‘L’Etat palestinien, ne perdons plus de temps’

Cinq responsables du Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix sont venus fin février 2013 à Bruxelles pour convaincre les institutions européennes de s’impliquer davantage dans la résolution du conflit israélo-palestinien.

Le Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix a été créé en 2006 pour coordonner l’action de 85 organisations de terrain actives dans le dialogue et la coopération entre Israéliens et Palestiniens. Entre le 20 et le 22 février 2013, une délégation du Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix, composée de trois Israéliens et de deux Palestiniens, est venue à Bruxelles rappeler aux fonctionnaires de la Commission européenne et aux députés du Parlement européen que le camp de la paix n’a pas disparu et qu’il souhaite une implication plus soutenue de l’Europe afin de favoriser la création d’un Etat palestinien.

Dans la bouche de ces militants de la paix, l’expression « Deux peuples, deux Etats » ne résonne pas comme un slogan creux destiné à séduire les observateurs européens. Les 14 et 15 novembre 2012, alors qu’Israël bombardait la bande de Gaza, le Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix tenait sa conférence annuelle à… Jéricho en plein cœur de la Cisjordanie. Réunir des Israéliens et des Palestiniens, aussi ouverts soient-ils, dans un contexte aussi tendu n’apparaît pas comme une évidence. Ajoutez à cela la présence des partisans du boycott d’Israël rassemblés devant l’immeuble accueillant la conférence pour que cette dernière ne se tienne pas. En dépit de tous ces obstacles, plus de 250 Israéliens et Palestiniens se sont réunis pour analyser les conditions de viabilité du futur Etat palestinien. Le titre de la conférence ne souffrait d’aucune ambiguïté : « L’Etat palestinien, ne perdons plus de temps ». « Cela montre bien que nous ne sommes pas des pacifistes naïfs. Au-delà du dialogue et de la coopération entre ONG, nous n’évacuons pas la dimension politique du combat pour la paix qui demeure la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël », s’exclame Saman Khoury, directeur général du Forum palestinien Paix et Démocratie et négociateur du Pacte de Genève (2003). « C’est aussi la raison pour laquelle nous avons demandé à l’Autorité palestinienne d’appuyer notre initiative. Hussein Al-Araj, le chef de cabinet du Président de l’Autorité palestinienne, a pris part à la conférence annuelle en novembre dernier ».

Pas une paix froide

Sans modification majeure de la ligne du gouvernement israélien, certains objecteront que ces rencontres, aussi sympathiques soient-elles, ne brisent pas l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix. « C’est faux », objecte Saman Khoury. « L’impasse actuelle ne doit pas nous empêcher de construire la paix. Nous ne voulons pas d’une paix froide comme celle qu’Israël a conclue avec l’Egypte ou la Jordanie. Le futur accord de paix doit permettre aux Palestiniens de devenir à la fois les partenaires privilégiés d’Israël et de se présenter comme un pont entre l’Occident, Israël et le monde arabe ».

Côté israélien, les délégués du Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix observent avec prudence la formation du nouveau gouvernement Netanyahou. Le succès éclatant de la liste centriste Yesh Atid ne suscite aucun enthousiasme particulier. « Il est difficile de dire aujourd’hui comment ce parti se positionnera au sein du futur gouvernement », réagit Ron Pundak, négociateurdes accords d’Oslo en 1993 entre Israël et l’OLP, ancien directeur général du Centre Peres pour la paix et coprésident du Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix. « Il nous manque un leader politique qui s’attaque au problème de l’occupation des territoires palestiniens. Aujourd’hui, personne n’en parle en Israël et la classe politique se comporte comme si l’occupation n’était pas une problématique à résoudre. Tôt ou tard, le gouvernement devra s’attaquer à cette question, car les enquêtes d’opinion le confirment chaque semaine : la majorité des Israéliens ne sont pas des partisans de l’occupation de la Cisjordanie, ils sont prêts à lâcher les colonies et ils sont favorables à la création d’un Etat palestinien ».

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