Caricature antisémite : ne nous trompons pas de cible !

L’affiche annonçant le débat « Et si on parlait librement et sereinement du sionisme ? » organisé par le PS de Molenbeek et le PAC local,  illustrée par une caricature antisémite, a suscité de vives réactions. Cette indignation ne doit pas pour autant se transformer en un règlement de compte politicien qui ne contribuera pas à régler le problème.

En écrivant notre article « Et si on parlait du sionisme », nous cherchions à alerter l’opinion publique et non pas à lancer une chasse aux sorcières contre le mouvement Présence et action culturelle (PAC). Le sursaut que nous appelions de tous nos vœux s’est même produit : de nombreux militants socialistes ont exprimé leur indignation et leur incompréhension. Et les autorités socialistes compétentes ont également pris la mesure de la dimension antisémite de cette caricature.

Poursuivre en justice l’ensemble du mouvement PAC (dont la section molenbeekoise coorganisait le débat annoncé), un mouvement d’éducation permanente jouant un rôle essentiel en milieux populaires afin de lui supprimer des subsides, n’est pas la voie à emprunter.

Il serait contreproductif et inutile de se focaliser sur une procédure disciplinaire ou judiciaire visant à vider de sa substance une organisation sérieuse comme le PAC avec laquelle le CCLJ avait déjà mené des projets communs, notamment en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

L’histoire de l’annonce de cette conférence est en réalité beaucoup plus banale et plus triviale que certains veulent bien le croire. Des militants du PAC Molenbeek de bonne foi, mais incultes en matière de caricatures antisémites ont tout simplement reproduit une illustration qu’ils ont trouvée sur internet en introduisant « sionisme » dans le moteur de recherche. Et comme de nombreux internautes, ils ont copié l’illustration pour l’utiliser ensuite. A aucun moment, ces militants n’ont commandé cette caricature au dessinateur antisémite Zéon qu’ils ne connaissent absolument pas.

La question fondamentale était déjà posée par le titre de la conférence annoncée par l’affiche litigieuse : pourquoi est-il difficile, voire impossible, de parler du sionisme librement et sereinement ? Ou plutôt, pourquoi lorsqu’il est question du sionisme et d’Israël, des gens honnêtes et intelligents se perdent dans des considérations ou des propos insensés ?

C’est cette problématique qu’il faut absolument évoquer, car tout le monde l’avouera, les auteurs de l’annonce litigieuse de Molenbeek n’auraient jamais commis ce dérapage s’il était question d’une thématique liée aux musulmans ou au monde arabe. Cette vigilance nécessaire à l’égard du racisme anti-arabe vaut également pour l’antisémitisme.

Pour qu’on puisse discuter sérieusement et sereinement du sionisme, les démocrates de bonne foi doivent comprendre pourquoi la caricature de Zéon est antisémite. Pour ce faire, la pédagogie apparaît comme une nécessité. Et le débat contradictoire s’inscrit dans cet effort pédagogique visant à présenter le sionisme dans toutes ses dimensions. C’est la raison pour laquelle il est regrettable que la conférence programmée ait été annulée.

Avant de se lancer une croisade inutile contre le mouvement PAC, il serait indispensable de s’interroger sur l’impunité dont jouit Zéon, un dessinateur qui inonde (et continue de le faire) internet de ses dessins antisémites et négationnistes. 

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