Alors, ce gouvernement ?

 

Les négociations que mène B. Netanyahou pour former une coalition sont très ardues : il doit d’abord obtenir l’accord de plusieurs partis aux intérêts opposés. Puis celui de son épouse, Sarah, ce qui est encore plus difficile.

Leader du parti le plus important de la Knesset (31 députés) B. Netanyahou a été désigné  ce 3 février par le Président Pérès comme candidat Premier Ministre. Il dispose de 28 jours, soit jusqu’au 3 mars pour former un gouvernement. Plus 14 jours supplémentaires en cas de besoin.

Comme il n’entend pas gouverner  avec les Travaillistes (qui s’y refusent aussi) ni avec le Meretz et encore moins avec les trois partis arabes, il dispose que de deux options : soit reconduire la coalition précédente avec l’extrême-droite, laïque ou religieuse

Entre le Shass (11 députés), « Maison juive » (12) et « Judaïsme de la Torah » (7), il arrive de justesse au chiffre fatidique de 61 sièges sur 120. Soit, il penche vers le centre.  Là, avec le Yesh Atid de Yaïr Lapid (19), l’Hatnua de Tzipi Livni (6) et Kadima (2), il compte 58 élus.

Insuffisant donc, sauf si M. Netanyahou arrive à y ajouter un des partis religieux, le plus évident étant la « Maison juive » de Naftali Bennett. Du coup, il se retrouverait avec une forte majorité de 70 députés. Mais, bien sûr, ce n’est pas aussi simple.

Déjà, la totalité de ces partis se méfient du Premier Ministre : ils ont tous constaté que -sans qu’ils sachent très bien comment- B. Netanyahou s’est débrouillé pour qu’ils ne tiennent aucune de leurs promesses électorales. A sa décharge, il n’a tenu aucune des siennes non plus.

A quoi s’ajoute la répartition des postes : Yaïr Lapid, par exemple, le grand vainqueur des élections a déjà annoncé qu’il serait « chef de la diplomatie israélienne ou chef de l’opposition »

Souci : l’actuel détenteur du poste, Avigdor Lieberman veut absolument le conserver et assure que Netanyahou le lui à promis. Mais il passe en jugement en ce moment pour fraude et une condamnation marquerait sans doute la fin de sa carrière.

Autre complication  si le 1er Ministre tente par une coalition avec les religieux : les ultra- orthodoxes du Shass détestent le parti sioniste religieux  « Maison juive ». Au point que leur chef spirituel, le très nuancé Ovadia Yossef avait interdit de voter pour lui :  

« Ce sont tous des méchants, des personnes qui haïssent la Torah (…) Il y a en a parmi eux qui sont de véritables renégats, des laïcs complets! » Il faut dire que Bennett a osé affirmer : « On peut très bien étudier la Torah tout en faisant l’armée puis en travaillant »….

 Suivre un stage de terrorisme avec Sarah Netanyahou…

Mais N. Bennett a un souci bien plus grave et plus immédiat : la haine tenace que lui porte Sarah Netanyahou, l’épouse du 1er Ministre. Celle-ci a toujours été détestée par l’ensemble des collaborateurs de son mari.

Ils l’accusent de semer la pagaille: «Elle intervient sur tout, elle nous rend fous ».  Et selon des rumeurs persistantes, Bennett, qui  a été le principal collaborateur de Netanyahou entre 2006 et 2008, a été renvoyé pour avoir dénoncé les intrusions intempestives de Sarah….

Pire : dans une interview mi-janvier, il avait affirmé que travailler avec elle, c’était « comme suivre un stage de terrorisme ». Du coup, Benjamin Netanyahou refusait de le rencontrer  s’il ne s’excusait pas publiquement.

Ce que Bennet a fini par faire : « C’est une femme bonne qui aime son mari. Netanyahou a le droit de consulter son épouse, tout comme je consulte la mienne ». Après quoi, ils ont eu un entretien de deux heures Cordial mais qui n’a pas donné grand-chose.

Car si les combinaisons de B. Netanyahou incluent dans les deux cas, « Maison juive », elles ne comprennent pas nécessairement le parti de Yaïr Lapid, en dépit de son succès électoral. Las, Bennett et lui semblent avoir conclu un accord informel pour aller au pouvoir ensemble.

Une alliance étrange : Lapid veut que l’ensemble des ultra-orthodoxes fassent leur service militaire, Bennett, une partie seulement. Bennett est absolument contre la création d’un Etat palestinien alors que Lapid veut rouvrir les négociations afin d’en créer un.

 Mais les deux hommes s’apprécient beaucoup et ont pas mal de points communs : ils ont à peu près le même âge, le même charisme et la même modernité. Leurs deux partis mêlent laïques et religieux. Et, ensemble, ils pèsent autant que l’alliance Likoud-Israël Beteinu…

 Evidemment, tout cela ne pèsera guère en cas de désaccord sérieux mais, pour l’heure, le Premier Ministre aurait échoué à les séparer en promettant davantage de postes ministériels à « Maison juive »…

On en est là. Rien n’est fait, tout est ouvert. Mais une chose est certaine : autant B. Netanyahou est un homme politique médiocre, autant c’est le plus habile des politiciens israéliens.

Il serait étonnant qu’il n’arrive pas à former une coalition majoritaire, quelle qu’elle soit.  Quant à savoir s’il s’en servira pour le bien du pays, c’est une toute autre histoire…

 

 

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