotes, a confirmé qu’il s’agissait d’un « geste fort », même si « le déplacement de la police allemande aurait dû être fait plus tôt ».
« Les autorités judiciaires allemandes agissent dans le cadre d’une demande d’entraide pénale internationale », a quant à lui affirmé le Parquet de Limoges, présent aux côtés des enquêteurs allemands.
Plusieurs témoins demandent à être entendus, ce qui semble d’ailleurs prévu par la suite de la procédure. Le meurtre est imprescriptible en Allemagne, mais trois des suspects encore en vie ne pouvant déjà plus être poursuivis en raison de leur état de santé, on peut douter des réelles chances d’un nouveau procès.
En fonction des éléments rassemblés en France, le procureur allemand Brendel espère rendre la décision avant la fin 2013.
Plus d’infos sur le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane : www.oradour.org
« Oradour, retour sur un massacre », documentaire de Christophe Weber (2004).
]]>