Tel-Aviv cultive son image de ‘Pink City’

Considérée comme l’une des métropoles les plus « gay friendly » de la planète, la capitale économique israélienne soigne sa communauté LGBT. La candidature de Nitzan Horowitz, un parlementaire du Meretz qui revendique son homosexualité, pour les municipales du 22 octobre 2013, en est une preuve supplémentaire.

Le vendredi 7 juin 2013, sous un soleil radieux, la première cité hébraïque a célébré sa 20e Gay Pride. Un évènement festif réputé dans le monde entier, qui a attiré un nombre record de 100.000 personnes, parmi lesquels 25.000 touristes dont le couple le plus célèbre de France (lire encadré). Parmi les participants ont afflué des laïques comme des porteurs de kippa, ainsi que la quasi-totalité de la classe politique israélienne, de Limor Livnat (Likoud) à Shelly Yachimovitch (Avoda), en passant par Zahava Gal-On (Meretz). Cette forte visibilité des parlementaires n’est pas étrangère à la tenue -le 22 octobre- des prochaines élections municipales dans le pays. Mais pas seulement.

Car Tel-Aviv s’est bel et bien imposée comme l’une des métropoles les plus « gay friendly » de la planète, titre qui lui a été décerné en 2011 à l’issue d’un sondage réalisé par le magazine GayCities, tandis que la communauté gay israélienne reste l’une des plus dynamiques du monde occidental. Et ce, en un temps record. Cette situation résulte d’une situation très paradoxale. Dans un pays où la séparation entre l’Etat et la religion n’existe pas, où le mariage civil est aux abonnés absents, et où la dépénalisation de l’homosexualité n’a été entérinée qu’en 1988, les couples du même sexe bénéficient d’une législation qui leur est très favorable. De nombreuses avancées ont été obtenues, grâce aux décisions d’une haute Cour de justice très libérale.

Une Knesset « gay friendly »

Le droit à l’adoption d’enfants biologiques ou non biologiques a ainsi été reconnu pour les couples du même sexe (entre 2005 et 2008), avec dans les deux cas, la possibilité pour le conjoint d’adopter les enfants de son partenaire; par ailleurs, des couples gays peuvent bénéficier d’un congé de paternité (2009); ils peuvent enfin faire reconnaître un enfant né d’une gestation par autrui (GPA) à l’étranger (2008), cette méthode de procréation étant réservée en Israël aux couples hétérosexuels. Les gays religieux ont créé des associations, comme Havruta (pour les gays), Bat Kol (pour les lesbiennes) ou encore HOD (initiée par le Rav Ron de Natanya), qui aident les homosexuels à gérer leur situation, et dont certaines défilent lors des Gay Pride israéliennes.

Enfin, de l’avis de l’Open House de Jérusalem (le centre gay et lesbien de la capitale israélienne), la dernière Knesset, sortie des urnes lors du scrutin du 22 janvier 2013, est l’une des plus « gay friendly » que le pays ait jamais connues… Un contexte qui ne peut que faire avancer la cause de la communauté homosexuelle israélienne. Même si Tel-Aviv, la « bulle », est considérée comme un monde à part. C’est ainsi que les habitués du Centre gay et lesbien de Tel-Aviv, basé à Gan Meir, préparent déjà leur prochaine bataille : la possibilité de recourir à la gestation par autrui en Israël. Cette revendication n’est pas neutre, dans une société où le droit à l’enfant est considéré comme fondamental, et à l’heure où les gays israéliens expriment ouvertement leur désir de « mettre au monde » un à plusieurs enfants… Elle risque toutefois de buter contre une franche hostilité.

 

Nitzan Horowitz, premier maire gay d’Israël ?

Cela ressemble à un pari difficile, mais pas impossible. Début mai, le parlementaire du parti Meretz, Nitzan Horowitz, a officiellement présenté sa candidature pour les municipales de Tel-Aviv qui se tiendront le 22 octobre 2013. Agé de 48 ans, l’ancien journaliste d’investigation qui a grandi à Rishon Le Tzion et revendique ouvertement son homosexualité n’est pas donné gagnant dans les sondages face au maire sortant du Parti travailliste, Ron Huldai. Il n’empêche que ce très médiatique représentant de la gauche radicale, qui a fait son entrée à la Knesset lors des élections de 2009, espère devenir le premier maire gay d’Israël.

Au sein du Parlement israélien, Nitzan Horowitz a poussé des propositions de loi en faveur du mariage civil, de la défense de l’environnement, dans le domaine de l’éducation ou encore pour protéger la création littéraire. L’ex-commentateur des affaires étrangères -il a été basé à Washington et à Paris- s’est également battu pour faire avancer les droits de la communauté gay, en créant en 2009 le premier lobby en faveur de la communauté homosexuelle à la Knesset. La même année, il avait annoncé son intention de boycotter toute visite du Pape Benoît XVI en Israël, en raison de l’hostilité du souverain pontife à l’usage des contraceptifs. « Il est difficile de dire combien de pauvres hommes et femmes en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud ont contracté le virus du SIDA à cause de cette attitude bornée, mais ils sont certainement très nombreux », avait-il alors déclaré.

Reste qu’à Tel-Aviv, Nitzan Horowitz ne possède pas le monopole de l’électorat gay. Le maire sortant n’a en effet pas ménagé ses efforts pour soigner cette communauté. L’an dernier, la mairie de Tel-Aviv a ainsi investi plus de 540.000 dollars en faveur de la communauté locale gay. Le budget de la Gay Pride s’élève à 160.000 dollars, tandis que 60.000 dollars ont été consacrés pour la première fois à la promotion du tourisme gay dans la cité balnéaire. « Jadis, parmi les villes gay friendly, on citait San Francisco ou Berlin, pas Tel-Aviv » a indiqué Ron Huldai à l’occasion de la Gay Pride 2013. « Désormais, au terme de plusieurs années de travail, Tel-Aviv compte une communauté gay forte, fière et dynamique, qui a marqué des points importants ».

 

Le premier couple homosexuel de France, invité-surprise

Près d’une semaine après leur très médiatique union, le 29 mai 2013 à Montpellier, Vincent Autin et Bruno Boileau, premier couple homosexuel marié de France, ont effectué un séjour de quatre jours en Israël, pour assister à la Gay Pride de Tel-Aviv. Répondant à l’invitation de la mairie de Tel-Aviv et de l’agence de tourisme Tel-Aviv Global Tourism, les époux Autin-Boileau n’ont pas dissimulé leur surprise. « Nous avons reçu cette invitation très spontanée quelques jours avant la Gay Pride de Tel-Aviv. Seules Tel-Aviv et Rome ont eu l’idée de nous inviter (NDLR : tous frais payés) à venir assister à leur Gay Pride, compte tenu de l’importance symbolique de notre union », a confié Vincent Autin, qui travaille comme responsable associatif.

Hébergés par l’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, dans sa résidence de Jaffa, les invités d’honneur de la Gay Pride 2013 de Tel-Aviv avaient déjà participé à la Gay Pride de Montpellier, Vincent Autin assurant la présidence des Gay Pride du Languedoc Roussillon. Il s’agissait pour les deux époux de leur premier voyage en Israël. « Je connaissais juste mes homologues israéliens rencontrés voilà trois ans lors des réunions de préparation pour l’Europride 2013 », manifestation à laquelle la ville de Tel-Aviv était candidate avant que Marseille ne l’emporte.

Les époux Autin-Boileau se sont déclarés d’autant plus honorés par cette invitation qu’Israël fait figure d’exception au Moyen-Orient, où les membres de la communauté gay et lesbienne se « font violenter ou lapider », ont-ils précisé. « Nous sommes aussi des citoyens du monde, il est important à nos yeux de manifester notre engagement dans d’autres pays ».

Evoquant les mois de bataille autour de la loi française pour le mariage pour tous, le couple a estimé qu’il est « important qu’une société n’évolue pas par la peur ou par l’hypocrisie ». Concernant la prochaine bataille pour la PMA (procréation médicale assistée, qui sera discutée à l’automne dans le cadre de la loi pour la famille), les deux époux ont rappelé qu’ils disposaient désormais d’un livret de famille et qu’ils souhaitaient des enfants. « Nous avons huit neveux et nièces et on voudrait qu’ils aient des cousins et des cousines », ont-ils indiqué lors de leur séjour à Tel-Aviv… qui n’a pas fait office de lune de miel. Les époux ont prévu de célébrer leur union au Brésil dans les prochains mois.

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