Partenariat entre Ramallah et Liège

Deux évènements contradictoires, mais complémentaires ont marqué l’actualité juive liégeoise de ces dernières semaines. Un événement du Keren Hayessod et un vote du Conseil communal en faveur d’un partenariat avec Ramallah.

Tout d’abord, dans le cadre des festivités entourant le 65e anniversaire de l’Etat d’Israël, et à l’invitation du Keren Hayessod, Frédéric Encel, professeur à Sciences Po Paris, géo-politologue, et probablement le meilleur analyste des problèmes du Proche-Orient, donnait une conférence au Foyer Culturel Juif de Liège, la veille de sa venue au CCLJ.

Son analyse des données politiques, économiques, démographiques et militaires de la région, et plus particulièrement du « binôme infernal » Israël/Palestine, en a surpris plus d’un. Pour lui, Israël est très largement en position de force stratégique, et donc devrait en profiter pour entamer enfin, en manifestant une certaine « générosité », des négociations sérieuses avec les Palestiniens. D’après lui, il y a pour l’instant un « momentum » favorable qui ne doit pas être négligé, sous peine de voir à terme ces conditions changer, et la situation stratégique d’Israël se détériorer.

Orateur brillant, érudit et captivant, Frédéric Encel nous aura fait passer un moment et surtout un message plus qu’intéressant, en plaçant les choses dans une perspective à moyen et long terme dont nous n’avons guère l’habitude, empêtrés que nous sommes dans l’avalanche d’actualités, si souvent, hélas, contradictoires et alarmantes.

Le second évènement qui mérite notre attention aujourd’hui, c’est le vote par le Conseil communal de Liège, d’un accord de partenariat (pas de jumelage, la notion est importante !) avec la ville palestinienne de Ramallah.

A l’exception des conseillers communaux MR, qui se sont abstenus, l’ensemble des autres conseillers a approuvé ce partenariat. Comprenons-nous bien, voilà une initiative qui nous paraît tout à fait estimable et que même, n’ayons pas peur des mots, même s’ils devaient en choquer quelques-uns, nous approuvons sans réserve !

Après tout, Liège a tissé de tels liens avec de nombreuses villes dans le monde comme Volgograd (ex Stalingrad) ou Turin. Et comme à l’initiative de notre ami, le conseiller Raphaël Miklatzky, le Bourgmestre de Liège, Willy Demeyer a solennellement promis de prendre rapidement contact avec l’ambassade d’Israël à Bruxelles afin de déterminer avec quelle ville israélienne un même partenariat pourrait rapidement se conclure, le principe « d’équilibre » entre les protagonistes du conflit devrait très prochainement être rétabli. Je veux croire aussi que l’idée de cette action n’a pas germé dans l’esprit de certains, dans un but purement électoraliste, mais avec un vrai souci de promouvoir le dialogue entre les parties et de favoriser les échanges notamment culturels avec la ville palestinienne.

Il reste que les termes utilisés au cours du débat par certains conseillers communaux, plus particulièrement ceux appartenant aux partis dits d’extrême gauche, mais aussi par certains socialistes et écologistes, nous ont quelque peu surpris. Qu’ils estiment nécessaire de profiter d’une telle occasion pour critiquer la politique de l’actuel gouvernement israélien, on peut encore le comprendre et l’admettre. Après tout, c’est le propre de toute démocratie de permettre la critique, et les Israéliens eux-mêmes, y compris la presse ne s’en privent pas !

Mais en profiter pour exprimer des positions extrêmes, sans aucune nuance, condamner une seule partie et la vouer aux gémonies, et même remettre en cause la légitimité de l’existence de l’Etat juif est quelque chose que nous ne pouvons admettre !

Et qui mérite hélas que nous restions particulièrement attentifs aux débats politiques qui traversent aujourd’hui la Cité. Nous ne le répèterons jamais assez : critiquer la politique d’un gouvernement, quel qu’il soit, est parfaitement légitime, mais nier au peuple juif son droit à l’auto-détermination et se proclamer antisioniste, c’est une fois encore, discriminer les Juifs en ne leur reconnaissant pas un droit accordé à tous les autre peuples. Et cela s’appelle bien, que cela plaise ou non à certains, de l’antisémitisme. Et qui est, en tout cas en Belgique, non pas une opinion, mais un délit !

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