Existe-t-il en Israël des gens plus bornés, plus sectaires et plus dangereux que les Juifs ultra-orthodoxes* ? D’évidence, oui : les Juifs sionistes religieux. Les premiers sont en guerre contre la démocratie mais les seconds risquent de mettre Jérusalem à feu et à sang. Pour commencer.
Dès la naissance du sionisme, le judaïsme religieux s’est partagé entre deux courants qui se haïssent cordialement. Les rapports de force entre ces deux courants ont varié mais depuis une décennie au moins, les ultra-orthodoxes tenaient le haut du pavé.
Jusqu’aux législatives de janvier : le parti sioniste religieux Maison juive de Nafatali Bennett a fait une percée et a remplacé les ultra-orthodoxes au gouvernement. Du coup, ceux-ci ont perdu de leur influence et surtout l’argent qu’ils dispensaient à leurs ouailles.
Un malheur n’arrivant jamais seul, ils ont aussi perdu la bataille qu’ils menaient pour imposer leurs règles au Mur des Lamentations : la justice israélienne vient, à leur grande fureur, d’autoriser les femmes juives à y prier à leur guise.
Mais cette « guerre de la prière » là n’est rien à côté de celle que veulent déclencher les sionistes religieux qui contrôlent à présent le ministère des Cultes : ils réclament que le gouvernement autorise les Juifs à prier sur le Mont du Temple.
« Folie furieuse » est un euphémisme pour qualifier cette demande qui revient à solliciter la permission de tirer un feu d’artifice dans un dépôt d’essence. On sait le degré d’hystérie qui anime toutes les religions à Jérusalem.
Et que, partout dans la ville, sous le plus mince prétexte, chrétiens, musulmans ou juifs s’y empoignent entre eux ou les uns contre les autres. Or, de tous les lieux à problèmes, celui-là est sans doute le plus prompt à s’enflammer.
Car ce sont les Juifs qui nomment l’endroit « Mont du Temple » : pour eux, c’est là que se situait le Grand Temple d’Israël. Mais il a été détruit en 70 EC et il n’en subsiste que l’actuel Mur des Lamentations.
Pour les musulmans, par contre, c’est le Haram al-Sharif (« Noble sanctuaire ») ou « Esplanade des mosquées » et le 3ème lieu saint de leur religion. Et, comme de juste, chacune des deux religions dénie à l’autre tout droit sur l’emplacement.
De 1948 à 1967, la situation était simple : les Juifs n’avaient aucun accès à cette partie de la ville qui était jordanienne Mais, après la guerre des Six-Jours, Israël, dont la Déclaration d’indépendance garantit la liberté de culte, a dû organiser une difficile coexistence.
En théorie, chacun avait le droit de se rendre partout, que ce soit devant le Mur ou sur « l’Esplanade ». Et d’y prier partout à sa guise. En pratique, seuls les Juifs le font devant leur lieu saint qui n’intéresse pas spécialement les musulmans.
Un « 3e Temple » ?
De leur côté, les Juifs avaient aussi le droit de prier sur le « Mont du Temple » mais ils s’en abstenaient : les rabbins orthodoxes interdisent à leurs ouaille d’y mettre le pied car ils courraient le risque de se trouver dans le « Saints des Saints ».
Or, seuls les prêtres pouvaient y pénétrer et comme on ignore où se trouvait son emplacement…. Les touristes, eux, allaient partout à leur guise. Cela a assez bien fonctionné durant plusieurs décennies. Puis les extrémistes s’en sont mêlés.
D’abord, ce furent des groupuscules messianiques juifs qui rêvaient de construire le « 3ème Temple ». Ce qui passait, bien sûr, par la destruction des mosquées existantes contre lesquelles ils ont tenté plusieurs attentats.
Puis les sionistes religieux ont pris la relève, fort d’une « décision » de 1996 du « Conseil rabbinique des colonies » les autorisant à visiter le « Mont du Temple ». Et les incidents se sont multipliés avec, à chaque fois le risque d’un embrasement.
Même si elle aurait éclaté de toute façons, c’est ainsi qu’a débuté en 2000, la 2ème intifada : après la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade. Le calme a peu près revenu, et non sans de houleux débats, la justice israélienne avait tranché :
Les Juifs pouvaient se rendre sur le Mont et même y prier « sauf en cas de risques de troubles ». Et comme il s’en produit à chaque fois…
C’est cette décision que les sionistes religieux, avec l’appui de l’aile dure du Likoud, menée par le député Moshe Feiglin, veulent à présent modifier. Avec comme argument principal qu’interdire aux Juifs d’y prier est une discrimination et une atteinte au droit de culte.
En attendant, les bagarres se multiplient : les musulmans jettent tout ce qui leur tombe sous la main sur les Juifs qui y prient ostensiblement, la police intervient et arrête les plus excités des deux camps avant que la situation ne dégénère
Ce qui se produira inéluctablement si Maison juive et ses alliés parviennent à leurs fins. Simple question de statistiques. La tension couve tant dans la Ville sainte que dans les territoires occupés.
Multiplier les risques d’incidents ne peut que mener à l’explosion. Un coup de couteau ou de fusil, une charge de police, une foule qui panique et le sang coulera. Le camp d’en face exercera des représailles et le cycle des violences reprendra.
Ce n’est pas pour déranger l’extrême-droite israélienne dont, de toute manière, le but ultime est de se débarrasser de tous les Arabes du « Grand Israël ». Mais est-il vraiment de l’intérêt d’Israël ?
Est-ce une bonne idée pour l’Etat juif de perdre ses derniers interlocuteurs arabes, comme la Jordanie –garante des lieux saints musulmans de Jérusalem- et de se mettre à dos la totalité des musulmans de par le monde ?
*Pour faire simple, il y a d’un côté, les ultra-orthodoxes, farouchement opposés à l’existence, d’un Etat juif, que seul Dieu peut créer. Et de l’autre, les sionistes religieux, qui considèrent que la création d’Israël est un pas vers la venue du Messie.
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