Non sans mal, la nouvelle coalition, dont serait exclue les ultra-orthodoxes se met en place. Et après, il lui faudra gouverner, ce qui sera encore une autre paire de manches…
Mais oui, mais oui, il arrive, le prochain gouvernement. Il n’y a pas le feu au Kinneret (lac de Tibériade) non plus : Benjamin Netanyahou dispose encore de 4 jours, jusqu’au 17 mars pour le finaliser. A moins bien sûr, d’un toujours possible clash de dernière minute.
Quoique. Aujourd’hui même, Netanyahou vient de menacer de rompre les négociations si Lapid ne renonçait pas à ses « demandes excessives ». Mais cela ne devrait pas empêcher un rabibochage de dernière minute: l’actuel Premier Ministre est prêt à nombre de concessions.
Tout plutôt que de se retrouver en position de faiblesse face au président Obama qui arrive le 20 de ce mois en Israël. Cela tombe bien : si elle voit le jour, sa nouvelle coalition disposera d’une confortable majorité de 70 députés sur les 120 de la Knesset*.
Certes, ce n’était pas le 1erchoix de B. Netanyahou. Il aurait préféré reconduire la précédente même si elle n’arrivait qu’à 61 députés**. Logique de son point de vue : avec les partis ultra-orthodoxes, il était tranquille.
Il leur versait un milliard d’euros par an*** (sur un budget d’environ 75 milliards €) et ils lui laissaient les mains à peu près libres pour gouverner. Souci : le chef de Habaït Hayehudi, Naftali Bennett avait conclu une alliance avec Yaïr Lapid, leader de Yesh Atid : tous deux gouverneraient ensemble ou iraient ensemble dans l’opposition.
Un rapprochement qui peut sembler étrange : Lapid est partisan de la solution « à deux Etats » alors que Bennett pense qu’Israël devrait annexer unilatéralement 60% de la Cisjordanie. Mais les deux hommes, outre une amitié personnelle, ont aussi nombre de points communs.
Tous deux ont des comptes à régler avec les ultra-orthodoxes : Lapid est laïque et a été élu en bonne part une classe moyenne qui en a assez de faire l’armée et d’être accablée d’impôts alors que les orthodoxes sont couverts de subventions sans rien donner en échange.
Un point de vue que partage Bennett qui est religieux mais sioniste. Lui aussi a été élu par les classes moyennes. Et lui aussi pense que les haredim doivent prendre leur part des fardeaux du pays.
Qui plus est, il désire que son courant redevienne le premier parmi les partis religieux et empêcher les ultra-orthodoxes d’utiliser l’Etat comme une vache à lait ne devrait pas manquer de réduire leur influence.
Le Premier Ministre n’est donc pas arrivé à briser cette association et à priori, les partis haredim devraient se retrouver dans l’opposition. Reste à se répartir les postes ministériels, ce qui est rien moins qu’évident.
Lapid risque de se faire lapider
Tzipi Livni de Hatouah devrait devenir ministre de la Justice « en charge de la reprise du processus de paix ». La Défense irait à Moshé Ya’alon, un des « faucons » du Likoud. N. Bennett recevrait le Ministère de l’Industrie.
Les Affaires Etrangères seraient gérées par le Premier Ministre, le temps de voir comment l’actuel possesseur du portefeuille Avigdor Lierberman (Israël Beteinu) se sort de ses procès pour fraude et abus de confiance. Les Finances iraient à Yaïr Lapid.
Reste encore à déterminer qui reprendra l’Intérieur et l’Education, détenus jusqu’ici par les ultra-orthodoxes et les ministères secondaires. Et si (quand) un accord sera trouvé, le nouveau gouvernement devra se mettre illico au travail.
Tsipi Livni tentera directement de relancer le dialogue avec les Palestiniens bien que la plupart des observateurs soient assez pessimistes : ils pensent qu’elle servira surtout à redorer un peu l’image du pays –et de Netanyahou- à l’extérieur.
A leurs yeux, dans un premier temps, les partisans de la colonisation (Habait Hayehoudi, Israël Beteinu et une bonne partie du Likoud) la laisseront agir en pariant qu’elle échouera. Quitte si d’aventure, elle progressait trop à leur yeux, à la désavouer.
Dans un autre domaine, la nouvelle coalition s’attachera à intégrer les ultra-orthodoxes dans la société : ils seront, comme tout le monde, astreints à faire soit leur service militaire. Et suite à la réduction de leurs subventions, bon nombre d’entre eux devront se résigner à chercher un emploi.
Là aussi, le processus ne devrait cependant pas aller trop loin : le Premier ministre ne veut pas se couper des Haredim. Si, en cas d’échec des négociations de paix, les partis centristes menaçaient de quitter le gouvernement, il veut pouvoir les ramener dans sa coalition…
Autre priorité : la sécurité. Rien n’est réglé ni avec le Hamas ni avec le Hezbollah, le mécontentement monte en Cisjordanie, la Syrie risque d’imploser et la question iranienne est toujours pendante… Sans oublier l’économie du pays qui ne va pas fort.
Là, c’est Yaïr Lapid qui sera en première ligne au risque de se faire… lapider. Il va diminuer les budgets des haredim qui seront furieux contre lui. De même que les classes moyennes si, comme il l’a promis, il ne diminue pas les charges qui pèsent sur eux.
Or, dès son arrivée aux Finances, il devra réaliser un milliard € d’économies. En attendant pire. Diriger Israël n’a jamais été aisé mais les défis qui attendent ce gouvernement-ci inciteraient presque à prendre les nouveaux ministres en pitié…
*31 du Likoud Beteinu, 19 de Yesh Atid (Y.Lapid) , 12 de Habaït Hayehudi (N. Bennett), 6 de Hatnuah (T.Livni) et 2 de Kadima (Sh. Mofaz)
**31 du Likoud Beteinu, 11 du Shass, 12 de Habaït Hayehudi, 7 de Judaïsme de la Torah
*** Distribué aux réseaux scolaires, aux écoles talmudiques, à l’assistance sociale des haredim, etc.
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