Ecrivaine québécoise, féministe et militante laïque, Djemila Benhabib nous fait le plaisir de venir au CCLJ le mardi 10 septembre 2013 à 20h30 pour nous parler de ses combats politiques à travers ses deux derniers livres.
C’est en mars 2009, après la fin de la commission Bouchard-Taylor qui, croyait-on, mettrait fin à la controverse au Québec sur les accommodements raisonnables, que la question ressurgit au contraire. Québécoise d’origine algérienne, Djemila Ben Habib revient sur le rapport final de la commission et souhaite visiblement poursuivre le débat. Son livre Ma vie à contre-Coran (éditions VLB, prix des Ecrivains francophones d’Amérique) est une lettre d’opinion, dans laquelle elle raconte son enfance à Oran, mais aussi la montée de l’islamisme, les assassinats, les massacres, et son exil pour échapper aux islamistes. Elle critique ouvertement la demande d’un local de prière faite en 2005 auprès de l’Ecole de technologie supérieure de Montréal par un groupe d’étudiants musulmans, droit qui leur a d’ailleurs été reconnu par la Commission des droits de la personne du Québec. « La montée de l’islamisme en Algérie a commencé avec des demandes semblables dans les universités », assène-t-elle.
Elle critique aussi les passe-droits au nom du respect de la religion et du droit à la différence, dénonçant prosélytisme, intégrisme et fascisme vert derrière une pseudo liberté individuelle. « Mon livre a permis de débloquer les choses, une majorité de Québécois réalisant que cette remise en cause de l’égalité et de la mixité était incompatible avec nos démocraties », nous avait-elle confié, alors invitée par le Conseil des Femmes francophones de Belgique.
Née en Ukraine en 1972 d’une mère chypriote grecque et d’un père algérien, Djemila Benhabib a grandi à Oran dans une famille de scientifiques engagée dans des luttes politiques et sociales. Très tôt, elle prend conscience de la condition subalterne des femmes de son pays. Condamnée à mort par les islamistes, sa famille se réfugie en France en 1994. Djemila Benhabib s’installe au Québec, pour y suivre des études en physique, en science politique et en droit international. Elle y travaillera plusieurs années comme fonctionnaire fédérale.
Celle qui fut plusieurs années collaboratrice au journal algérien Al-Watan, connue désormais comme fervente féministe et militante laïque, nous revient à présent avec deux nouveaux livres : L’automne des femmes arabes (2012) et Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident (2013), tous les deux chez H&O éditions.
Appel à la vigilance démocratique
Djemila Benhabib s’est ainsi imprégnée du quotidien et des préoccupations des habitants du Caire et de Tunis pour mieux nous raconter ces révolutions du Printemps 2011 parvenues à venir à bout de deux dictateurs. Avec deux batailles décisives en cours, l’une pour la liberté des femmes, l’autre pour la séparation des pouvoirs politique et religieux. « Ce sont les femmes qui achèveront les révolutions du Printemps arabe », assure-t-elle. Tandis que son second ouvrage revient sur l’irruption après le 11 septembre aux Etats-Unis des soldats d’Allah et leur tentative de djihad contre nos valeurs occidentales. Passant du général au particulier, l’auteure fait suivre son analyse des idéologies d’exemples de leurs conséquences sur les individus, en Egypte ou en Iran, mais aussi au Québec ou en Belgique, lançant un appel à la vigilance démocratique.
En juillet 2012, Djemila Benhabib se présente comme candidate sociale-démocrate pour l’élection générale québécoise, plaidant pour une Charte de la laïcité. Elle n’obtiendra pas de mandat, mais affirme ne pas regretter son expérience politique. Elle reçoit quelques mois plus tard à Paris le prix international de la laïcité. Preuve que ses combats contre l’islam politique et pour la laïcité interpellent à l’étranger comme chez elle au Québec.
« Lorsque j’ouvre Le Nouvelliste (quotidien publié à Trois-Rivières où elle réside), je n’ai pas le sentiment de prêcher dans le vide », affirmait-elle il y a peu. « Il y a de plus en plus de gens qui écrivent sur ces sujets et qui disent leur rejet du voile islamique », donne-t-elle en exemple. Raison pour laquelle Djemila Benhabib offrira, dès septembre, un cours sur la géopolitique à l’Université du troisième âge (UTA) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), où il sera question de laïcité, d’accommodements religieux, de différents modèles d’intégration et politiques européens. Avant cela, elle se rendait à la fin du mois d’août en Afghanistan pour aller à la rencontre des Afghanes et analyser l’impact de la présence de l’OTAN sur la condition féminine dans ce pays. Visite qui devrait déboucher sur un livre dont la sortie est prévue pour mars 2014.
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