L’étrange évolution de Monsieur Amidror.

Impossible ne serait-il pas non plus israélien ? Voici que Yaakov Amidror, le chef du Conseil de Sécurité de B. Netanyahou s’inquiète des conséquences désastreuses de la colonisation sur l’image d’Israël. Miracle ou manœuvre ?

Yaakov Amidror affirmant que la colonisation est mauvaise pour Israël,  c’est un peu comme si Bart de Wever prônait le bilinguisme en Flandre. Ou Le Pen, le droit de vote pour les immigrés arabes : pas tout à fait impossible mais extrêmement peu probable.

Et pourtant, ce proche collaborateur de B. Netanyahou s’en est inquiété voici peu : « la construction dans les colonies est devenue un problème diplomatique(…) qu’il est impossible d’expliquer à  Angela Merkel ou au Premier ministre canadien Stephen Harper »

On se pince : le cofondateur du mouvement ultra-sioniste religieux « Maison Juive », celui que le Premier Ministre a nommé chef du Conseil de sécurité nationale en mars 2011, cet Amidror  là ?

Ce doit être une homonymie : le Yaakov Amidror qu’on connait s’était opposé au retrait d’Israël de la bande de Gaza en 2005. Et il était d’avis  que Tsahal en reprenne le contrôle après l’opération « Plomb durci » de 2008-2009.

C’est aussi lui qui expliquait en 2009, que le devoir des soldats israéliens était de « tuer quiconque se mettait en travers de leur mission ». « Même un enfant de 5 ans ? avait demandé un impertinent. « Il faudrait le jeter en prison » avait rétorqué  l’ex-général Amidror.

Lequel a, semble-t-il  une nette tendance à régler tous les problèmes de cette façon: et si un soldat refusait d’obéir à un ordre de ce genre ? lui a-t-on encore demandé.  Réponse : « une balle dans la tête  ou la prison »

Et cet homme là s’inquièterait de la difficulté d’expliquer la colonisation aux gouvernements qui soutiennent Israël ? Impossible.  D’ailleurs, ce 1erjanvier encore, il avait « cassé » Ron Prosor, le représentant permanent d’Israël à l’ONU qui lui avait la même question.

C’était lors d’une « conférence des ambassadeurs » et Prosor avait demandé une clarification de la politique de colonisation en expliquant que les diplomates israéliens avaient du mal à l’expliquer dans les capitales où ils étaient en poste.

Les autres ambassadeurs avaient applaudi. Amidror s’était énervé et avait répliqué en substance qu’ils n’étaient pas là pour critiquer la politique gouvernementale « et si vous n’êtes pas d’accord avec elle, démissionnez et lancez-vous dans la politique »

Et, d’un seul coup, il serait devenu le borgne de ce troupeau d’aveugles de l’extrême-droite ?  Après tout, peut être : ce ne serait pas le premier à qui l’exercice du  pouvoir aurait dessillé les yeux… Mais, avant de l’en féliciter, il faudrait lire la suite de ses déclarations.

Car, dans la foulée, Yaakov Amidror a aussi envisagé la possibilité d’un nouveau « gel temporaire » de la colonisation en Cisjordanie.  A condition qu’en échange, les Palestiniens reprennent les négociations qui sont bloquées depuis 2010.

Ainsi qu’à ne pas traîner d’Israéliens devant la Cour pénale internationale, comme ils en ont le droit depuis que la Palestine est devenue « Etat observateur » de l’ONU. Et, ah oui,  Y. Amidror doit se rendre sous peu à Washington.

Il va y préparer la visite du Président Obama dans la région au printemps prochain. Il n’est donc pas interdit de voir dans ces déclarations un ballon d’essai des propositions que le prochain gouvernement israélien pourrait mettre sur la table à cette occasion…. 

C’est moins bouleversant qu’une conversion soudaine à la paix mais sans doute plus crédible. Quant à savoir si cela aidera vraiment les diplomates israéliens à expliquer la politique de leur pays, c’est une autre histoire… 

 

 

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