La grande guerre des Grands Rabbins

La percée des sionistes-religieux* aux dernières élections a relancé leur guerre avec les ultra-orthodoxes. Entre autres sur la prochaine élection des Grands Rabbins d’Israël.

Mauvaise année pour les ultra-orthodoxes : des décennies qu’ils dominaient le monde religieux et participaient aux gouvernements successifs de l’Etat d’Israël. Et voici qu’en quelques mois, ils ont subi défaite sur défaite.

En janvier, ils ont subi un revers lors des élections législatives. En mars, ils ont été remplacés au gouvernement par leurs frères ennemis de Maison Juive . Dans la foulée, ils ont perdu de l’argent, des places, de l’influence…

La nouvelle coalition entend aussi obliger leurs étudiants à faire l’armée et travailler, bref, devenir  utiles à eux-mêmes et à la société. Et voici qu’ils sont risquent de perdre un des prestigieux postes de Grands Rabbins d’Israël**. Voire les deux…

Car la prochaine élection, qui a lieu tous les 10 ans, se tiendra ce 24 juillet. Et si l’actuel Grand Rabbin sépharade, Shlomo Amar a des chances d’être réélu, ce n’est certainement pas le cas pour Yona Metzger, son homologue ashkénaze.

Il doit répondre, selon la police, de « soupçons de corruption, vol, abus de confiance et blanchiment d’argent ». Une sorte d’habitude chez ce saint homme : déjà en 1998, alors qu’il était grand rabbin de Tel Aviv, il avait été accusé de contrefaçon et de concussion.

Il aurait imité des signatures sur des contrats de mariages et réclamés des sommes indues aux couples qu’il mariait. En 2003, il avait été accusé de harcèlement sexuel par quatre hommes. Et en 2005, d’avoir reçu de coûteuses faveurs d’un grand hôtel de Jérusalem.

Il s’en était tiré à chaque fois, soit par manque de preuves ; soit grâce à l’appui de l’establishment ultra-orthodoxe. Lequel avait aussi appuyé son élection comme Grand Rabbin en 2003.  

Mais, avec cette nouvelle accusation, il sera difficile au rabbin Metzger de briguer un 2ème mandat. D’autant qu’un député de Hatnua, le très laïc parti de Tzipi Livni, a déposé un projet de loi pour modifier la composition du corps électoral chargé d’élire les Grands Rabbins.  

Actuellement, il se compose de 150 membres dont 80 rabbins et 70 représentants de la société. Dont une bonne partie sont membres ou proches du Shass, le parti ultra-orthodoxe sépharade.

Le projet prévoit de passer à 200 membres, dont 105 rabbins. Et, parmi ceux-ci, il y en aurait 20 issus des communautés agricoles (où le Shass n’est pas implanté) et 10 autres choisis par le Ministère de la Justice, détenu par… Tsipi Livni.

« Un homme méchant, sans la moindre crainte de Dieu »

Par ailleurs, tous ceux qui en ont assez de la domination des ultra-orthodoxes, Maison Juive, et les partis laïcs ont décidé de soutenir la candidature  David Stav, de la tendance sioniste religieuse, comme  prochain grand rabbin ashkénaze.

Celui-ci est connu, entre autres, pour son appartenance à Tzohar  («Ouverture »), un mouvement de rabbins qui cherche à se rapprocher du monde laïc plutôt que de l’affronter. Une de leurs initiatives a d’ailleurs rencontré  un vif succès :

Ils proposent d’unir les couples qui veulent se marier dans la religion mais refusent de passer par le rabbinat orthodoxe, histoire d’éviter sa bureaucratie… et ses prix. Les rabbins de Tzohar célèbrent les noces sans chichis. Et gratuitement.

De quoi faire grimper aux rideaux les ultra-orthodoxes et, entre autres, le rabbin Ovadia Yosef, chef spirituel du Shass. Lequel, avec la modération langagière qui le caractérise, s’en est pris au candidat David Stav :

« C’est un homme méchant, sans la moindre crainte de Dieu… Il n’est pas digne de devenir Grand Rabbin… Il ne mérite rien du tout. Cet homme est dangereux pour le judaïsme, pour le grand rabbinat, pour la Torah. ! » Ambiance… Ceci étant, plus grand monde ne s’émeut des diatribes du vénérable vieillard.

Et on discute beaucoup dans les couloirs de la Knesset d’un nouveau deal : les ultra-orthodoxes accepteraient David Stav et les sionistes religieux, le Grand Rabbin sépharade, Shlomo Amar qui brûle de se représenter. Pour la plus grande gloire de Dieu, bien entendu.

*Pour rappel, la religion juive se divise en nombre de courants. En terre sainte, ce sont les ultra-orthodoxes et les sionistes religieux qui dominent. Les premiers rejettent ou soutiennent du bout des lèvres Israël car seul le Messie peut créer un Etat juif.

Les seconds au contraire, considèrent qu’il fait partie du plan Divin et que la création du « Grand Israël » amènera la venue du Messie

**Voir :  http://www.cclj.be/article/4198

 

 

 

 

 

]]>