S’il est une leçon que l’on peut tirer du « printemps » arabe, c’est sa totale déconnexion du conflit israélo-palestinien. Pendant des décennies, l’on n’a cessé de répéter que tout, absolument tout, du Maghreb à l’Asie du Sud-Est, procédait, au mieux, de la non-résolution de la question palestinienne, au pire, de la simple présence d’un « cancer juif » au cœur du monde musulman.
Cette doxa érigée en vulgate n’a cessé de polluer les meilleurs esprits, et ce, contre toutes les évidences. En quoi, en effet, le terrorisme somalien, la révolte nationale tchétchène, la poussée islamiste talibane, la destruction du patrimoine soufi au Mali, les massacres syriens de sunnites, de chiites au Bahreïn, la chasse aux chrétiens d’Orient, etc. procèderaient-ils de la question palestinienne ? En rien.
Le monde arabo-musulman est au cœur d’une crise civilisationnelle qui s’apparente plutôt aux guerres civiles stato-religieuses que vécut l’Occident à l’aube de sa Renaissance. Dans ce grand jeu où s’opposent des courants religieux (alaouites, chrétiens d’Orient, chiites, druzes, sunnites, etc.), politiques (Anciens et Modernes) ou encore nationaux-religieux (arabes, turcs, kurdes et iraniens), la question israélienne apparaît bien périphérique. Les guerres civiles sont autrement plus meurtrières : les pertes civiles syriennes dépassent de très loin celles du très long conflit israélo-palestinien et ce, semble-t-il, à la grande indifférence de la députée européenne socialiste Véronique de Keyser qui, en bonne antisioniste obsessionnelle, a d’ores et déjà choisi son camp : celui du tortionnaire Assad.
La renaissance du monde arabe n’est en rien conditionnée par la destruction du « cancer » sioniste. Depuis 1948, les régimes autocratiques arabes pro ou anti-américains n’ont utilisé la cause palestinienne que pour étouffer les espoirs et les aspirations à la liberté de leurs propres peuples. L’antisémitisme d’Etat constituait aussi un dérivatif facile pour qui voulait s’acoquiner à bon compte une opinion publique chauffée à blanc contre l’Etat d’Israël. Le sort réservé aux réfugiés palestiniens par l’ensemble du monde arabe, à l’exception de la Jordanie, témoigne à souhait de cette lecture cynique. Contrairement aux 600.000 Juifs orientaux installés en Israël, aux deux millions de Grecs bannis de Turquie, aux treize millions d’Allemands expulsés d’Europe centrale, les Palestiniens ont été, à l’instar des Kurdes, d’emblée accueillis en citoyens de seconde, sinon de troisième zone. Sitôt la frontière franchie, ils ont été parqués et armés, sans le moindre espoir d’intégration. Les élites arabes chérissent autant la cause palestinienne qu’ils se défient des Palestiniens.
Aussi périphérique qu’elle soit à l’échelle du malheur arabe, la question palestinienne reste plus que jamais centrale pour les principaux intéressés : les Palestiniens et les Israéliens. Pour qui aspire à ce qu’Israël reste démocratique et juif, la création d’un Etat palestinien apparaît plus que jamais vitale. Comment ne pas comprendre que l’actuel statu quo est scandaleux à court terme (notamment en termes de valeurs juives), dangereux à moyen terme et, tout simplement, suicidaire à long terme ! Démographiquement, la pérennité de l’Etat juif passe par la séparation d’avec la Palestine. La démographie est une science exacte qui ne laisse aucune place à l’interprétation et aux rêves. S’il n’y avait pas eu la Shoah, il eut été sans doute possible de penser autrement l’organisation spatiale d’Israël. Faute de réserve, il y a lieu de privilégier l’idée d’un petit (mais fort) Israël. L’erreur des Français a été de créer un Grand Liban où les chrétiens, naguère majoritaires, se sont retrouvés très rapidement minoritaires. L’erreur des Britanniques a été de penser un Grand Irak où les sunnites se sont également retrouvés très rapidement minoritaires. Voulons-nous vraiment une libanisation, voire une irakisation d’Israël ?
Enfin, la résolution du conflit apparaît d’autant plus urgente que la crise syrienne a signé le début du déclin américain. Après l’Europe, les Etats-Unis semblent à leur tour frappés d’aboulie, d’impuissance. Le temps des frappes unilatérales semble bien révolu. Israël ne pourra sans doute plus agir contre l’Iran qui n’a en rien renoncé à se doter de la bombe.
Il semble bien n’y avoir d’autre solution que dans de véritables négociations de paix. Or, rien ne démontre qu’il est dans les intentions du gouvernement israélien de s’y atteler avec sérieux. C’est d’autant plus rageant que les Israéliens pourraient négocier à leur total avantage. Européens et Américains seraient trop heureux d’offrir aux Israéliens toutes les garanties nécessaires, et ce, dans l’espoir de se débarrasser à bon compte d’un conflit qui ne cesse d’empoisonner les relations internationales. Si seulement Netanyahou était prêt à la paix des braves, il sauverait non seulement Israël d’un avenir autrement incertain, mais sa propre image, jusqu’ici calamiteuse. A coup sûr, il se verrait attribuer le Prix Nobel, aux côtés de Mahmoud Abbas.
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