‘Rue Mandar’, d’Idit Cebula

Film autobiographique et universel, Rue Mandar traverse le deuil d’une famille juive ashkénaze au début du troisième millénaire. Dans ce bouquet d’émotions que la réalisatrice Idit Cebula offre au public, on pleure un peu, on sourit beaucoup. Rencontre.

De votre court métrage A table ! à Rue Mandar en passant par votre premier long métrage Deux vies plus une, la famille est au cœur de vos films… La famille et la culture juive feront toujours partie de moi. J’ai été élevée par des parents juifs polonais qui ne parlaient que yiddish et polonais à la maison. Donc mon identité est fortement imprégnée de cela. J’ai beau essayer de m’en détacher, comme si j’étais une « Française »blonde et bourgeoise, je m’en suis rapprochée, mais mon authenticité reste ailleurs. Je me sens issue d’une famille de Tziganes où l’on sort les violons, les cris et la fanfare pour tout. Et je continuerai à regarder les gens avec la tribu « tzigane » autour de moi.

Vous avez même créévotre famille au cinéma ! Emmanuelle Devos, Michel Jonasz, Lionel Abelanski, Valérie Benguigui, Jackie Berroyer, Solange Najman et quelques autres comédiens qui me sont chers m’accompagnent effectivement depuis mon court métrage A table !(primé à Cannes en 1998, ndlr).

Comment en vient-on à faire un film sur le décès de sa mère ? Je projetais de quitter l’univers de la famille en écrivant un film sur le thème de la dépression et de la séparation, traité de façon rocambolesque. Puis, ma maman est décédée. Lorsque je relatais la cérémonie de l’enterrement, de fait assez cocasse, les gens en face de moi se mettaient à rire en m’encourageant à écrire ces « scènes ». Cet épisode personnel douloureux a dès lors été le point de départ d’une réflexion sur la séparation fondamentale d’une fratrie… avec la mère et l’appartement familial, rue Mandar,détenteur de cette part d’enfance si difficile à abandonner. J’ai fait ce film pour partager mes émotions. Et si le cadre de départ est une famille juive ashkénaze, le deuil, le chagrin et la fratrie sont on ne peut plus universels.

Le thème de la séparation est fort présent dans vos films…  J’ai été « biberonnée » à la perte ! Il s’agit d’une empreinte génétique très forte. Dans mon premier court métrage A table !, j’avais imaginé un sous-titre : « Restons groupir » et en fait, c’est ça, dans ma façon de voir et d’être, ce qu’on m’a appris dans ma famille : ensemble, on peut se défendre. En restant ensemble, on peut survivre. Il me reste toujours cela de cette transmission transgénérationnelle. Cet héritage est un poids… c’est un fait, et il faut le transformer en richesse !

Il y a une autre scène « à table » dans Rue Mandar, un Rosh Hashana très emblématique… Les protagonistes ne savent rien des prières et symboles, ils sont au courant de rien. Cette situation me faire rire :ils essayent de suivre des rituels sans savoir pourquoi ils les suivent. Ils ont envie de transmettre la culture juive, le lien, mais ils ne sont pas dans le religieux. Implicitement ou pas, je compte sur les jeunes pour s’attribuer ce qu’il y a à savoir, mais en ce qui concerne la génération médiane, comme si le « paquet » était trop lourd pour ses épaules, elle ne le peut pas. Elle transmet cette tradition en passant la main…

Synopsis

Confrontés au décès de leur mère, Charles, Rosemonde et Emma se retrouvent. Ils se retrouvent face à eux-mêmes, ils se retrouvent tous les trois et ils se retrouvent encore face à des situations inédites. Désorientés sur ce damier où tous avancent d’une case, chacun teste, cherche et essaye de trouver sa place dans la pagaille.

Quant au casting de cette fratrie haute en couleur : Richard Berry campe le frère aîné et installé, Emmanuelle Devos s’impose en psychanalyste et mère de famille dépassée et Sandrine Kiberlain incarne une traductrice plus bohème, revenue pour les circonstances d’Israël. Tous occupent presque joyeusement l’écran. Joyeusement ? Idit Cebula farcit sa tragédie d’humour, « question d’élégance », précise-t-elle. Et c’est vrai qu’au-delà de la perte d’un être cher, le film offre une délicieuse caricature d’une famille juive parisienne qui se révèle aussi universelle. Avec ses lapsus, ses comiques de situation, ses tensions, ses rires et ses provocations, Rue Mandarse révèle être un film choral et vivant… sur le deuil.

Jeudi 7 mars 2013 à 20h

Avant-première proposée par le Cercle Ben Gourion, en partenariat avec le CCLJ

Cinéma Wellington – Chaussée de Bruxelles 165 à 1410 Waterloo.

Infos et réservations : 02/648.18.59 

]]>