« Scandale »… « Déshonneur »… « Trahison »… Les droites dures israéliennes et juives n’ont pas eu de mots assez forts pour parler de Bertrand Delanoë lors de son séjour au Moyen Orient du 11 au 15 juin.
Grosse colère à droite lors de la visite du maire de Paris, Bertrand Delanoë en Israël et dans les territoires occupés : certes, il a eu des entretiens chaleureux avec le président Pérès, le 1er Ministre Netanyahou, Tzipi Livni, la ministre de la Justice etc.
Mais est-ce que cela compte dès lors qu’il a aussi vu Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne ? Plus grave encore, il a accepté un « passeport » le nommant « citoyen d’honneur de la Palestine ».
Pire, durant un discours à Jérusalem-Est, il a parlé en faveur de la paix : « J’ai envie de dire aux jeunes Palestiniens et aux jeunes Israéliens: renversez les barrières et créez (…) ces deux Etats dignes, en sécurité, dans le respect et les entreprises communes »
Et il a touché le fond en concluant : « J’espère revenir ici dans quelques mois ou quelques années et aller à Al-Quds, capitale de l’Etat palestinien, Jérusalem aussi, capitale de l’Etat d’Israël »
Les médias de droite s’en sont étouffés de colère tout en s’échinant à définir avec précision l’attitude du Maire de Paris. Contre le gouvernement israélien, cela va de soi. Mais aussi d’évidence antisioniste
Selon tel très énervé site, « Bertrand Delanoë est un fidèle ami du terrorisme palestinien » Ne s’est-il pas prononcé en 2011 pour un Etat palestinien à part entière à l’ONU ? Sans oublier qu’ en 2010, il a inauguré une place à Paris dédiée au poète palestinien Mahmoud Darwish.
Antisioniste mais aussi antisémite : en avril 2012, M. Delanoë a reçu le terroriste Salah Hamouri* après sa libération. « Et on s’étonne, écrit tel autre site, « de voir des actes antisémites se développer allant jusqu’à l’attentat terroriste ! »
Outre qu’il est donc responsable des crimes de Mohammed Mérah, B. Delanoë délaisse clairement le vote juif pour draguer les musulmans : il fait construire un «Institut des cultures musulmanes » et rénover des mosquées. Il célèbre même la fin du ramadan à la mairie !
On s’étonne qu’aucun de ces médias n’ait ajouté à ces preuves d’un antisémitisme avéré, l’élection en avril 2013 de la « meilleure baguette de Paris » : la marie a proclamé un Tunisien vainqueur ! Même dans les années 1930, on n’avait pas osé…
« Une décision qui rappelle la période de l’entre-deux guerres ».
Bien sûr, de mauvais Juifs pourraient faire remarquer qu’il s’agit d’un portrait particulièrement biaisé. Ils pourraient rappeler cette déclaration de « l’antisioniste « Delanoë du 14 mars 2008 :
« Le peuple juif, en voulant bâtir sur la terre de son histoire ancestrale, un petit pays où il lui fût permis de parler sa langue, de planter ses arbres et de prier son Dieu, a écrit, tout simplement, une nouvelle page du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »
Ou faire remarquer qu’outre la place Mahmoud Darwich, B. Delanoë a inauguré une « Esplanade Ben Gourion ». Que, s’il a reçu Salah Hamouri, il a surtout nommé le soldat Gilad Schalit, citoyen d’honneur de Paris et placé son portrait géant sur la façade de la mairie.
Ou encore que cet « antisémite » a déclaré en 2010 : « Les juifs de Paris sont une part de l’âme de Paris. Paris est une ville diverse. Elle doit dire merci pour tout ce qu’elle reçoit en terme d’identité, de culture, de spiritualité, … Et la part juive est une part importante »
Qu’il participe chaque année à la cérémonie du Nouvel An juif comme à celle de Hanoukka. Ou qu’en septembre 2012, il a écourté une séance du Conseil de Paris pour cause de Yom Kippour. Une entorse a la laïcité qui lui a d’ailleurs valus de vifs reproches (qu’on se permet de trouver justifiés)
Mais la vraie cause de ces accusations quelque peu… excessives, disons, c’est que, juste avant le départ de B. Delanoë pour Israël, ce même Conseil de Paris s’est prononcé en faveur d’un étiquetage spécifique pour les produits issus des colonies.
Ce que cette droite considère comme « un appel au boycott d’un pays ami », c’est-à-dire « une décision discriminatoire qui rappelle la période de l’entre-deux guerres ». Qu’en termes galants…
On reconnait bien là les glissements sémantiques qui tiennent lieu de raisonnements aux ultra-sionistes. Déjà demander un tel étiquetage n’est pas un appel au boycott mais une information au consommateur. Lequel reste ensuite libre d’acheter ou non.
D’autre part, on se demande à quel titre ces marchandises pourraient être considérées comme israéliennes puisqu’elles proviennent de Cisjordanie, un territoire que le gouvernement d’Israël lui-même considère comme « disputé».
Serait-ce parce qu’elles sont produites par des Israéliens ? A cette aune, les agriculteurs arabes d’Israël ne pourraient-ils revendiquer un étiquetage « Product of Palestine » pour leurs fruits ou légumes ?
Mais qu’importe à cette droite dure : à ses yeux, Bertrand Delanoë est un antisioniste et un antisémite. Comme tous ceux qui considèrent que les territoires occupés ne sont, ni en tout ni en partie, israéliens.
Soit le reste de l’univers, (Etats-Unis y compris) parmi lequel une bonne partie des Juifs de diaspora et des Israéliens eux-mêmes. Bien sûr, on peut toujours se dire que ces gens là sont les seuls sages dans un monde de fous. On peut. Mais on n’est pas obligé.
*De 2006 à 2011, la polémique a fait rage sur le soutien accordé par la France à deux de ses binationaux : d’une part, le soldat franco-israélien Gilad Schalit, kidnappé par le Hamas et de l’autre, le franco- palestinien Salah Hamouri, emprisonné en Israël pour terrorisme.
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