Europe : un racisme « décomplexé »

Ce 21 mars est la « Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale » et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a encore du boulot dans les 27 pays de l’UE. Notamment en France.

Comme disait La Fontaine à propos de la peste, « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » : sauf erreur, les 27 pays de la « vieille Europe » possèdent au moins un parti « populiste » en pleine progression.

Rares sont les Etats où cette extrême-droite ne dépasse pas les 10% et cela peut monter jusqu’à 27%, comme pour le « Parti de la Liberté » en Autriche. Autre point commun, chacun d’eux doit en bonne part son succès à une xénophobie plus ou moins affichée.

Certains de ces partis, comme le FN de Marine Le Pen, cherchent à se dédiaboliser en ce domaine. D’autres, comme « Aube Dorée » en Grèce, s’affichent ouvertement néo- nazis. Entre les deux, des groupes comme l’English Defence League qui appelle « seulement » à brûler les mosquées…

Encore n’est ce là que la partie visible de l’iceberg : dans toute l’Europe, l’air du temps est au racisme, au rejet de l’étranger, musulmans et Juifs en tête. Mais pas seulement : si on en parle moins, Roms, gens du voyage, Africains ne sont pas mieux lotis.

Bien sûr, on peut ergoter sur les termes : l’islamophobie n’est pas un racisme puisque l’islam est une religion. Les Juifs ne sont pas des  « étrangers » et « antisémitisme » devrait s’appliquer à tous les Sémites. Les Berbères sont aussi des  « Africains », etc.

Foin de toutes ces nuances : par « musulman », les xénophobes veulent dire « Arabe ». Les antisémites n’aiment pas les Juifs. Par « Africain », chaque raciste entend « Nègre». Et tous n’hésitent plus à afficher leurs opinions

Car, même si le mot est encore honteux, le racisme s’est  bien « décomplexé ». Ainsi en France, un des  pays où le phénomène augmente le plus vite, seuls 7% des citoyens se déclarent « plutôt racistes ».

Mais, selon un sondage IFOP de 2012, 55%  estiment que  « il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France » (+ 10 par rapport à 2011). Et 69 %  que les musulmans forment « un groupe à part dans la société »  (+ 4).  

Des chiffres confirmés par la « Commission nationale consultative des droits de l’homme » (CNCDH) qui constate dans son rapport annuel, «un rejet croissant des étrangers, perçus de plus en plus comme des parasites, voire comme une menace »

Dans les faits, ce sont les Juifs et les Arabes qui sont en première ligne. Toujours selon le CNCDH, l’islamophobie a augmenté de 30%. en 2012. Enorme mais moitié moins que l’antisémitisme qui a grimpé de 58%.

Seuls 0,5% des attentats en Europe ont été commis par des musulmans

Pour entrer dans les détails, il faut savoir que la Commission différencie les « menaces »  (injures, gestes menaçants, inscriptions, tracts…) des « actions ». Là, il s’agit des dégradations, violences et voies de fait, incendies, attentats et tentatives, homicides…  En chiffres, cela donne : -Antisémitisme : 177 actions et 437 menaces.  -Anti-musulman : 53 actions et 148 menaces.

Mais cette comparaison est elle bien pertinente ? En France comme dans toute l’Europe, l’antisémitisme vient peu des citoyens « de souche » (expression détestable mais parlante).

Elle est surtout le fait d’une minorité de jeunes Arabes, le plus souvent pervertis par les islamistes et le conflit israélo-palestinien et dont les crimes de Mohamed Merah sont l’expression la plus répugnante.

A l’inverse, comme l’expliquent des rapports du « Réseau européen contre le racisme » (ENAR) ou d’Amnesty International,  le rejet des musulmans/Arabes vient des populations autochtones qui les considèrent avec peur et méfiance.

Des craintes « souvent alimentées par le discours de certains politiciens et des médias ». (ENAR). On se souvient, par exemple, des discours de l’UMP  notamment lors de la dernière élection présidentielle.  

Autre sujet d’inquiétude, le lien souvent fait entre musulmans et terrorisme. Sauf que d’après l’European Police Office (Europol),  sur les 2150 attentats, petits ou grands commis en Europe depuis 2006, 10 seulement l’ont été par des musulmans. 0,5% …

Qui plus est, toutes ces statistiques ne prennent pas en compte la discrimination qui frappe les musulmans dans nombre de domaines : emploi, éducation et accès aux biens, aux services, etc.  Et ce sont les femmes, à cause  de leur tenue vestimentaire qui en sont les plus affectées : en France, 85% des actes anti-musulmans sont dirigés contre elles.

Bref, si on voulait résumer de façon abrupte la situation, on pourrait dire que les Juifs d’Europe souffrent des agressions les plus violentes. Que les musulmans subissent la majorité des « petits » actes de racisme. Et que le tout est une honte, fût-ce dans des sociétés en crise.

Note

Ce site traite assez des problèmes d’antisémitisme chez nous pour qu’on n’y revienne pas ici. On se contentera de citer les chiffres du « Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme » pour 2012 :  88 actes antisémites.

Des chiffres en hausse par rapport à 2011 (62) et 2010 (57). Des chiffres incomplets aussi, le Centre considère qu’un « nombre significatif » de victimes ne portent pas plainte…

A lire sur le sujet :

http://www.saphirnews.com/Europe-les-musulmans-victimes-de-la-politique-anti-terrorisme-video_a13735.html

http://www.enar-eu.org/Page_Generale.asp?DocID=15294&langue=FR

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/21/forte-hausse-des-actes-et-menaces-racistes-en-france_1851349_3224.html

http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/425595/antisemitisme-88-plaintes-en-2012.html

 

]]>