C’est ce 22 mars, alors qu’il accompagnait Barack Obama vers l’avion qui allait mener le président américain en Jordanie que Benjamin Netanyahou a mis fin à la querelle entre la Turquie et Israël
Trente minutes pour régler un conflit de trois ans. Une demi-heure durant laquelle le Premier Ministre Netanyahou, poussé par le Président Obama, a appelé Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc.
Il a présenté les excuses d’Israël au peuple turc. Erdogan les a acceptées. Puis ils ont décidé de rétablir leurs relations diplomatiques. Par ailleurs, Israël a accepté d’indemniser les victimes turques et la Turquie d’abandonner les poursuites contre les soldats israéliens.
Ainsi s’est résolue la crise causée le 31 mai 2010 par la tentative du navire Mavi-Marmara de briser le blocus de Gaza. Les Israéliens avaient donné l’assaut et tué 9 passagers. La Turquie avait alors expulsé l’ambassadeur de l’Etat juif et suspendu les accords militaires entre les deux pays.
Cette démarche de B Netanyahou est des plus intéressantes : elle montre qu’il peut agir avec réalisme, habilité et rapidité… quand il en ressent le besoin. Dans ce cas précis, il sentait la nécessité de faire un geste vis-à-vis du Président Obama.
Durant sa visite en Israël, celui-ci n’avait-il pas choisi de n’exercer aucune pression publique sur lui quant à la reprise du dialogue avec les Palestiniens ? Cela méritait bien de lui offrir un succès diplomatique. D’autant que celui-ci ne coutait guère à l’Etat juif.
Au contraire, Jérusalem a autant sinon davantage à y gagner que Washington. Certes, les Américains s’inquiétaient de cette brèche dans le front qu’ils dressent contre la montée en puissance de l’Iran et désiraient la combler.
Mais les avantages de cette réconciliation sont incommensurablement plus élevés pour Israël : il y avait le commerce, le tourisme, l’intérêt d’Ankara pour le gisement de gaz naturel qui viennent d’être découverts au large de l’Etat juif.
Plus important encore : c’était folie pour les Israéliens d’ajouter aux pays hostiles ou méfiants qui l’entourent, un nouvel ennemi « pesant » 74 millions de gens et en influençant 250 millions d’autres dans six pays.
Sans oublier, comme l’explique B. Netanyahou lui-même que « le fait qu’en Syrie la situation empire d’une minute à l’autre a été un facteur crucial ». Car les deux pays n’ont aucune envie de voir l’arsenal chimique de Damas passer aux mains du Hezbollah ou de djihadistes.
Cette réconciliation diminue aussi le danger d’une alliance entre la Turquie et l’Iran. Et relance la coopération militaire entre les deux pays. Importante, voire indispensable, si Israël finit par décider de s’en prendre au nucléaire iranien…
Non grâce à Obama mais à cause d’Assad
De son côté, la Turquie avait, elle aussi, nombre de raisons de se réconcilier avec Israël. Dont, outre les avantages économiques déjà évoqués, le danger syrien. Selon les observateurs, si Erdogan a assoupli sa position c’est « non grâce à Obama mais à cause d’Assad ».
D’une façon plus générale, le pays cherche à régler ses problèmes pour s’imposer comme une puissance majeure dans la région. Ce n’est pas par hasard si la réconciliation avec Israël intervient peu après un accord avec les Kurdes contre qui Ankara est en guerre depuis des décennies.
Mais revenons-en à B. Netanyahou : il a accepté cette « perte de face » dont le machisme des Etats s’accommode si mal au nom de ce qu’il considérait être l’intérêt supérieur du pays qu’il dirige.
Une attitude dont le réalisme l’honore. Mais qui, a contrario, montre à quel point il est peu intéressé par le processus de paix. Face aux Palestiniens, B. Netanyahou se refuse, comme il vient de le faire, à peser avec réalisme le pour et le contre.
Son idéologie lui fait délibérément préférer les improbables avantages du « Grand-Israël » sur cet inconvénient majeur que chaque nouvelle colonie accroît l’isolement diplomatique du pays.
Et sur cet autre, bien plus grave encore, que chaque avancée juive en Cisjordanie est un pas supplémentaire vers un Etat binational dans lequel les Arabes seront majoritaires. Oui, la paix, ce peut être simple comme un coup de fil. A condition d’avoir la lucidité de le donner.
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