Pourquoi les étiquettes des colonies ne collent pas

Comment l’Europe doit-elle marquer les produits provenant de Cisjordanie ? Un problème mineur mais qui révèle l’incohérence tant de la politique israélienne que de celle de l’UE

De quoi parle-t-on ? D’un peu d’agrumes, d’huile d’olive, de cos­mé­tiques, etc. vendus par les colonies de Cisjordanie en Europe.  Le tout valant dans les 230 millions €.  Autant dire rien : les échanges commerciaux entre Israël et l’UE tournent autour des 31 milliards €, l’an.

Assez cependant pour mettre le gouvernement israélien face à ses contradictions : à ses propres yeux, la Cisjordanie est un « territoire disputé ». S’il est disputé, c’est qu’il ne lui appartient pas.

Ce qui ne l’empêche pas de vendre les biens des colonies sous l’étiquette « Made in Israël » ou, plus rarement, « Fabriqué en Cisjordanie ».  Etonnant quand on sait que ce terme est proscrit dans l’Etat juif où il doit impérativement être remplacé par « Judée-Samarie »

Côté Europe, la démarche n’est guère plus cohérente. En théorie, depuis la « Déclaration de Venise » (Jun 1980), l’UE prône le droit à l’autodétermination des Palestiniens et réclame la fin de l’occupation de la Cisjordanie

Et elle considère que les colonies israéliennes sont « illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à l’instauration de la paix » Mais, au-delà de ces déclarations officielles, l’UE a toujours été et demeure une alliée d’Israël.

Leurs relations dans tout les domaines n’ont cessé de s’approfondir qu’elles soient  scientifiques, culturelles ou géopolitiques tant dans la lutte anti-terroriste que vis-à-vis de l’Iran. Et bien sûr, au niveau économique.

Depuis le traité de libre-échange signé en mai 1975, les relations commerciales entre Israël et l’UE n’ont cessé de s’améliorer. Leur dernier accord, qui porte sur la dérégulation des transports aériens, a été signé le mois passé…   

Moyennant quoi, l’Europe est le premier partenaire commercial d’Israël : 32%  des importations de l’Etat juif et 24% de ses exportations se font avec elle. Mais, comme tous les amis d’Israël dans le monde, l’Europe est sur la défensive.

La politique de colonisation en Cisjordanie -qu’aucun Etat ne soutient ni ne reconnaît- du gouvernement israélien oblige l’UE à livrer, y compris au sein de ses propres frontières, des batailles de retardement dans une guerre déjà perdue.  

Une de ces batailles concerne l’étiquetage des produits des colonies. De plus en plus de pays européens le considèrent comme de la manipulation ou du mensonge.  

Par exemple, la mention « Fabriqué en Cisjordanie »  tend, selon eux, à faire croire qu’il s’agit de produits palestiniens. Ce qui est rarement le cas : leurs exportations vers le Vieux Continent  s’élèvent à moins de 15 millions €.

Une idée mort-née… pour l’instant.

Du coup, des pays comme la Grande Bretagne ou le Danemark ont imposé un étiquetage dénué d’ambiguïté : « Fabriqué en Cisjordanie (produit de colonies israéliennes) » ou  «Fabriqué en Cisjordanie (produit palestinien) ».

Les Pays-??Bas ont voulu procéder de même mais, selon les médias, « auraient reculé devant la violence de la réaction israélienne » et ont donc décidé d’attendre que l’Europe bouge sur la question.  C’est ce qui vient de se produire ce 11 avril.

Catherine Ashton, la « Madame Affaires Etrangères » de l’UE a réclamé un étiquetage spécifiant d’où est issu un produit venant de Cisjordanie. Une demande appuyée par 13 des 27 Etats membres, dont l’Espagne, la Grande-Bretagne, la France, l’Autriche et la Belgique.

Israël, où la Knesset a voté en 2011 une loi  sanctionnant le boycott des biens et services des colonies, a protesté avec sa vigueur habituelle. Ce à quoi, non sans quelque hypocrisie, l’UE a répondu qu’elle n’appelait pas à proscrire ces produits, juste à les signaler.

 Sauf que si cela est spécifié, chacun sait que peu d’Européens se précipiteront pour  acquérir quoi que ce soit issu des « implantations » israéliennes. De toute façon, sauf surprise, l’idée n’a pas la moindre chance d’être adoptée dans l’immédiat.  

Une majorité des pays européens ne voient pas de problèmes avec l’étiquetage actuel. Et parmi eux la 1ère puissance économique de l’UE, l’Allemagne. Laquelle n’a, par ailleurs, aucune envie de se voir rappeler que le dernier boycott de produits juifs était dû aux nazis…

« Boycott », le mot sonne aussi mal chez les Juifs d’Europe, majoritairement pro-Israéliens. Cela évoque trop les campagnes de BDS (Boycott- Désengagement –Sanctions) qui s’échinent à vouloir rompre tout lien avec tout ce qui vient d’Israël.

Mais s’agit-il bien de la même chose ? Tout le monde, y compris les dirigeants de l’Etat juif, reconnaît la Cisjordanie ne fait pas partie juridiquement  d’Israël. Pourquoi, dès lors, la diaspora devrait elle défendre le business d’Israéliens qui ne vivent pas dans leur pays ?

 

]]>