Selon les médias américains, Howard Gutman, ambassadeur des Etats-Unis en Belgique, aurait eu recours avec régularité à des prostituées –y compris des mineures. Le diplomate dément avec indignation. Décryptage d’une affaire aux multiples ressorts.
–Les accusations. L’affaire a été révélée par le New York Post*. Le quotidien se base sur le rapport d’une ex-enquêtrice du Département d’Etat (Ministère des Affaires Etrangères américain) , Aurelia Fedenisn.
Selon elle, « l’enquête a démontré que l’ambassadeur (Gutman) abandonnait systématiquement son détachement de sécurité afin de solliciter les faveux sexuelles de prostituées et de mineures d’âge »
–La défense. Réaction de H. Gutman : « Je suis en colère et attristé par les allégations sans fondement qui sont apparues dans la presse et je suis anéanti de voir ces quatre années durant lesquelles j’ai eu l’honneur de servir en Belgique salies d’une telle façon »
–De qui s’agit-il ? Howard W. Gutman, 57 ans, issu d’une famille juive polonaise, est avocat de carrière –un des meilleurs de Washington, selon les médias. Membre du parti démocrate, il a été nommé en 2009 ambassadeur en Belgique par le président Obama.
–Pourquoi en parle-t-on ? Encore que cela n’ait aucun rapport avec ce qu’on lui reproche, il se trouve que M. Gutman est juif, ce qui entre dans notre « créneau » d’informations.
Qui plus est, il affiche, comme nous ,une position rationnelle et modérée sur le conflit du Moyen Orient. Il a d’ailleurs rendu visite au CCLJ en 2010**
–Une victime « collatérale » . L’affaire va beaucoup plus loin que « le cas Gutman ». Car ce rapport provient de l’Inspection générale du ministère des Affaires étrangères, chargé de la sécurité du secrétaire d’Etat (Hillary Clinton de 2009 à 2013) et de l’ensemble des diplomates américains.
Il dénonce, entre autres, le « recours systématique » à des prostituées par les agents chargés de la sécurité de Mme Clinton lors de ses voyages officiels à l’étranger.. Une « pratique endémique » , selon le rapport.
Qui évoque aussi une dizaine d’autres personnalités aux mœurs « dissolues » comme Brett McGurk, un proche d’Obama, pressenti comme ambassadeur en Irak et qui aurait entretenu une maîtresse. Et donc, H. Gutman.
Cerise sur ce drôle de gâteau : il y aurait aussi un « réseau clandestin de trafic de drogue » à l’ambassade des Etats-Unis de Bagdad qui fournirait des produits stupéfiants aux gardes chargés de sa sécurité…
-Mensonge d’Etat ? On sait à quel point ce type d’accusations peuvent être dévastatrices dans les pudibonds autant qu’hypocrites cercles du pouvoir américain. Surtout, si elles s’accompagnent de dissimulation des preuves.
Or, c’est précisément l’accusation que porte Aurélia Fedenisn. Retraitée depuis peu, l’auteure du rapport affirme que le sous-secrétaire d’Etat Patrick Kennedy aurait ordonné à l’agent chargé d’enquêter sur H. Gutman de cesser ses investigations et de revenir au pays.
Et d’après certains médias , Hillary Clinton serait intervenue en personne pour « couvrir » son ami Brett McGurk… A Fedenisn se plaint aussi que le rapport préalable qu’elle a remis en décembre 2012 à sa hiérarchie ait été censuré.
On aurait systématiquement ôté de la version finale, publiée en mars 2013, toutes les accusations d’actes « délictuels ou criminels » reprochés à de hauts fonctionnaires. On a entamé des procédures « d’impeachment » pour moins que cela…
-Une affaire hautement politique. Les Républicains ont repris la balle au bond pour s’en prendre à l’Administration Obama. Il faut dire que l’occasion était trop belle : ils avaient déjà l’Inspection générale dans leur collimateur pour « l’affaire Benghazi »
Ils lui reprochaient ses ratés en matière de sécurité lors de l’attaque perpétrée en septembre 2012 contre leur ambassade en Libye. Des islamistes avaient alors tués 4 Américains dont l’ambassadeur lui-même. Si, en plus, l’Inspection était « sous influence »…
Mais au-delà, ils visent bien plus haut : l’ex Secrétaire Clinton , son successeur, John Kerry et celui qui les a nommés : le président des Etats-Unis en personne et l’ensemble de sa stratégie diplomatique…
Et ils font tout ce qu’ils peuvent pour que l’affaire prenne de l’ampleur : le président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants (un Républicain) a adressé une mise en demeure à John Kerry.
Il exige des explications sur « les allégations de mauvaise conduite au sein du département d’Etat et d’ingérence de hauts responsables ministériels dans des enquêtes ». De son côté, le Département d’Etat joue la prudence
Selon sa porte-parole, toutes ces accusations « ont fait ou font l’objet d’enquêtes minutieuses » tout en précisant qu’au stade actuel, il n’y avait aucune preuve de la véracité de ces attaques.
-Présomption d’innocence. On est loin, on le voit, des turpitudes supposées d’Howard Gutman. « Supposées », puisque, jusqu’à preuve du contraire, il doit être considéré comme innocent. Seule une enquête judicaire peut, éventuellement, démontrer sa culpabilité.
Ce qui ne serait pas le cas même s’il était prouvé qu’il fréquente des call-girls : ce n’est pas un délit en Belgique. Juste une affaire entre lui et son épouse. Bien sûr, si par contre, des mineures étaient concernées…
Mais tout cela restera sans doute au stade des hypothèses : aucune plainte n’a été déposée et ni le Parquet de Bruxelles ni le Parquet fédéral ne se sont saisis de l’affaire. Et, de toute façon, il est prévu que M. Gutman quitte son poste fin juillet…
Dans ces conditions, on aura peut être jugé en haut lieu qu’il était urgent d’attendre plutôt que de se mêler d’un règlement de comptes au couteau entre les deux grands partis américains. Une attitude tout ce qu’il y a de diplomatique…
*http://www.nypost.com/p/news/national/hillary_sorry_state_of_affairs_YVapkHqM3mz6CVjehZOh7K
** « L’ambassadeur des Etats-Unis au CCLJ » http://www.cclj.be/article/3/1479
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