« Geler les relations avec les universités israéliennes », voilà ce que réclame la Fédération des étudiants francophones (FEF) dans sa motion votée le 13 avril dernier, avec une majorité de 85%… « Ce n’est en aucun cas une déclaration de guerre, nous voulons dépassionner le débat », temporise toutefois son président David Méndez Yépez.
A plusieurs reprises, par deux motions, la FEF avait déjà démontré son soutien aux étudiants palestiniens (2001) et appelé à la fin de l’occupation en votant un moratoire des accords de coopération entre les universités (2003). Aujourd’hui, c’est une nouvelle motion qu’elle a votée pour geler les relations entre les universités belges et israéliennes, portée depuis quelques mois par les étudiants de l’UCL (l’AGL est affiliée à la FEF qui compte 25 conseils étudiants francophones -Ulg, UMons, UNamur, St Louis, Haute Ecole Charlemagne…-, représentatifs de quelque 120.000 étudiants).
« L’AGL avait déjà voté la motion en décembre et l’avait porté une première fois devant le conseil fédéral de la FEF, mais nous voulions plus de temps pour l’analyser », explique le président de la FEF, David Méndez Yépez. « Elle a représenté sa motion en avril, où elle a été approuvée à 85% des voix (6% de non, 9% d’abstention) ».
De source interne, il semble que les choses n’aient pas été si simples, puisqu’il apparait que le débat du 13, plus houleux que prévu, a d’abord conduit à la démission du bureau de la FEF, lequel a dû être recomposé pour faire ensuite voter la motion.
Quoi qu’il en soit, le président de la FEF insiste : « Ce n’est pas une déclaration de guerre, nous voulons plutôt dépassionner le débat. Il faut une issue à ce conflit qui fait souffrir les Israéliens comme les Palestiniens, mais a un impact direct sur l’éducation de ces derniers, puisque 57% des Palestiniens, selon un rapport de 2009, doivent passer des check-points pour rejoindre leur établissement d’enseignement. Notre objectif n’est pas de boycotter la production intellectuelle israélienne, mais de geler temporairement les collaborations entre les universités belges et israéliennes. Nous estimons que beaucoup de recherches sont notamment liées à l’armement et ne vont donc pas dans le sens d’un processus de paix durable ».
Le président du CCOJB et professeur de l’ULB Maurice Sosnowski est stupéfait. « Y a-t-il un pays au monde qui mène des recherches sans y voir une éventuelle destination pour l’armée ? », relève-t-il. S’il se félicite que le bureau étudiant qui représente l’ULB à la FEF se soit opposé à la motion, Maurice Sosnowski se dit toutefois écoeuré par la démarche. « Le rôle d’un étudiant n’est-il pas d’être positif en essayant de voir comment améliorer la situation ? Le boycott implique que l’on nie l’interlocuteur. Comment améliorer une situation sans interlocuteur ? ».
Un débat constructif ?
Grâce à Maurice Sosnowski, l’Hôpital Bordet entretient des relations étroites avec l’Hôpital Hadassah de Jérusalem. Un nouveau partenariat s’est encore concrétisé tout récemment. « J’envoie mes étudiants à Hadassah, quant à l’UCL, un étudiant israélien s’y trouve actuellement en transplantation hépatique, pour retourner ensuite en Israël et mettre en pratique l’expérience qu’il aura acquise auprès de patients israéliens comme palestiniens. Le ministre palestinien de la Santé est venu il y a peu à Hadassah et s’est félicité de la formation des médecins. Si eux veulent cette coopération, comment nous, en Belgique, pouvons-nous nous y opposer ? ». Et de rappeler que les programmes Erasmus ont été une grande avancée, dans la mesure où ils permettent l’échange, le contact, d’apprendre sur l’Autre. « Isoler un camp et empêcher les gens de connaître l’autre constitue une véritable discrimination, qui contrevient en outre au rôle éthique, moral et éducatif de l’université », estime-t-il.
Si le président de la FEF affirme qu’Israël n’a pas l’exclusivité, faisant référence à des motions antérieures prises contre l’apartheid en Afrique du Sud (« Israël, à ce jour, poursuit une politique d’occupation et d’apartheid » pointe d’ailleurs la motion du 13 avril), contre la guerre en Irak ou en faveur des étudiants sahraouis ou chiliens, Maurice Sosnowski réitère son incompréhension face à ce qu’il qualifie d’« obstination ». « Israël est-il un pays différent ? », lance-t-il. « Pourquoi pareille motion n’est-elle pas prise pour geler les relations avec les universités syriennes alors que se déroule dans ce pays un vrai massacre, ou avec la Chine, qui ne semble pas être un exemple en matière de droits de l’homme, et avec laquelle pourtant existent des accords bilatéraux ».
La motion devra pour être effective encore être présentée au conseil d’administration de l’ULB. « Mais », assure David Méndez Yépez, « nous tenons d’abord à un travail de sensibilisation auprès des étudiants et des conseils locaux, nous voulons un débat constructif où chacun pourra s’exprimer librement ». « Si demain, une université devait voter ce type de mesure », conclut Maurice Sosnowski, « je crains beaucoup pour l’humanité et pour l’humanisme. En ce qui me concerne, jamais je ne l’accepterai ».
Lire le démenti du président de la FEF.
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