La guerre, Nathan Sharoni la connaît bien. Général de Tsahal, il a commandé des unités d’artillerie et de blindés. Aujourd’hui, il est à la retraite et appartient à Shalom vebitakhon (La paix et la sécurité), une organisation réunissant plus de 1.000 officiers de réserve de l’armée israélienne favorables à une solution politique du conflit israélo-palestinien.
Nathan Sharoni tient un langage clair et direct : il ne se perd pas dans les formules de style ni dans les périphrases. Il défend le principe des « Deux peuples, deux Etats », ni plus ni moins. Et pour ce faire, il encourage les membres de J CALL venus le rencontrer à Tel-Aviv à faire savoir aux responsables politiques israéliens qu’ils sont favorables aussi à cette solution. « Ne leur dites pas ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent faire, mais uniquement qu’il est urgent qu’ils agissent pour qu’Israël demeure un Etat juif et démocratique », insiste Nathan Sharoni.
Pour ce général en retraite, une chose est sûre : Israël n’est plus confronté aujourd’hui à un risque de guerre existentielle comme ce fut le cas en 1973 par exemple. Des groupes terroristes attaquent Israël, mais ne menacent absolument pas son existence. Ils lancent des missiles, envoient des roquettes ou commettent des actes terroristes. « Cela peut nous gêner, mais en aucun cas nous détruire », répète-t-il.
Et l’Iran qui cherche à se doter de l’arme nucléaire ? « Le leadership iranien n’est pas suicidaire », répond-il immédiatement. « Les Iraniens savent bien que s’ils tirent des missiles nucléaires sur Israël, notre réaction sera très virulente ». Ils n’ont pas intérêt à attaquer Israël. C’est logique, mais on peut en revanche légitimement douter de la rationalité d’un régime dominé par des fanatiques religieux.
Israël doit-il ou peut-il lancer une attaque préventive sur l’Iran ? « Le gant est trop grand pour Israël », réagit Nathan Sharoni. « On ne peut partir en guerre seul contre l’Iran pour détruire ses sites nucléaires ».
On ne négocie pas par amour, mais par intérêt
Concernant le dossier israélo-palestinien, il remet en cause le dogme de la profondeur stratégique d’Israël. Cette question n’est plus un problème, car la création d’un Etat palestinien ne constitue pas une menace, mais un gage de sécurité : « L’Etat palestinien sera démilitarisé et une force internationale sera présente en Palestine pour garantir le respect de l’accord de paix », fait-il remarquer. Pour parvenir à un tel accord, il faut négocier, mais ces négociations ne peuvent durer éternellement : « Si au-delà d’une période déterminée, on ne parvient pas à se mettre d’accord, alors les Israéliens doivent agir unilatéralement. Pour garantir l’intégrité démocratique d’Israël, nous devons quitter les territoires occupés et démanteler des colonies ». Cet ancien militaire est conscient qu’on ne négocie pas par amour, mais bien par intérêt. « Mahmoud Abbas ne nous fait pas confiance et nous non plus », dit-il. « Mais c’est dans notre intérêt de faire en sorte qu’il négocie ».
Un dernier détail qui a son importance : Nathan Sharoni est également impliqué dans une autre initiative moins connue, mais d’une pertinence qu’on néglige souvent. Avec un groupe de journalistes, universitaires et d’anciens officiers hauts gradés, il a étudié sérieusement la fameuse initiative saoudienne de 2002. Acceptée par la Ligue arabe, cette proposition de paix adressée à Israël n’a jamais été discutée par un gouvernement israélien en presque douze ans ! « Même si de nombreux points de cette proposition sont contestables, elle mérite que des Israéliens l’examinent et formulent des contre-propositions. C’est d’autant plus important que nous avons besoin du soutien des pays arabes pour aboutir à une solution avec les Palestiniens », explique Nathan Sharoni.
Une chose est frappante : à aucun moment, cet homme favorable au dialogue et à la création d’un Etat palestinien n’a évoqué ni fait la moindre allusion à une considération d’ordre moral. L’engagement de ce général israélien se fonde essentiellement sur son expérience militaire et ses compétences en matière de sécurité. Pour certaines personnes, cette attitude semble déconcertante. C’est vrai, il ne parle pas comme la plupart des militants que nous avons l’habitude de rencontrer dans le petit monde des combattants pour la paix. Ce général a peut-être compris qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de morale. L’accord de paix avec les Palestiniens et le monde arabe est avant tout une nécessité politique pour l’avenir d’Israël. Plus on écoute Nathan Sharoni, plus on a le sentiment qu’Yitzhak Rabin a semé et que d’autres anciens généraux ont compris ce qu’il avait compris en signant les Accords d’Oslo en 1993.
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