La grande guerre des ultra-orthodoxes

Ou l’on découvre qu’il y a toujours plus borné que soi et où l’on vérifie que les principes pèsent peu devant la haine.

MoshéArié Friedman, 40 ans, est un paradoxe ambulant : membre de la plus rigoriste des sectes ultra-orthodoxes, il prône –lorsque cela l’arrange- la mixité à l’école. Alors qu’il s’interdit de regarder la télévision, il donne des interviews à toutes les caméras qui passent.

Bien qu’il dédaigne le monde non juif, il mêle la justice des « Goyim » aux affaires communautaires. On pourrait ajouter que, bien que juif, il est négationniste et adore fréquenter les antisémites de tout poil.

Au début de ce mois encore, il a fait fort en accusant publiquement « la mafia juive d’Anvers » de meurtre. En cause, l’assassinat par balles en 2004 de Moshé Naé, un ultra-orthodoxe de 24 ans. La police avait conclu à un crime antisémite.

« Pas du tout, affirme Friedman, un leader de la communauté m’a dit que ce sont eux qui l’ont éliminé » Selon lui, le jeune homme aurait été assassiné par des mafieux ultra-orthodoxes faisant trafic de drogue et de « diamants de sang »….

Des propos qui ne vont pas améliorer ses relations avec les Juifs anversois chez qui il n’est déjà pas, c’est le moins qu’on puisse dire, en odeur de sainteté. Non, bien sûr, parce qu’il est lui-même « haredi » (ultra-orthodoxe), ceux-ci sont nombreux à Anvers.

Ni parce qu’il est antisioniste : ce sentiment est courant chez les haredim. Mais Friedman est membre de la plus virulentes des innombrables sectes ultra-orthodoxes : les Netourei Karta (« Gardiens de la Cité ») installés principalement à Jérusalem

Des antisionistes rabiques qui soutiennent tous les ennemis de l’Etat juif de par le monde. L’un d’eux a été nommé en 1994 « ministre des Affaires juives »  par Yasser Arafat. D’autres s’exhibent avec le Parti antisioniste mené par Dieudonné.

Ou prennent le thé avec Ismaël Haniyeh, le premier ministre Hamas de la Bande de Gaza. Mais les Netourei Karta saisissent aussi toutes les occasions de se rapprocher des antisémites, si haineux soient-ils.

Leur raisonnement ? Comme Israël est appelle à disparaître, il faut d’ores et déjà s’humilier devant les ennemis du judaïsme pour s’assurer de leur indulgence future. C’est dans cette optique qu’en décembre 2006, Moshé Arié Friedman avait fait le voyage de Téhéran.

Avec six autres Netourei Karta, il s’était rendu à la « Conférence sur l’Holocauste » organisée par le président Ahmadinedjad. Il y avait sympathisé avec la fine fleur du négationnisme, Faurisson, Garaudy, David Duke (un dirigeant du Ku Klux Kan), on en passe et des meilleurs.

« Le fils ne portera pas l’iniquité de son père »

Friedman a aussi été fort applaudi lorsqu’il a expliqué que le chiffre de 6 millions de morts était une légende et que le « vrai » chiffre tournait autour du million. C’en était trop, même pour les haredim qui considèrent la Shoah comme un châtiment divin (et mérité).

Après cela, il est devenu « tricard » dans toutes les communautés ultra-orthodoxes. Et sa famille (il a cinq enfants) avec lui. Ainsi, à Vienne où il était installé, l’école ultra-orthodoxe a expulsé ses trois filles et, malgré plusieurs amendes, toujours  refusé de les reprendre.

Or, pas question de les mettre ailleurs.  Ainsi que l’expliquait alors sa femme dans une interview*, « comme l’Islam, le judaïsme est contre la mixité et impose des principes d’éducation incontournables ».

Les Friedman ont ensuite déménagé à New-York avant d’atterrir à Anvers en 2011. Et là, rebelote : aucune école ultra-orthodoxe n’accepte ni ses filles ni ses garçons.  Du coup, il les a inscrit chacun dans une des écoles réservées à l’autre sexe

Refus indigné des haredim pour qui cette séparation est non négociable. Friedman porte l’affaire en justice.  Fin 2012, estimant qu’un refus d’admission basé sur le sexe est illégal, un juge lui donne raison.

En janvier 2013, il vient donc inscrire ses fils (8 et 11 ans) dans une école pour filles…. accompagné par une escorte policière de crainte de violences. Et, à la sortie, Friedman donne une conférence de presse.

Il se félicite d’avoir mis fin à des siècles de discrimination sexuelles dans les écoles ultra-orthodoxes!  Venant d’un membre de la secte la plus rétrograde du monde haredi, la déclaration vaut son pesant de ce sel en lequel l’Eternel changea la femme de Lot pour un crime beaucoup moins grave.

Elle a en tous cas, achevé de monter les ultra-orthodoxes contre Friedman. Déjà il a fait appel à la justice « goy » au lieu de régler l’affaire devant un tribunal rabbinique. Mais, pire encore, il a attiré l’attention sur les libertés que prennent leurs directeurs d’écoles avec la loi.

Et surtout, il a remis en cause la sacro-sainte séparation des sexes. Mais Dieu sait faire respecter ses décrets : en février, la Cour d’Appel a cassé le jugement favorable à Friedman. Peu après, sa plainte contre l’école de garçons qui avait refusé ses filles a été rejetée.

Reste que, peu importe de qui il s’agisse, il est intolérable que les enfants paient pour les erreurs (fautes/ crimes) de leur père. Ezéchiel (18 :20) ne dit-il pas : « L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité de son père et le père ne portera pas l’iniquité de son fils » ?

Sauf qu’un homme comme Moshé Arié Friedman préfère certainement cette autre affirmation : « Moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération » (Exode 20 : 5)…

*http://www.alterinfo.net/Qui-fait-la-loi-en-Autriche-Interview-de-Lea-Rosenzweig-epouse-du-Grand-Rabbin-Moshe-Arye-Friedman-et-mere-de-quatre_a11421.html

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