Dernière en date, une enseigne thaïlandaise du Kentucky Fried Chicken (KFC) rebaptisée « Hitler Fried Chicken » pour mieux appâter le client… Depuis peu, le « nazi-chic » se décline à toutes les sauces en Inde, en Chine ou en Malaisie. N’aurait-on en Asie rien retenu du passé ?
C’est un blogueur anglais, Andrew Spooner, qui le 9 juillet dernier a repéré ce restaurant de Bangkok et a publié la photo sur Twitter, faisant directement le tour de la toile. Et pour cause : le nom de la célèbre chaine de fastfood américaine Kentucky Fried Chicken s’y voit remplacé par celui d’Hitler, et la tête du colonel Sanders, fondateur du KFC, par celle du dictateur nazi en nœud pap.
Le Huffington Post qui a contacté la direction de KFC déclare qu’elle a condamné cette « violation de l’image de sa marque » et qu’elle va probablement porter plainte contre le restaurateur. Quant au blogueur lui-même, il affirme qu’ayant interrogé un employé sur place, ce dernier lui a répondu que le propriétaire pensait qu’Hitler serait « une bonne image »…
Du côté des touristes occidentaux, beaucoup se disent choqués par la commercialisation des tee-shirts à l’effigie de l’ancien dictateur, BD et autres produits pour enfants détournés. L’ambassadeur israélien à Bangkok, Itzhak Shoham, s’est dit pour sa part indigné, estimant que « ces effigies nazies blessent tous les Juifs et toutes les personnes civilisées ».
L’Europe, si loin…
En Thaïlande, mais aussi au Japon comme en Corée du Sud, le nazi-chic, comme on le nomme désormais, soit la libre utilisation des emblèmes du 3e Reich dans la mode vestimentaire et la culture populaire, cartonne. La mode a aussi fait son apparition en Chine, où certains n’hésitent pas à se livrer à d’insupportables mises en scène pour célébrer par exemple… un mariage : l’heureux élu se retrouvant déguisé en officier SS aux côtés de sa dame en satin blanc, entourés de figurants faisant le salut hitlérien, bergers allemands et mitraillettes…
« Aujourd’hui, il y a des Chinois qui vénèrent Hitler et le nazisme », confirme Meng Zhenhua, spécialiste du monde juif, professeur associé à l’Institut Glazer d’études juives de l’Université de Nanjing. « Mais c’est parce qu’ils pensent que la dictature est le système politique le plus adapté à la Chine. Ils ignorent les crimes commis par les nazis. En fait les Chinois ne sont pas très familiers de ce qui est arrivé aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. L’Europe c’est trop loin ». Il se veut toutefois rassurant : « Ces clichés n’annoncent aucun courant profond. La Chine n’a pas de tradition d’antisémitisme ».
Sans repères historiques, les Chinois se font toutefois une idée précise des Juifs en les voyant « intelligents, doués pour le commerce, malins ». Les livres qui les prennent d’ailleurs comme exemples pour s’enrichir abondent en librairie.
« Tendances » les uniformes et autres imageries liés à l’Allemagne nazie ? Quelle fascination pour les symboles du 3e Reich ? CNN y voit une méconnaissance de l’histoire et de l’idéologie raciste d’Hitler. D’autres l’expliquent par le fait que ces pays ont été le plus souvent isolés de l’influence culturelle nazie. Dans certaines parties du monde, la Seconde Guerre mondiale est enseignée comme une guerre conventionnelle, sans référence à l’idéologie politique. Hitler et le Parti nazi y sont vus comme des leaders charismatiques et puissants plutôt que des criminels de guerre.
Quoi qu’il en soit, ce phénomène, chez nous, choque. Pareille mode en Europe s’exposerait probablement bien vite aux poursuites. Parce que la liberté d’expression a heureusement ses limites.