Jérusalem entre faux messies et vrais cinglés.

A Jérusalem, les exaltés sont légion : il y a ceux qui se mettent soudain à prophétiser. Et ceux qui veulent rebâtir –et meubler- le Temple de Salomon.  Quant à savoir qui est le plus atteint…

Qui n’a entendu parler du « syndrome de Jérusalem » qui frappe certains touristes ? Le plus souvent, ils sont venus en juillet/ aout, quand il fait le plus chaud. Ils sont fatigués, le soleil tape, il fait soif et les voici propulsés dans la Ville sanctifiée par trois religions.

Alors, d’un coup, ils disjonctent ou, si vous préférez un terme plus scientifique, ils décompensent. Se purifient. Arborent une tenue « d’époque », longue tunique d’un blanc immaculé, genre. Et s’en vont vers leur mission prophétique.

Ils déclament des versets, chantent des psaumes, sermonnent la foule. Il y a peu, un d’entre eux a vu la Vierge Marie assise tout en haut de la Mosquée d’Omar.  Il a foncé dans les policiers qui l’empêchaient d’aller lui parler et bref, il s’est retrouvé à l’hôpital de Kvar Shaul.

Où les médecins l’ont accueilli avec beaucoup de flegme : des comme cela , ils en reçoivent une centaine par an. Dont, d’après leurs statistiques, 66% sont juifs et 33% chrétiens, (surtout protestants).  Après examen, 60%, considérés comme inoffensifs, sont relâchés.

Souvent, ils s’installent alors aux abords du Mur des Lamentations. L’un bénit tout qui passe à sa portée.  L’autre, tel le Roi David joue de la harpe en récitant des psaumes. Une femme nettoie l le sol en pleine nuit. Les touristes filment.

Restent 40% de cas plus sérieux. Les médecins psychiatres, les interrogent des fois que l’un d’eux se proclamerait Messie, « fils de Joseph ». Il y a alors risque de velléités suicidaires*. D’autres pourraient se révéler dangereux pour leur semblables durant leur sainte mission.

En général, après une semaine d’un traitement adapté, le syndrome disparait et les voyageurs rentrent chez eux, un peu plus sages peut être. Parfois, rarement, comme en 1969, ils en relâchent un trop tôt : ce touriste australien mit, par la suite, le feu à la Moquée al Aksa

Ce qu’on sait moins, c’est qu’il y a aussi des Israéliens qui sont aussi victimes du syndrome. Selon la journaliste Danièle Kriegel*,  cela pourrait être dû à la ferveur messianique qui sévit depuis des décennies dans le pays. Surtout dans la branche sioniste de l’ultra-orthodoxie***

A Jérusalem mais aussi dans les colonies de Cisjordanie, règne cette certitude que la création du « Grand Israël » aidera à la venue du Messie, laquelle est au demeurant sans cesse plus proche.

La puissante secte du Habad-Loubavitch, entre autres, annonce ainsi depuis une éternité (ou presque) que son retour est imminent****. Non sans succès. Selon un sondage récent, 51% des Israéliens juifs y croient .

Tout est prêt pour le Grand Soir

Or, parmi les conditions nécessaire à sa venue (ramener tous les Juifs en Israël, qu’ils étudient tous la Torah, etc.), il y a aussi l’exigence de rebâtir le Temple de Salomon. Ce à quoi se sont attelés depuis 1987, les membres de « L’institut du Temple ».

Se basant sur les textes bibliques, ils ont recréé par ordinateur sa configuration exacte, y compris en  3D. Et, comme un Temple vide serait une absurdité, ils ont aussi reconstruit tout ce qui sera nécessaire au culte.

Depuis les ornements des sacrificateurs jusqu’aux trompettes d’argent appelant le peuple à la prière en passant par les encensoirs, les vases en or pour les offrandes, ou les pichets à huile pour le Grand Chandelier, tout est prêt pour le Grand Soir.

Rien qui ne soit inoffensif et, par ailleurs, fort instructif (on peut visiter les réalisations de l’Institut). Passe aussi pour cette yeshiva qui forme uniquement ses étudiants au service du Temple. Si on a le bâtiment et les outils du culte, il faut bien que quelqu’un sache s’en servir.

Mais il existe aussi une vingtaine de groupuscules qui veulent accélérer la construction du Temple… en commençant par détruire les mosquées qui se situent sur son emplacement.  En 1984, la police avant démantelé l’un d’eux qui s’apprêtait à y poser des explosifs.

Depuis, s’ils semblent avoir renoncé à ce type d’actions, d’autre sont apparus comme  « Les fidèles du Mont du Temple » et « Le mouvement pour la construction du Temple »  qui préfèrent y aller par étapes.

Ils sont soutenus par quelques personnalités politiques dont l’ex député Arié Eldad (Union nationale) et Moshe Feiglin, qui dirige « l’aile dure » du Likoud. Ceux-là entendent d’abord se battre pour que les Juifs aient le droit de prier sur l’Esplanade des Mosquées.

Puis, pour partager entre juifs et musulmans les heures de prière dans la Mosquée Al Aksa. Ou si cela ne convient pas, autoriser les Juifs à prier « dans un endroit prévu à cet effet », une synagogue, quoi.

On remarquera que le cas d’A. Eldad s’agrave puisqu’il est passé de l’idée de transferer,  pierres par pierres, les mosquées dans un autre endroit à celle de les raser complétement.  Devant tant de bonne volonté et d’efforts, comment le Messie pourrait-il ne pas arriver ?

Finalement, et tout bien pesé, on préfère quand même les touristes…

*Selon la mythologie juive, il doit y avoir deux Messies : l’un, « Fils de Joseph » mourra dans la Bataille d’Armageddon. L’autre, « Fils de David » arrivera ensuite pour la Fin des Temps

**http://danielekriegel.wordpress.com/tag/syndrome-de-jerusalem/

*** « Jérusalem : l’autre guerre du mur » : http://www.cclj.be/article/2/4428

**** http://www.machiaharrive.com/

 

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