Couca Israël : ‘Le théâtre, ma passion’

Directrice du Théâtre du Possible jusqu’en décembre dernier, Couca Israël a consacré pendant de nombreuses années toute son énergie et son enthousiasme à cette troupe de théâtre amateur abritée par le CCLJ. Nous souhaitions saluer son travail, une belle occasion de revenir sur son parcours.

Couca Israël sera restée plus de quinze ans au Théâtre du Possible, onze années comme actrice, quatre en tant que directrice, ne quittant d’ailleurs jamais les planches. Créée en 1992 par Solange Goldwasser, avec l’objectif de monter des créations de pièces jamais jouées en Belgique, en lien avec la culture juive, la troupe de théâtre amateur entretient depuis toujours une complicité réciproque avec le CCLJ où elle se produit d’ailleurs exclusivement. Mais Couca Israël aurait pu ne jamais croiser sa route. 

C’est au Burundi, en effet, qu’elle passe cinquante ans de sa vie, avant de quitter le pays en 96, suite au génocide des Tutsi, pour atterrir en Belgique. L’ancienne chorégraphe et professeure de danse, à la tête d’une école de 120 élèves, se retrouve seule. « La chance m’a fait rencontrer Régine Weinreb, qui avait pris la direction du Théâtre du Possible après Solange », se souvient Couca Israël. « Elle m’a parlé d’un casting qui se faisait pour la pièce “Les Autres” de Jean-Claude Grumberg et j’ai eu le rôle. Cela a été pour moi une vraie bouée de sauvetage ».

Entourée d’une quinzaine d’élèves, Couca Israël suit ainsi les cours de l’atelier de théâtre animé par le metteur en scène Benoit Blampain, en jouant dans pratiquement toutes les pièces. « Nous étions plus d’acteurs que le nombre de rôles à distribuer. Mon objectif n’était pas d’avoir le premier rôle, mais bien de jouer », confie-t-elle. « La troupe était devenue mon port d’attache ».

Couca Israël assumera la direction du Théâtre du Possible à partir de 2008, à la suite de Jo Venet. Tandis que l’actrice, auteure, comédienne, chanteuse, Stéphanie Blanchoud, premier prix d’art dramatique au Conservatoire Royal de Bruxelles en 2003, en reprend la mise en scène. « Notre originalité a toujours été de choisir des thèmes juifs et/ou des auteurs juifs », affirme Couca Israël, « humanistes avant tout, pour dénoncer à la lumière du passé toutes les formes d’exclusions. Ce qui m’a plu aussi, dès le départ, c’était de pouvoir rencontrer des gens de tous horizons, juifs ou non, et de travailler, en étant une troupe amateur, avec de vrais professionnels, ce qui est une grande force ».

Amateurs et professionnels ensemble

Outre Benoit Blampain qui a notamment été le professeur de Cécile de France, le Théâtre du Possible a ainsi pu compter sur des personnalités comme Suzy Falk, Thierry Debroux (actuel directeur du Théâtre du Parc), Jack Levi (Côté-Village) et, parmi les anciens élèves, Fabrizio Rongione (Les Magritte du Cinéma), Laurent Capelluto ou Tania Garbarski. Au rythme d’une pièce par an, les créations ont été nombreuses : « Dieu de Vengeance » de Sholem Asch (1992), « Berlin ton danseur est la mort », d’Enzo Corman (coup de cœur du jury de la COCOF  1998-99), « Rêver peut-être » de Jean-Claude Grumberg (Premier Prix d’excellence et coup de cœur du jury de la COCOF  2003-04), « L’augmentation » de Georges Perec (2005), « Dreyfus… » de Grumberg (2009), « L’usine de poisson » d’Israël Horovitz (2011), ou « L’atelier » de Grumberg encore, pour n’en citer que quelques-unes.

Entre les week-ends de répétitions mémorables au CCLJ et le stage proposé par Stéphanie Blanchoud au Cap Gris-Nez, l’ancienne directrice de la troupe se remémore les bons souvenirs. « La petite pièce “L’Anglais” m’a beaucoup marquée », poursuit-elle. « Elle ne durait que 25 minutes, mais vu le succès, on l’a jouée trois fois sur la soirée ! ».

Si chaque pièce a son histoire et ses anecdotes, Couca Israël assume pleinement le fait d’avoir accepté tous les rôles, quitte à même jouer en alternance avec Régine Weinreb dans « Dreyfus… », pourvu qu’elle soit sur scène. De la mendiante à la vieille fille, en passant par la vamp ou même la mort, « le rôle que j’ai le plus adoré est probablement celui de la mama africaine, dans “Rêver peut-être”. Il m’a permis d’allier toutes mes passions. Avec ce petit côté farfelu qui me correspond ».

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