Inquiets de la violence raciste en Hongrie, les dirigeants du Congrès juif mondial, réunis à Budapest ce 5 mai, espéraient une réaction ferme du 1er Ministre Viktor Orban. Raté : ils n’ont obtenu qu’un discours vague et creux.
Cela se fait : quand une institution importante organise un événement, elle invite les dirigeants du pays à s’y associer. Et, selon le degré d’intérêt qu’ils accordent à l’événement, les gouvernants se déplacent en personne ou délèguent leur chauffeur.
Il était donc logique que, lorsqu’il a choisi de tenir sa 14ème assemblée générale* à Budapest, le Congrès juif mondial (CJM) ait demandé au 1er Ministre hongrois, Viktor Orban en personne d’y participer.
Après tout, le CJM est une des plus anciennes et des plus importantes organisations juives du monde : depuis sa fondation en 1936, les communautés de plus de 100 pays s’y sont affiliées. M. Orban a accepté avec empressement.
Cela tombait bien, le CJM avait deux mots à lui dire. Pour tout dire, il s’était même réuni à Budapest uniquement pour cela. Car Vicktor Orban est sans doute le plus inquiétant des dirigeants européens actuels.
Depuis que son parti, le Fidesz, a obtenu la majorité absolue au Parlement en 2010, M. Orban n’a cessé de mettre à mal la déjà fragile démocratie hongroise en mettant au pas tout ce qui ressemble à une opposition
La Justice, la Banque centrale, les médias, etc. ont vu leur indépendance ou leurs compétences mises à mal. D’un point de vue économique, il a pratiqué un ultra-libéralisme de combat : privatisations à tout va et multiplication des « impôts exceptionnels » (28 en 3 ans).
Avec le succès habituel de ce genre de politique : le PIB est en baisse de 1,3%, la monnaie s’est effondrée. 40% des Hongrois vivent sous le seuil de pauvreté. Mais, avec 16% seulement d’impôts sur le revenu, les plus riches se portent bien, eux.
Au niveau « sociétal », ce n’est guère mieux : valeurs « chrétiennes » et nationalisme exacerbé. Entendez : haine des minorités (surtout les Roms mais pas seulement). Là aussi, V. Orban suit la politique suicidaire d’une certaine droite.
Celle qui consiste à reprendre les idées de l’extrême droite dans l’espoir d’en récupérer les électeurs. Sauf que, comme disait ce bon J.-M. Le Pen : « Les gens préfèreront toujours l’original à la copie ».
Ce qui vaut aussi pour la Hongrie où, avec 17% des voix, l’extrême droite est devenue le 3ème parti du pays. Et quelle extrême-droite ! Le Jobbik se revendique ouvertement des idées du parti nazi hongrois, les Croix fléchées.
Pureté du sang magyar, supériorité de la « race hongroise », haine agressive des Roms et des « sionistes », défilé de brutes en uniforme, réhabilitation du « Pétain hongrois », l’amiral Miklós Horthy…
C’est à ces gens là que le Fidesz, envoie des signes réguliers : il a changé des noms de rues à Budapest pour leur donner ceux d’antisémites avérés. Ce 15 mars, pour la Fête nationale, il a décoré des membres de l’extrême-droite.
L’équivalent hongrois du prix Pulitzer a été décerné à un journaliste qui avait, en 2011, traité les Roms de « singes » à la télévision). Quant au ministre de l’Education, il a mis au programme des cours de littérature l’étude de quatre écrivains antisémites.
A chaque fois, le gouvernement Orban s’excuse, regrette, déplore et ne change rien. Le Congrès juif mondial avait donc quoi dire à M. Orban. Sauf que l’exercice a vite trouvé ses limites. Déjà, rien qu’en lui donnant la parole, il lui a délivré un brevet de respectabilité.
Le CJM ne n’aurait jamais invité un antisémite, n’est-ce pas ? Le 1er Ministre a donc accepté avec empressement. Il est venu et à tenu au Congrès à peu près ce langage : il n’y a pas d’antisémitisme, il n’est pas virulent et je suis contre. Citations :
« Chez nous, il n’y a pas d’attentats à la bombe, il n’y a pas d’attaques dans des écoles juives». Et : « L’antisémitisme est intolérable et inacceptable. Nous avons un devoir moral de le défier avec une tolérance zéro ». De fortes et belles paroles. Mais le Congrès espérait bien mieux.
Que le 1er Ministre se dissocie nettement de l’extrême-droite, par exemple. Et qu’il s’engage à renforcer la législation contre les manifestations et les actes antisémites. Mais M. Orban n’a rien dit de tel. En fait, il n’a même pas cité le Jobbik.
Pourtant, le jour précédant l’ouverture du Congrès, ces néo-nazis avaient organisé une commémoration en l’honneur des victimes hongroises de « la vraie terreur, celle du bolchevisme et du sionisme »
A cette occasion, Gabor Vona, le chef du Jobbik a expliqué que les Hongrois étaient vraiment un peuple exceptionnel « parce que si toute l’Europe lèche les pieds des Juifs, nous ne le faisons pas. En cela, nous différons véritablement des autres ».
Il a aussi réclamé que « les Juifs demandent pardon pour les crimes commis par le régime communiste et ses leaders juifs. » Tolérance zéro, hein ? Si d’aventure il y était vraiment résolu, il serait vraiment temps que M. Orban s’y mette…
*L’AG du Congrès Juif Mondial se réunit tous les 4 ans.
Sur le sujet : « Nazi-nostalgie en Hongrie » (http://www.cclj.be/article/3/3288)
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