S’il le veut, ce ne sera pas un rêve. Après tout, le chef du gouvernement israélien ne serait pas le premier « faucon » à comprendre que la survie d’Israël est plus importante que les colonies.
Il a suffi d’une phrase « J’ai le plaisir d’annoncer que nous sommes parvenus à un accord » du Secrétaire d’Etat américain John Kerry, ce 19 juillet pour que le cœur des amis d’Israël batte un peu plus vite. Un peu seulement.
Mais tout de même : et si, contre toutes probabilités, le 1er Ministre Netanyahou était vraiment résolu à sortir l’Etat juif du piège mortel où l’entraînent les colons de Cisjordanie ? Et si pour changer, il croyait à ce qu’il disait ?
« La reprise du processus de paix est dans l’intérêt stratégique d’Israël, a-t-il affirmé en précisant qu’il voulait « empêcher l’établissement d’’un État binational qui menacerait l’avenir de l’État juif ». Sages paroles, en vérité, quoique bien tardives
Mais, après tout, d’autres « durs » avant lui avaient fini par comprendre que la survie du pays était plus importante que les fantasmes d’une minorité, si exaltée soit-elle. Menahem Begin, Itzhak Rabin, Ariel Sharon, la compagnie est plus qu’honorable.
Supposons qu’il ne s’agit pas, comme si souvent de sa part, de gesticulations destinées à apaiser les Etats-Unis et rejeter la responsabilité sur les Palestiniens d’un éventuel échec. Posons que B Netanyahou est sérieux.
Admettons que de son côté, le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas n’a pas accepté parce qu’il se trouve coincé, sans légitimité, sans argent, sans soutien populaire. Et que lui aussi, est prêt à négocier et signer un vrai accord de paix.
Reste qu’ils sont tous deux singulièrement mal suivi par leurs classes politiques respectives. Depuis Gaza, le Hamas a immédiatement affirmé que M. Abbas « n’a aucune légitimité pour négocier au nom du peuple palestinien ».
Ce qui, juridiquement, n’est pas faux : son mandat de Président a pris fin en 2009. Par ailleurs, ce 18 juillet, son propre mouvement, l’OLP, n’est pas arrivé à s’accorder sur une éventuelle reprise du processus. La situation de B. Netanyahou n’est guère meilleure.
Son allié le plus proche, Avigdor Lieberman, chef du parti Israël Beteinu a expliqué qu’il ne servait à rien de négocier, le conflit avec les Palestiniens étant « insoluble ». Un autre de ses alliés, Naftali Bennett, (Maison juive ) a menacé de quitter le gouvernement :
« Si B. Netanyahou accepte le tracé des frontière pré- 1967 comme base de discussion ». Et le 1er Ministre n’a pas, lui non plus, son parti derrière lui. Début juillet, le comité central du Likoud est aux mains d’ ultra-nationalistes qui rejettent l’idée même d’un Etat palestinien.
Bien entendu, la signature d’un accord de paix satisfaisant bouleverserait ces rapports de force. Les Palestiniens seraient prêts à accepter beaucoup en échange d’un Etat indépendant. Et une majorité d’Israéliens en approuvent la création… si elle s’accompagne de la paix et la sécurité.
Négocier sur la façon de négocier
Mais, avant d’en arriver là, le chemin à parcourir est si interminable et pavé d’embûches qu’il donne le vertige. Déjà il a fallu six mois et six visites dans la région pour que J. Kerry débloque la situation figée depuis septembre 2010
Encore ne s’agit-il que d’un accord « sur les éléments de base qui permettront le début des pourparlers directs ». Dit en français, les deux camps ont accepté de commencer à négocier sur la manière dont ils vont négocier.
Ce sont ces pourparlers là que le Secrétaire d’Etat va entamer cette semaine à Washington avec le négociateur palestinien Saeb Erekat, la ministre Tzipi Livni et Itshak Molcho, conseiller personnel de B Netanyahou.
Ce sera la 1ère d’une série de réunions préparatoires d’une durée indéterminée. A Washington, on a précisé qu’aucune date n’est fixée pour aboutir. Et ce n’est que lorsqu’on se sera accordé sur la forme des négociations que commenceront les discussions de fond entre experts.
Celles-ci, selon J. Kerry, devraient durer au moins un an avant que B. Netanyahou et M. Abbas ne se s’engagent dans un dialogue politique direct d’une durée, elle aussi indéterminée. Ces laps de temps seront-ils suffisants pour régler tous les points en litige ?
La définition des frontières, le sort des colonies, celui de Jérusalem-Est, celui des réfugiés de 1948, la sécurité des Israéliens… toutes questions sur lesquelles les deux camps sont en désaccord total ?
Continuons à rêver : aucun événement « intérieur » (provocations, destructions, attentats, etc.) ou extérieur (crise avec la Syrie, le Hezbollah, l’Iran…) ne vient bloquer ce processus. Et admettons encore qu’un consensus se fasse sur la plupart de ces sujets.
Il faudrait encore que les deux dirigeants ne soient pas alors bousculés par des broncas politiques. Cela évité, il y aurait encore l’obstacle des référendums : B. Netanyahou a promis à plusieurs reprises d’en organiser un sur tout accord avec les Palestiniens
Et M. Abbas semble envisager d’en agencer un de son côté. Si tous deux le gagnaient, sonnerait l’heure du sang. Les extrémistes des deux camps déchaîneraient alors toute la violence dont ils sont capables pour mettre à bas l’ensemble du processus.
Tant de « si », tant de périls à éviter, tant de haines à canaliser pour faire mentir l’adage qui veut qu’au Moyen Orient le pire soit toujours certain. Et pourtant, l’homme ne peut s’empêcher de rêver.
D’ailleurs, quel autre chemin existe-t-il pour qu’Israël ne continue pas à se suicider ?
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