Si la diplomatie consiste à dire une chose et à en faire une autre, Benjamin Netanyahou est un des plus subtils diplomates de ce temps.
Voici peu, le 1er Ministre israélien y a été de son annonce* : afin d’aider le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry, à relancer le processus de paix, il suspendait les appels d’offres pour la construction de nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie,
Un bien beau geste quoique des plus théoriques : il ralentit seulement l’édification des futures habitations et pour un mois seulement. Les constructions en cours se poursuivent et, qui plus est, le gouvernement veut « légaliser» quatre « colonies sauvages » de Cisjordanie.
Par « sauvage », il faut entendre que ces quatre « avant-postes », (Givat Assaf, Maalè Rehavam, Mitzpé Lashish et Givat HaRoé) ont été bâtis, voici près de dix ans, sans l’aval des autorités.
Ils étaient donc illégaux à leurs yeux d’autant qu’ils se situaient sur des terrains palestiniens privés. Ce qui, en dépit de plusieurs décisions de justice ordonnant leur destruction, ne les a pas empêché de prospérer jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi en est-il de Givat Assaf, non loin de Ramallah : en 2004, les colons qui s’y sont installés de leur propre chef, ont produit de faux documents établissant qu’ils avaient acheté l’endroit à ses propriétaires palestiniens.
La justice israélienne ordonne donc sa destruction en 2005. Le ministre de la Défense de l’époque, Shaül Mofaz lance la procédure. En 2006, lorsqu’Amir Peretz lui succède, rien n’a été fait. Le nouveau ministre donne deux ans aux colons pour se reloger.
En 2008, le ministre de la Défense, qui est à présent Ehud Barak, accorde une année supplémentaire aux colons pour « négocier leur départ.» En 2009, la Cour suprême exige que l’Etat lui explique dans les trois mois pourquoi n’a pas été démantelé.
La réponse fuse… en mars 2011 : le gouvernement annonce que Givat Assaf sera détruit « avant la fin de l’année ». Puis demande à la Cour suprême un nouveau délai jusqu’en juillet 2012, le temps de « conclure les négociations » avec les colons
Cela a été un peu plus long que prévu mais celles-ci ont effectivement abouti : début mai 2013, considérant que, entre temps, les colons ont « vraiment » acheté le terrain, le gouvernement décide de « légaliser » l’existence de Givat Assaf.
C’est la position qu’il défendra ce 22 mai quand l’affaire reviendra devant la Cour Suprême. Et si, d’aventure, les juges continuent à faire leur mauvaise tête, les autorités réclameront un nouveau délai avant de démanteler et ce sera reparti pour un tour.
Des « avant-postes » de ce genre, il en existe aujourd’hui plus d’une centaine, dont la moitié créés sous le 1er gouvernement Netanyahou. Mais celui-ci veut la paix et même la création d’un Etat palestinien. Seuls des antisémites ou les Juifs honteux pourraient en douter.
* « B. Netanyahou : un petit pas vers nulle part » (http://www.cclj.be/article/2/4424)
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