Selon son Ministre des Affaires Etrangères, la République islamique ne pratique plus le négationnisme. Mais l’air fait-il la chanson ? Et que pèse vraiment le chanteur ?
Cela a commencé par cette nouvelle : le 4 septembre, le nouveau Président iranien, Hassan Rohani a publié un « tweet » à l’occasion du Nouvel An juif: Alors que le soleil se couche sur Téhéran, je souhaite un joyeux Roch Hachana à tous les juifs et notamment aux juifs iraniens.
Mais le 5, démenti d’un conseiller : ce n’est pas la position officielle du président, qui n’a d’ailleurs pas de compte Twitter. Bon. Sauf que le même jour, le tout aussi nouveau ministre iranien des Affaires Etrangères, Mohammad-Javad Zarif, envoie sur son compte Twitter un Happy New Year au peuple juif.
On attend, sans impatience, un nouveau démenti… qui n’arrive pas. Mieux, l’Américaine Christine Pelosi*, la fille de Nancy Pelosi, (leader du groupe démocrate à la Chambre des représentants) lui renvoie un tweet :
Le nouvel an serait encore plus doux si l’Iran mettait un terme à son négationnisme de la Shoah, cher Monsieur! Et le ministre de répliquer : L’Iran ne l’a jamais nié. L’homme qui l’a fait est parti. Bonne année!
Le texte est rectifié un peu plus tard par : L’homme qui semblait le nier est parti Ce qui ne modifie pas le fond : le nouveau pouvoir n’assume pas les délires antisémites de l’ancien président Mahmoud Ahmadinedjad (2005-2013).
Intéressant. Mais est-ce bien le ministre qui parle ? Vérification faite (par une journaliste irano-américaine qui a parlé au ministre en personne), la réponse est positive. Dans la foulée, on apprend que M. Zarif a aussi sa page Facebook sur laquelle il s’exprime avec régularité.
C’est d’ailleurs là que le nouveau chef de la diplomatie de la République islamique est revenu sur la question : Nous condamnons le massacre des juifs par les nazis et nous condamnons le massacre des Palestiniens par les sionistes.
En précisant même : Nous n’avons rien contre les juifs mais nous ne permettons pas aux sionistes de présenter l’Iran comme antisémite et va-t’en guerre dans leur propagande pour pouvoir continuer à réprimer le peuple palestinien.
Bref, l’Iran est antisioniste mais pas antisémite. Ce qui va peut être sans dire pour lui mais ne qui ne se disait pas vraiment sous le gouvernement précédent. Ce message ne s’adresse pas, bien entendu aux 20.000 Juifs encore présents dans le pays.
Ils ne comptent pour rien aux yeux des autorités qui les laissent vivre ou les maltraite selon les nécessités de l’heure. Ces déclarations fontt partie d’un ensemble de signaux visant à démontrer à l’Occident que ce sont à présent des modérés qui sont aux affaires.
Poudre aux yeux ?
Car, outre cette amabilité fait aux Juifs, M. Zarif en a fait une autre aux tenants de l’égalité des sexes : il a nommé une femme, Marzieh Afkham, porte-parole de son ministère. Et il n’évoque plus les Etats-Unis en les traitant de « Grand Satan ».
Il n’en parle même plus comme de « l’ennemi » mais juste comme « un rival ». Et, signal majeur, cette fois : il a repris aux « durs » le dossier des négociations sur le nucléaire. Et qui appuie la proposition russe de mettre les armes chimiques syriennes sous le contrôle de l’ONU.
Bien sûr, on peut considérer tout cela comme de la poudre aux yeux. Telle est la position du 1er Ministre israélien à propos des vœux : « Je ne suis pas impressionné par ce comportement provenant d’un régime qui, la semaine dernière, a menacé de détruire Israël ».
De même, les porte-paroles, ça va, ça vient. Et il est facile de changer –un peu- de ton sur le nucléaire tandis que les centrifugeuses continuent à tourner. Tout comme l’appui à l’idée russe peut être vu comme une manière de sortir Bachar al Assad d’un mauvais pas.
D’autre part, il se peut aussi que le nouveau Président soit plus rationnel que le précédent. Qu’il mesure les dangers que font courir à l’Iran son isolement, son effondrement économique et la montée en puissance des fondamentalistes sunnites.
Or, se rapprocher des Etats-Unis résoudrait la plupart de ces problèmes. Fût-ce en ralentissant, voire stoppant, le programme nucléaire iranien. Mais là se pose le problème des faibles pouvoirs dévolus au Président de la République islamique.
Le Parlement, le « Conseil des gardiens de la Constitution » ou encore le « Conseil de discernement », tous dominés par les ultra-conservateurs, peuvent à tout moment réduire à néant ces velléités de changement de politique.
Sans parler du vrai dirigeant du pays, le Guide Suprême, Ali Kameinei, qui n’est renommé ni pour son intelligence ni pour sa lucidité. Lui aussi peut décréter que la récréation est terminée et que les grandes personnes vont à présent reprendre la main…
Tout de même, il sera intéressant de suivre les prochains tweets de Mohammad-Javad Zarif. S’exprimera-t-il pour la fête de Souccot, la fête qui évoque la sortie d’Egypte des Hébreux ? Ou celle de Hanoucca, commémorant leur libération du joug des Grecs séleucides ?
Et Pourim ? Le ministre iranien s’associera-t-il à cette fête qui raconte comment les dirigeants de la Perse (l’ancien nom de l’Iran) renoncèrent à persécuter les Juifs ? Quoi qu’on en ait, ce serait tout de même un signal d’importance…
*Christine Pelosi est une « coach » qui aide les candidats (généralement démocrates) à gagner leurs campagnes électorales
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