Ca y est : Israël dispose de deux nouveaux Grands rabbins. Leur élection a été aussi religieuse que politique : elle a donné un coup d’arrêt à la progression des sionistes religieux et montré que les ultra-orthodoxes sont loin d’avoir dit leur dernier mot
L’élection des nouveaux Grands rabbins d’Israël par un collège de 150 personnes (80 rabbins et 70 représentants de la société civile, dont nombre de maires) ce 24 juillet a été riche d’enseignements. Déjà, ce devrait être la dernière fois qu’il y en a deux.
Selon le ministre des Cultes, Naftali Bennett et celle de la Justice, Tzipi Livni, en tous cas. Ils ont annoncé que lors de la prochaine élection (en 2023…), il n’y en aura plus qu’un, la division entre Sépharades et Ashkénazes n’ayant plus lieu d’être.
De fait : même si les premiers n’ont pas oubliés les avanies et le racisme des seconds dans les années 1950 et 60, les nouvelles générations, israéliennes avant tout, ne tiennent plus guère compte de cette distinction.
Les seuls à s’accrocher à cette séparation sont les « haredim » (ultra-orthodoxes). Ceux du camp ashkénaze, parce que leur racisme est universel : ils rejettent les non-Juifs, bien sûr, mais aussi les Juifs laïcs et les Sépharades, y compris leurs homologues haredi.
De son côté, le Shass, parti ultra-orthodoxe strictement sépharade, -et qui n’aime pas grand monde non plus- veut conserver cet outil d’influence et de finance sur sa base électorale. Et aucun des deux n’est disposé à accepter l’autorité du camp d’en face.
Mais cela, ce sera dans dix ans. Parmi les candidats à l’élection actuelle, on a pu noter la présence de Shmuel Eliahyu, le rabbin sépharade de Safed, qui pourrait aussi concourir pour le titre de « Rabbin le plus raciste d’Israël ».
Ce partisan du massacre de masse des Palestiniens de Gaza afin de d’arrêter les tirs de roquettes (2007) a aussi lancé en 2010, un appel aux habitants de sa ville pour qu’ils ne vendent ni ne louent pas de logements à des Arabes.
Et bien, malgré ou grâce à cela, Sh. Eliahyu à obtenu 49 voix sur 150. Ce que, selon son degré d’optimisme, on considérera comme une victoire ou une défaite de ses idées. Plus intéressante encore, la défaite (54 voix) du rabbin réformateur David Stav, candidat des sionistes religieux.
Nombre de commentateurs israéliens voient dans cet échec la main de B. Netanyahou : si l’arithmétique électorale l’a contraint à prendre le parti Maison juive dans son gouvernement, il lui préfère toujours ses anciens alliés ultra-orthodoxes.
Il a donc fait voter « ses » maires pour leurs candidats. Ainsi, au cas où Maison juive décidait de quitter la coalition au pouvoir (par exemple, en cas de grands progrès des négociations avec les Palestiniens), le 1er Ministre disposerait-il d’une majorité de rechange.
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère
Quoi qu’il en soit, les deux vainqueurs, les rabbins Itzhak Yossef (sépharade) et David Lau (ashkénaze) qui ont obtenu 68 voix chacun, sont des ultra-orthodoxes purs et durs -même si le second a accompli son service militaire.
On n’a pas qualité pour juger si leurs travaux rabbiniques avaient la valeur nécessaire pour leur permettre d’accéder à ces postes prestigieux. Par contre, on a la capacité de comprendre que leur filiation n’a pas dû trop handicaper leur élection.
Car ce sont tous deux des « fils de » : l’un d’Israël Meir Lau, Grand rabbin ashkénaze de 1993 à 2003 et l’autre d’Ovadia Yossef, Grand rabbin sépharade (1973 -1983) et actuel chef spirituel du Shass.
En fait, celui-ci avait choisi comme candidat un autre de ses fils, Abraham Yossef. mais la justice le soupçonne « d’abus de confiance et de conflits d’intérêt », ce qui aurait fait désordre.
D’autant que le précédent Grand rabbin ashkénaze Yona Metzger est accusé de son côté de « de corruption, vol, et blanchiment d’argent ». Papa Yossef s’est donc rabattu sur Itzhak, tout aussi érudit et que nul, pour l’instant, n’accuse de quoi que ce soit.
Les citoyens israéliens se retrouvent, pour dix ans encore, sous la domination des ultra-orthodoxes. Ce sont donc eux qui auront la haute main sur leur statut personnel (conversions, mariages, divorces…) et une forte influence sur l’éducation religieuse de leurs enfants.
Une bizarrerie dans un pays démocratique que de donner autant de pouvoir à des gens membres de sectes dirigées d’une main de fer par leurs Saints Hommes. Des gourous à qui ils doivent une obéissance absolue…
Autre curiosité : les ultra-orthodoxes prétendent à la direction, religieuse mais aussi politique, d’un Etat dont, en bons antisionistes, ils contestent l’existence même…. le 1er Ministre donc été plus avisé de soutenir les sionistes religieux.
Lesquels, comme leur nom l’indique, sont, eux, des défenseurs avérés d’Israël et ont au demeurant une conception bien plus ouverte de la religion. Mais ce ne serait pas la première fois que B. Netanyahou aurait fait passer ses intérêts avant ceux du pays.
D’autre part, le messianisme échevelé des sionistes religieux et leur refus de toute paix avec les Palestiniens les rend tout aussi dangereux pour l’Etat juif que leurs frères ennemis ultra-orthodoxes. Pauvres Israéliens, coincés entre la peste et le choléra des fondamentalismes…
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