De plus en plus de jeunes Polonais visitent Israël après avoir découvert leurs racines juives cachées. Quelques-uns songent même à s’y établir.
« Quand ma mère m’a dit qu’elle voulait me confier quelque chose d’important, j’étais à mille lieux d’imaginer ce qui allait sortir de sa bouche ». Eva, jeune Varsovienne à la voix douce et au regard timide, se souviendra toujours de cette journée de 1999 durant laquelle sa mère lui a révélé sa judéité. Un secret qu’elle avait gardé en elle durant plus de trente ans par peur d’une nouvelle Shoah. « J’étais en état de choc », raconte notre interlocutrice. « Moi qui pensais n’avoir jamais croisé un Juif de ma vie… ».
Grâce aux organisations « Taglit » et « Shaveï Israël », un nombre grandissant de jeunes Polonais visitent Israël chaque année. De jeunes adultes qui se sont découvert des racines juives parce que leurs grands-parents ou leurs parents les leur ont révélées en fin de vie, ou parce qu’ils l’ont appris par hasard. C’est le cas de S., un jeune homme de Cracovie élevé en parfait catholique pendant des années et ayant fréquenté des cercles nationalistes teintés d’antisémitisme bon teint. Un jour, ce passionné de généalogie a trouvé un nom qu’il ne connaissait pas dans de vieux papiers de famille et il s’est mis en chasse de savoir qui était cet inconnu. De recherches sur Google en forum spécialisés, il est tombé sur un grand oncle ultra-orthodoxe installé à New York avec sa nombreuse descendance…
Assaillis de questions, les parents de S. ont fini par « avouer » qu’ils étaient tous deux juifs et qu’ils l’avaient caché parce que le père, désireux de poursuivre une carrière universitaire sous le régime communiste, voulait cacher son « handicap ».
Financée par le gouvernement israélien et par des donateurs de la Diaspora, « Taglit » propose des séjours à prix réduits à des jeunes Juifs qui n’ont jamais eu l’occasion de visiter Israël. En général, deux départs sont organisés annuellement à partir de la Pologne. Quant à l’ONG « Shavei Israël », elle a pour objectif affiché de « retrouver les tribus perdues » et elle est beaucoup plus religieuse. Outre ses voyages annuels, ses émissaires opèrent tout au long de l’année en Pologne. Au programme : culture et traditions juives, fréquentation de la synagogue, prière, discussions.
« De nombreux Polonais ont des racines juives et ne le savent pas. Je croise régulièrement de jeunes adultes qui « soupçonnent » leurs parents de leur « cacher quelque chose » à ce propos ou qui viennent de découvrir leurs antécédents sans encore parvenir à l’assumer », assène Basha (28 ans), l’une des cadres de « Shavei Israël » en Pologne. « Parfois, des gens viennent timidement s’adresser à nous à la sortie de la synagogue. En d’autres occasions, ils profitent d’une rencontre avec une personne ne cachant pas son judaïsme pour marquer leur intérêt. On essaye de les aider sans pousser quiconque à quoi que ce soit ».
Parmi les jeunes Polonais croisés alors qu’ils découvraient Israël, quelques-uns ont entamé un processus de conversion. D’autres reconnaissent qu’ils sont venus « pour voir, sans plus ».
Agé de 21 ans, portant la kippa sur la tête et s’exprimant dans un anglais impeccable, Mattheus rêve de s’installer à Jérusalem pour devenir officier de Tsahal. « Tout ceux qui participent à ces voyages ont une histoire différente », déclare-t-il. « Lorsque mes parents ont découvert leurs origines juives il y a une vingtaine d’années, ils ont décidé de se plonger à fond dans leur héritage religieux et culturel. J’y baigne depuis l’enfance et je m’y sens bien ».
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