Après avoir dénoncé une pièce de théâtre antisémite jouée à l’Université de La Rochelle, Michel Goldberg*, professeur enseignant dans cette université, fait l’objet d’une campagne calomnieuse sur le forum du site internet de l’Université de La Rochelle. Nous avons recueilli son témoignage alors qu’il se retrouve aujourd’hui stigmatisé par ses pairs et ceux qu’il pensait être ses soutiens légitimes.
Comment cette affaire de pièce antisémite a-t-elle commencé ?
Michel Goldberg : Dans le cadre du festival La Semaine des étudiants à l’affiche, organisée chaque à année par l’Université de La Rochelle, un de mes étudiants m’informe qu’il joue dans une pièce de théâtre. Pour lui faire plaisir et par curiosité, je vais voir la pièce en question. Cette pièce intitulée Le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale est présentée sur la plaquette de l’Université comme une dénonciation de la folie du monde de la finance au travers d’une banque dont le nom est Goldberg & Co ! Elle a été écrite par des étudiants avec Eric Noël, un auteur québécois en résidence, et mise en scène par Claudie Landy.
Que découvrez-vous le soir de la représentation ?
M.G. : Cette pièce décrit une banque répugnante : elle mise sur les enfants à naître plutôt que sur les actions en bourse et collabore avec la mafia. Il y a le banquier juif, Richard Goldberg, à la tête de la fameuse Goldberg & Co, qui est assassiné. Puis, sa fille Martha Goldberg apparaît, et dans une longue tirade, elle explique comment les Juifs ont échappé à la crise financière en se cachant et en attendant que les peuples se tapent dessus. Maintenant que la crise est finie, elle ajoute que les Juifs peuvent recommencer à tromper les peuples « parce qu’avec la Goldberg & Co, les affaires ne finissent jamais ». Et cette longue tirade revient à deux reprises. Dans cette pièce, on trouve aussi les Cohen, deux ultra-orthodoxes très vulgaires adeptes des bordels et à la recherche de criminels nazis. Et comme on en a ras-le-bol de voir ces Cohen rechercher un pauvre criminel nazi obligé de se cacher dans un bordel, un comédien bondit et met dans la main d’un des Cohen une liasse pleine de billets. Soudain, il n’a plus aucun grief contre ce nazi et il lui serre la main !
Qu’avez-vous fait après la représentation ?
M.G. : C’était terrible, car la salle applaudissait et en sortant j’ai encore entendu les gens dire du bien de la pièce. Dès que je suis arrivé à la maison, j’ai écrit au président de l’Université et à la vice-présidente à la culture. Cette dernière m’a répondu que c’était du second degré et qu’il s’agissait en réalité d’une pièce ayant pour objet de dénoncer les préjugés antisémites. Ce qui n’est absolument pas le cas, parce qu’elle réactive ces préjugés et qu’elle associe les Juifs à cette finance folle.
Et comment a réagi le président de l’Université de La Rochelle ?
M.G. : Pendant 15 jours, Gérard Blanchard, le président de l’Université de La Rochelle, a refusé de me répondre lorsque j’ai tenté de l’alerter sur la gravité de cette pièce. J’ai donc fait appel à un médiateur de l’Education nationale et j’en ai informé Gérard Blanchard. Dans la demi-heure, il me répond et me promet que l’affaire sera réglée en interne dans les plus brefs délais. Lorsque je me retrouve enfin devant le président et son équipe, je m’aperçois que toutes ces personnes me répètent ce que la vice-présidente m’a dit sur le soi-disant second degré d’une pièce de théâtre dénonçant l’antisémitisme. Ils refusent d’admettre l’évidence, à savoir que cette pièce est nauséabonde. Pourtant, je dois dire que le président de l’Université de La Rochelle est un homme que j’estime beaucoup. Si je peux enseigner l’analyse des controverses scientifiques en faculté des sciences, c’est grâce à lui.
Avez-vous alerté le monde du théâtre ? M.G. : Je fais appel à des metteurs en scène et des professeurs de théâtre connus. Ils m’ont tous répondu que cette pièce est bel et bien antisémite et qu’elle n’a pas sa place l’université. Ainsi, Daniel Mesguish, l’acteur et directeur du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, a publié une lettre ouverte dans laquelle il considère cette pièce comme « dégageant des relents bien nauséabonds ». Il termine sa lettre en précisant : « qu’en tant qu’homme de théâtre, et sans aucunement présumer des intentions du metteur en scène, dont je respecte a priori le travail, je dis que ce texte est infamant et dangereux ».
Ces soutiens du monde artistique ont-ils ramené à la raison les autorités universitaires ? M.G. : Non. Comme l’Université de La Rochelle continue de pratiquer l’autisme, j’ai attiré l’attention d’une journaliste du Figaro qui a rédigé un article sur cette affaire. A ce moment-là, Gérard Blanchard envoie un mail à tout le personnel et publie ce texte sur le site officiel de l’université. Sans jamais me nommer, il indique qu’il y a parmi nous un collègue isolé qui continue de se plaindre et il résulte de cette affaire un grave discrédit sur l’Université de La Rochelle. Dans les commentaires publiés sur le forum en ligne de l’Université à la suite de ce texte, il y a 30 pages d’attaques violentes à mon encontre. Je suis littéralement flingué. Je suis ostracisé : des collègues plutôt sympathiques et gentils n’osent pas se prononcer et certains évitent même de me croiser et de me saluer. Désormais, la vie sociale est devenue très difficile dans cette université, et j’apparais même comme un ennemi aux yeux de certains.
Bénéficiez-vous de soutiens politiques ? M.G. : Le maire socialiste de La Rochelle, Maxime Bono, a déclaré devant le président de ma communauté qu’il considère cette pièce comme antisémite et m’a promis de réagir. Le député PS de La Rochelle, Olivier Falorni, figure aussi parmi les signataires qui me soutiennent. La direction nationale du syndicat enseignant SNESUP a dénoncé l’antisémitisme de cette pièce dans un communiqué, mais sa section locale ne cesse de m’attaquer de manière bête et méchante.
Et votre université ? M.G. : Mes trois soutiens les plus légitimes, à savoir le président de mon université, le syndicat SNESUP et la Ligue des droits de l’homme sont vent debout contre moi. Et aujourd’hui cette pièce de théâtre n’est pas seulement acceptée et assumée par les autorités de cette université : la metteuse en scène a été reconduite dans ses fonctions l’année prochaine. Et lorsque la LICRA demande aux autorités universitaires de lui communiquer des renseignements sur Eric Noël, l’auteur québécois de cette pièce, pour que la communauté juive de Montréal en soit informée, celles-ci lui opposent une fin de non-recevoir. Heureusement, la ministre s’est engagée à ce que la pièce ne soit plus jouée.
Comment envisagez-vous l’évolution de cette affaire ? M.G. : Bien que la LICRA considère que cette pièce est antisémite, elle a des doutes sur les chances d’une victoire judiciaire en raison des règles protégeant la liberté d’expression. Si rien ne se passe, je n’ai d’autres choix que de quitter cette université, car il m’est impossible d’y travailler dans de pareilles conditions. S’il ne se trouve personne pour dénoncer les nombreuses pages d’insultes à mon égard sur le site officiel de l’université, alors je n’y ai plus ma place. Le petit Juif de l’Université de La Rochelle doit dégager et elle deviendra la première université libérée de présence juive en faculté des sciences.
Pour plus d’informations et pour soutenir Michel Goldberg, consultez https://sites.google.com/site/atelierecriturelarochelle/z-z
* Homme résolument de gauche, Michel Goldberg est le fils de Sarah Goldberg, résistante communiste ayant appartenu à l’Orchestre rouge.
]]>