19 avril

Dans le journal télévisé de ce 19 avril 2013, sur la RTBF, une séquence était consacrée au 70e anniversaire du ghetto de Varsovie. Illustrée par des images d’archives, elle retraçait l’histoire du ghetto.

Sa création le 12 octobre 1940, la construction du mur, l’existence de plus en plus misérable des 4 à 500.000 personnes qui y furent entassées, les gens qui dormaient dans les rues, la famine, les morts qu’on déposait le matin sur les trottoirs. Puis, à partir de l’été 1942, les déportations vers les camps de la mort. Enfin, l’étonnement des nazis quand, venus pour en finir, ils firent face à une révolte armée et durent rebrousser chemin avant de revenir en force et de détruire le ghetto maison par maison.

Du bon journalisme, cette séquence du 19 avril. Des images fortes, en noir et blanc, prenant le pas sur quelques images en couleur des flonflons et des rubans de la cérémonie officielle.  Sauf que. Sauf que cette séquence, aussi pédagogique fut-elle, aussi « service public », aussi inscrite dans le nécessaire rappel de ce que la Shoah a pu être dans le concret de la vie quotidienne des Juifs, m’a mis mal à l’aise.

D’abord et surtout parce que ce 19 avril, nous ne commémorions pas la destruction du ghetto, qui n’eut lieu que le 16 mai, mais le début de l’Insurrection. Ce n’est pas que l’insurrection n’était pas dûment évoquée dans la séquence. Plutôt qu’elle n’en constituait pas le cœur, seulement une péripétie. Le journaliste nous rendait bien davantage sensible à la monstruosité du crime nazi qu’à l’acte héroïque de résistance posé par les combattants du ghetto. Une fois de plus, il était fait appel à la sympathie envers les Juifs en tant qu’ils étaient les innocentes victimes d’une idéologie meurtrière. Victimes affamées, opprimées, terrorisées, déportées, assassinées, qui ne peuvent attirer que pitié et compassion. Plutôt que victimes résistantes, s’organisant pour survivre jusqu’à tenter la lutte armée dans les conditions d’un rapport de force désespéré.

C’était d’autant plus flagrant que ce 19 avril 2013, Varsovie commémorait l’insurrection du ghetto de manière exceptionnelle. En présence du chef de l’Etat polonais Bronislaw Komorowski, du président du Parlement européen Martin Schulz et du ministre israélien de l’Education, Shai Piron. Pour la première fois, au son des cloches de toute la ville et alors qu’à la demande de l’archevêque, Mgr Kazimierz Nycz, une prière spéciale avait lieu dans toutes les églises. Et pour la première fois, au son des sirènes qui n’avaient commémoré jusque-là que l’insurrection de Varsovie du 1er août 1944. Et alors qu’en ce 19 avril, s’ouvrait aussi, sur le lieu même du ghetto disparu, un musée de l’Histoire des Juifs polonais. Et qu’au soir de ce 19 avril, deux jets de lumière, l’un parti du musée d’Histoire des Juifs de Pologne et l’autre du musée de l’Insurrection de Varsovie, se rejoignaient symboliquement dans le ciel. La reconnaissance par la Pologne du rôle historique de ses résistants juifs, morts les armes à la main, n’était-ce pas l’événement qui méritait d’être salué ?

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