Pour son premier roman, Natalie David-Weill a choisi de réunir au Paradis les mères juives de sept écrivains célèbres et elles n’ont bien sûr qu’une seule chose en tête : vanter les innombrables qualités de leurs fils. Un livre très bien documenté qui replongera le lecteur dans des œuvres littéraires incontournables, avec beaucoup d’humour. L’auteure sera au CCLJ le vendredi 26 avril 2013 à 20h30 pour nous en parler.
Comment l’idée de ce livre vous est-elle venue ? Docteur en littérature française, je souhaitais réaliser un documentaire sur ces mères juives d’écrivains célèbres, mais le sujet a été jugé trop littéraire et pas assez français. Comme je m’étais longuement documentée, j’ai décidé d’en faire un roman, moins encyclopédique et plus amusant qu’un essai. Je ne voulais pas faire de politique, j’ai donc choisi les hommes qui avaient écrit sur leur mère. J’ai commencé par les Max Brothers et Albert Einstein, puis se sont ajoutés Romain Gary, Albert Cohen et Marcel Proust. Freud m’a alors paru incontournable. Je tenais à Woody Allen, mais je trouvais sa mère méchante, je l’ai donc fait plus discrète. Ces sept femmes dans la vie n’auraient eu aucune chance de se rencontrer : elles sont d’époque, de nationalité et de milieu social tout à fait différents.
Qui est Rebecca et comment se retrouve-t-elle au milieu de toutes ces mères qui ont comme progéniture de sacrées personnalités ? Rebecca, c’est Mme tout le monde qui habite au 21e siècle, qui n’est pas ambitieuse par procuration. Un vrai puits de science qui fait le lien entre toutes ces femmes. Elle est furieuse d’être là, morte à 38 ans, après une brouille avec son fils. Et elle se demande si son fils va pouvoir s’en sortir sans elle. Professeure de français à la Sorbonne, elle sait tout sur tous les écrivains et flatte ces mères qu’elle va apprendre à mieux connaitre en les interrogeant et en les mettant face à elles-mêmes. Le parcours de Rebecca et de ces sept mères juives est inverse. Rebecca arrive pleine de doutes en se demandant si elle a bien agi avec son fils, alors que les mères juives qui sont au Paradis sont persuadées de tout avoir fait pour le mieux. Elle parvient à se rassurer en leur permettant finalement de se remettre en question. Tous ces fils ont écrit dans leurs œuvres vouloir tuer leurs mères. Certains n’ont d’ailleurs été reconnus qu’après la mort de leur mère. La création est pour beaucoup la seule échappatoire.
Ces hommes doivent-ils réellement à leur mère ce qu’ils sont devenus ? Le rôle de leur mère a en tout cas été très certainement déterminant. Elles leur ont dit : « Tu seras, mon fils… », et ils ont obéi. Leur influence dans toutes ces histoires est indéniable. Pour cinq d’entre elles, l’exil explique probablement le fait qu’elles ont tout misé sur leurs fils. Ils n’ont pas le choix, il faut qu’ils s’en sortent.
Les mères juives que vous décrivez sont majoritairement ashkénazes et ce lien ne concerne que le fils aîné. Ces conditions sont-elles nécessaires ? Toutes les mères sont des mères juives en réalité et veulent que leurs fils réussissent, il y a même des pères qui sont des mères juives et qui poussent et dorlotent leurs enfants. Les mères juives dont je parle sont plutôt ashkénazes, c’est vrai, peut-être juste parce que les mères sépharades sont moins documentées. J’ai d’ailleurs imaginé le caractère de Louise Cohen, à partir des romans de son fils, mais c’est la même chose. En revanche, ce lien vise exclusivement le fils aîné, et personne ne le conteste à l’époque. Le mari ne compte pas et pourrait même être absent. Mais la mère juive ne compte pas non plus, elle se prive pour son fils et en est fière. Les sept mères juives dont je parle ont décidé que leurs fils réussiraient et elles y sont parvenues. Leur carrière passe avant leur bonheur.
Vous êtes mère vous-même de trois grands enfants, comment considérez-vous ces femmes très féministes ? Je suis admirative. Elles ne lâchent jamais et en même temps, elles sont d’un égoïsme total. Elles veulent que leurs fils réussissent pour être dans la lumière, pour exister. Ma grand-mère paternelle dont j’étais très proche était une de ces femmes. Elle avait dit à mon père qu’il serait banquier, ça lui a facilité la vie et les interrogations, il est devenu banquier !
Sortie en format poche en avril.
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