Shimon Peres à Bruxelles : beaucoup de bruit pour rien

L’annonce d’une séance académique organisée le 5 mars 2013 par le CCOJB et le Forum der Joodse Organisaties en l’honneur du Président de l’Etat d’Israël, Shimon Peres, avait suscité la polémique, notamment en raison de la participation du recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Cet événement s’est finalement déroulé sans accroc, mais sans éclat particulier.

Didier Viviers, recteur de l’ULB, a tenu parole et ses détracteurs doivent le savoir. A travers les questions qu’il a posées à Shimon Peres, Didier Viviers a exprimé clairement les inquiétudes de nombreuses personnes en Europe : le discours de paix que le Président de l’Etat d’Israël tient depuis des années ne reflète absolument pas la politique que le gouvernement israélien mène en poursuivant l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens.

Didier Viviers n’a pas tort. Shimon Peres, l’artisan des accords d’Oslo signés il y a vingt ans déclarant qu’il faut négocier avec les Palestiniens, n’a jamais émis la moindre critique à l’encontre du gouvernement israélien qui crée chaque jour les conditions pour que ces négociations indispensables ne reprennent pas.

Shimon Peres, prix Nobel de la paix hier et vieux sage de la nation aujourd’hui, ne serait-il pas devenu la feuille de vigne d’un gouvernement israélien qui empêche les Palestiniens d’obtenir l’indépendance et la souveraineté ?

Loin de répondre aux inquiétudes exprimées par le recteur de l’ULB, Shimon Peres s’est livré à un exercice qu’il maîtrise encore très bien en dépit de son âge avancé : l’esquive. Le général de Gaulle disait que la vieillesse est un naufrage. Shimon Peres dément brillamment cette affirmation.

Il s’en est tenu avec talent à des considérations très générales sur la paix et la lutte contre le terrorisme. Il a évoqué Carl von Clausewitz. Pour le Président de l’Etat d’Israël, le grand théoricien militaire prussien du 19esiècle n’aurait aucun succès s’il avait publié De la guerre aujourd’hui. L’idée maîtresse de Clausewitz selon laquelle « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » est inapplicable face au terrorisme selon Shimon Peres dans la mesure où, précisément, le terrorisme jihadiste n’est que l’expression du nihilisme absolu. On aurait souhaité qu’il développe davantage son propos au lieu de vanter ensuite les mérites de l’agriculture israélienne.

Pour conclure, Shimon Peres a rappelé qu’il n’a pas changé et qu’il demeure toujours attaché à la paix entre Israéliens et Palestiniens : « Israël n’a pas d’autre choix que de négocier avec les Palestiniens ».

Après avoir embrassé la jeune artiste Sarina Cohn qui a interprété brillamment deux chansons en guise d’intermède musical, Shimon Peres et sa suite ont quitté le Palais des académies pour terminer la soirée dans la très branchée brasserie Belga Queen !

C’est un hasard de calendrier, mais au même moment Arte diffusait le documentaire israélien The Gatekeepers sur les anciens dirigeants du Shin Beth, les services de renseignement chargés de la lutte contre le terrorisme.

Le documentaire se termine par une intervention de l’amiral Ami Ayalon, patron du Shin Beth entre 1996 et 2000. A l’instar de Shimon Peres, il fait référence à Clausewitz, mais il choisit une autre citation pour en tirer des conclusions désespérantes : « La victoire est la capacité de créer une réalité politique meilleure ». Ami Ayalon se demande alors si la victoire implique la conquête par Tsahal de Naplouse à trois reprises : « La reconquête de Naplouse nous a-t-elle rapprochés d’une réalité politique meilleure ? Non. La tragédie du débat public israélien sur la sécurité est que nous ne comprenons pas que nous sommes dans une situation frustrante où nous gagnons les batailles et nous perdons la guerre ! ». Un paradoxe terrible sur lequel Shimon Peres aurait des révélations intéressantes à nous livrer.  

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