Après Athènes, Lisbonne et Madrid, Nicosie n’a pas dérogé à l’absurde, sinon à l’ignoble. Des portraits représentant Angela Merkel en uniforme nazi ont déboulé, ici et là, dans la capitale chypriote. L’Europe, avec l’Allemagne au premier plan, est apparue une fois de plus comme le bouc-émissaire idéal d’une crise largement autogène.
Aujourd’hui, ce bouc-émissaire s’appelle l’Europe. Par lâcheté ou démagogie, trop de politiques s’ingénient aujourd’hui à rendre Bruxelles responsable d’une crise qui doit autant à leur propre incapacité à oser faire de la politique qu’à une mondialisation dont l’Europe n’est pas la cause, mais l’unique rempart. Les gouvernements s’arrogent les lauriers quand l’Union européenne fait quelque chose de bien et accusent « Bruxelles » quand tout va mal. C’est pathétique mais, somme toute, assez logique. La détestation de l’Europe est avant tout un instrument de politique intérieure. L’idée est de faire croire que les politiques d’austérité sont autant de diktats imposés par les grands pays et l’Allemagne en particulier. Or, qui sont les premiers responsables de la crise sinon les différents Etats concernés ! Chypre et son « économie casino » en est un exemple type avec un système financier et bancaire surdimensionné, représentant sept fois le PIB de l’île et avec 45 % de dépôts d’origine douteuse.
Chaque jour, l’Union européenne prend les traits du « bouc-émissaire » idéal, du fait même de l’incapacité qui lui est prêtée de ne pas être une protection efficace contre les effets du mondialisme, de sa dimension transnationale, d’accentuer la perte des repères nationaux conçus comme étant les seuls liens forts de citoyenneté et d’identité et, last but not least, de ne pas être un pouvoir politique « légitime » et enraciné dans le « peuple ». Rien n’est plus aisé. Médiatiquement, l’Union européenne est quasiment sans défense. Les médias traditionnels négligent désormais les sujets internationaux pour se recentrer sur les seuls faits divers ou de société (incidents de la route, granges brûlées, etc.). Quant à ceux qui s’y consacrent, ils ont de fortes chances d’être considérés comme des complices de « l’Eurocratie ». Cela laisse donc le champ libre aux fantasmes et dérives archaïques. Il suffit de songer à la dernière sortie de Jean-Luc Mélenchon, accusant Pierre Moscovici « de penser non pas français, mais finance internationale ». Le thème de l’Anti-France cosmopolite, cher à Maurras mais aussi Proudhon est de retour. Tandis que l’heure devrait être à l’autocritique, l’on assiste, tout au contraire, au grand retour de la pensée magique. Les scores ahurissants de Beppe Grillo et de Silvio Berlusconi dans cette Italie que nous aimons plus que tout, en témoignent à souhait.
C’est précisément pour cette raison que j’ai décidé de m’engager en faveur d’un approfondissement majeur de l’Europe, en rejoignant le tout jeune mouvement Stand up for the United States of Europe*. L’Europe, malgré d’évidentes imperfections, apparaît plus nécessaire que jamais. Il y va de notre survie en tant que démocrates et juifs. Frères citoyens, l’Europe n’est pas notre problème, c’est la solution, mieux l’ultime rempart contre la bêtise.