Racisme : le cas Trullemans

Même si elles étaient aussi maladroites que racistes, les diatribes contre les musulmans du M. « Quel temps fait-il ? » de RTL ont permis de rappeler la nécessité d’un vrai débat sur la délinquance.

Voici quelques jours, Luc Trullemans,  célèbre « Monsieur Météo » de RTL, a eu une dispute avec des automobilistes, des « gens du sud, habillés en tenues traditionnelles », racontera-t-il   qui l’ont insulté, menacé et suivi jusqu’à son lieu de travail.

M. Trullemans a eu la peur de sa vie et on le comprend.  Du coup, rentré chez lui, il publie un « post » virulent sur Facebook dans lequel il s’en prend avec violence à ses « amis musulmans » Extraits: 

« Vous venez vous établir ici pour vivre heureux, en santé et à l’abri de tout ce que vous avez quitté (…) On vous donne un toit, de la nourriture, de l’argent, on vous inscrit à l’école pour apprendre la langue …. Mais à vous entendre, ce n’est pas encore assez ! »

Un peu plus loin : « Pourquoi venez-vous dans notre pays si ce n’est que pour tenter de le changer à l’image du pays que vous avez fui ? C’est nous qui vous offrons l’hospitalité, alors à vous de vous conformer à nos traditions et nos coutumes »

Conclusion : « Retournez dans votre pays si nos traditions et nos coutumes vous déplaisent tant que ça… » Autant d’amalgames et de généralisations scandaleuses.  D’évidence, M. Trullemans voulait parler de jeunes Maghrébins, lesquels ne sont pas tous musulmans.

Et les musulmans ne sont pas tous Arabes non plus. Qui plus est, qu’est-ce que la religion ou l’origine ont à voir là dedans ? Ni l’islam ni la culture arabe n’incitent « leurs » jeunes à se comporter comme des petites frappes, ne supportant rien de personne et toujours à la limite de la violence.

Ceci étant, reste cette réalité qu’une certaine gauche bien pensante a tort de nier : la majorité des incivilités et  la petite délinquance est le fait de jeunes Arabes. Un fait avéré même si –et c’est fort heureux- il n’existe pas de statistiques ethniques chez nous.

Il suffit d’en parler avec des policiers ou des gardiens de prison pour le vérifier. (Et tous ne sont certainement pas des racistes d’extrême droite). Mais il s’agit d’un problème économique et social.

Ces délinquants sont les laissés pour compte d’un système qu’ils n’ont pas su ou voulu intégrer. Aujourd’hui, ce sont des Maghrébins (et des Africains) comme hier, c’étaient des Italiens ou des Polonais. Et comme demain, des immigrés des pays de l’Est.

Reprochera-t-on alors l’attitude de ces derniers à l’Eglise orthodoxe, majoritaire là bas ? Ou à la culture roumaine ? Il est permis d’en douter. Pour en revenir à L. Trullemans, il a retiré le post une heure plus tard mais, bien sûr, il circulait déjà sur la blogosphère.

« Je ne suis pas raciste, j’ai eu une petite amie arabe »

Et il s’est excusé dans un second post le lendemain… pour s’enfoncer davantage. Certes, il a présenté ses regrets à la communauté musulmane en expliquant : «  J’ai écrit ce texte sous l’emprise de la colère, de l’émotion et de la peur ».Sauf qu’il n’a rien écrit du tout.

Trullemans s’est contenté de reprendre une lettre rédigée en 2010 par une enseignante québécoise et qui circule depuis sur les sites d’extrême-droite.  Autre maladresse : pour se défendre, il affirme avoir eu « une relation de 5 ans avec une Algérienne ».

Pire, il tient des propos similaires, quoiqu’un peu atténués, dans la presse : « On a tous été témoins dans notre vie de quelque chose de similaire de la part d’une certaine partie de la communauté musulmane »

Par ailleurs, L. Trullemans compte intenter un procès à RTL qui l’a immédiatement licencié pour faute grave. Et qui a-t-il choisi comme avocat sinon M. Modrikamen, le président du très droitier Parti Populaire dont la défense des immigrés n’est pas le créneau principal ?

Reste que « le cas Trullemans », en lui-même secondaire, est révélateur d’un malaise qui couve dans le pays.  Car incivilités et petite délinquance vont croissants. Et elles sont intolérables pour ceux qui les subissent.

Il est insupportable de se faire harceler, insulter, menacer, agresser, bref de vivre dans la peur.  Et davantage encore si le « politiquement correct » interdit, par crainte de verser dans le racisme, d’en désigner les coupables.

Il s’agit là d’un bien mauvais moyen de défendre une bonne cause. Car le racisme, on en est bien d’accord, « n’est pas une opinion mais un délit ». Mais on n’est pas raciste en affirmant  que tous ces maux sont causés en majorité  par de jeunes Arabes.

C’est en niant ce fait qu’on pousse les gens vers les amalgames et les généralités façon Trullemans, qui stigmatisent tous les Maghrébins et, dans la foulée, tous les musulmans. Plus grave encore, en refusant la question, on laisse à l’extrême droite l’exclusivité des réponses.

Alors que c’est à la démocratie de s’emparer du problème et de le résoudre : d’une part en s’attaquant aux causes de ces dérives par l’éducation, la prévention et, même si ce n’est pas évident de nos jours, en aidant ces jeunes à trouver un emploi.

Mais aussi par une ferme répression policière et une  « tolérance zéro » de la Justice. Une bonne manière de rappeler à certains que, si notre société est bonne fille, ouverte et tolérante, elle n’est pas du genre à se laisser bousculer par des brutes, qu’ils soient « Belges de souche » ou Arabes.

]]>