Quelques jours après la rentrée universitaire, le nouveau président de l’Union des Etudiants juifs de Belgique (UEJB) revient sur le programme qui l’a fait élire, ses actions, ses préoccupations. La fameuse épine nommée BDS et l’antisémitisme à l’ULB. Sans langue de bois.
A peine âgé de 22 ans, Jonathan De Lathouwer peut se targuer d’un parcours associatif qui en impressionnerait plus d’un. Le jeune homme a suivi sa scolarité dans les écoles juives, Maimonide et Ganenou, en fréquentant jusqu’à ses 18 ans l’Hanoah Hatzioni, mouvement de jeunesse juif. C’est ce militantisme communautaire que lui a transmis son grand-père, René De Lathouwer, cofondateur du CCLJ, qui le conduira à s’engager avec le même enthousiasme à l’ULB où il entame des études de polytech, et plus particulièrement à l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB). Baptisé au Cercle Polytech (il vient d’entrer en 5e et dernière année), fidèle des conférences du Librex, Jonathan De Lathouwer varie habilement les plaisirs, sans craindre les responsabilités. Il devient administrateur délégué vigilance anti-fascisme au Cercle du Libre examen en étant également vice-président de l’UEJB, et cofonde le Cercle judéo-musulman pour l’amitié et le dialogue qui ne survivra pas.
Le 1er mai 2013, Jonathan De Lathouwer est élu président de l’UEJB. Ses projets sont nombreux et nécessaires. Ils visent à entreprendre les réformes qui permettront à l’UEJB d’être reconnue durablement par la Fédération Wallonie-Bruxelles. A rendre aussi la maison de l’avenue Depage plus vivante grâce à ses activités, débats, groupes de réflexion, projection de films israéliens, fêtes juives, notamment pour les étudiants juifs étrangers du campus, sans oublier un système de parrainage pour les jeunes sortis des écoles juives et des mouvements de jeunesse.
Antisémitisme silencieux, quoique…
Le nouveau président a également développé le pôle « devoir de mémoire » en réalisant en partenariat avec l’organisation Relie-F un nouvel outil pédagogique : une brochure intitulée « Plus jamais ça ! », récolte de témoignages de survivants de la Shoah, ainsi que des génocides arménien et tutsi, complétés par le point de vue de l’historien Maxime Steinberg et préfacés par Joël Kotek. « Nous sommes les témoins de demain, le devoir de mémoire commence par nous », affirme Jonathan De Lathouwer. « Combattre l’antisémitisme passe par l’éducation, le mieux est donc de commencer avec les plus jeunes ».
Jonathan De Lathouwer a pu observer les jeunes étudiants juifs à leur entrée à l’université. « La plupart d’entre eux n’ont jamais été confrontés à l’antisémitisme », explique-t-il. « Je les emmène donc assister à des conférences de cercles radicaux comme BDS pour en parler avec eux. On a affaire à l’ULB à un antisémitisme silencieux, qu’on ne voit pas dans la rue, mais en entrant dans les cercles, même si la reconnaissance de BDS a permis d’officialiser et de libérer ce type de discours. Face à cela, certains prennent peur et préfèrent oublier en décidant de se consacrer exclusivement à leurs études. D’autres veulent lutter, mais ne savent pas comment. Nous sommes là pour leur fournir les outils nécessaires ».
L’UEJB compte certes une cellule vigilance anti-antisémitisme et racisme, mais la tâche s’avère d’une telle ampleur que personne ne souhaite en être le délégué… Jonathan De Lathouwer a donc ajouté cette corde à son arc. « On se retrouve vite démuni face à des gens qui comparent les Israéliens aux soldats SS, le génocide des Juifs à celui des Palestiniens (!), qui estiment que tous les sionistes sont à combattre, et que tous ceux qui ne condamnent pas fermement Israël sont à boycotter. Entamer un dialogue avec quelqu’un qui vous boycotte est très compliqué… Dans une université qui prône le libre examen, on devrait pourtant être en mesure de débattre et d’écouter l’opinion de l’autre, même s’il pense autrement », s’insurge-t-il.
Pour ne plus entendre des propos tels que « Les sionistes ont pris le pouvoir à l’ULB », tenus lors de la visite à Bruxelles du Président israélien Shimon Peres et de son entrevue avec le recteur de l’université, pour réagir efficacement face à des événements comme la « Israeli Apartheid Week » organisée par BDS et les cercles d’extrême gauche, pour éviter que ne se répète la dérive qu’a connu le journal de Solvay Caducée, Jonathan De Lathouwer a choisi de privilégier la prévention en pratiquant une dynamique d’ouverture, en tissant des liens entre l’UEJB et les autres cercles, et en y invitant des étudiants non juifs « pour qu’ils découvrent notre culture, nos traditions, la diversité de notre communauté, pour tenter de déconstruire leurs préjugés. Il est important de faire la distinction entre les vrais antisémites et ceux qui tiennent des propos qu’ils croient à la mode, sans savoir qu’ils sont dangereux », soutient-il.
Issu d’une famille très politisée, retenant de ses années passées au mouvement de jeunesse les longues discussions politiques, mais aussi et surtout l’écoute, le dialogue et la formation au débat -« une richesse », estime-t-il-, Jonathan De Lathouwer garde comme moteur l’exemple de ses grands-parents résistants. « Le contexte est différent, mais c’est à nous de prendre la relève. Le combat contre l’antisémitisme reste éternel », confie-t-il. « Notre objectif n’est pas de convaincre ceux qui ne pensent pas comme nous, mais de leur ouvrir les yeux. Face à un bon argument, quinze personnes qui crient ne font pas le poids ».
Plus d’infos et brochure « Plus jamais ça ! » auprès de l’UEJB : 02/649.08.08 – www.uejb.org – info@uejb.org
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